MADAME SORBIN est une femme du peuple, épouse de Monsieur Sorbin et mère de Lina. Elle apparaît parmi les premières interlocutrices d’Arthénice et se trouve immédiatement associée à la prise de pouvoir féminine dans l’île. Dès son entrée en scène, elle se présente comme une alliée décisive d’Arthénice, avec laquelle elle forme un tandem de dirigeantes. Son importance est majeure : elle devient l’une des voix centrales du projet de révolte des femmes et de réorganisation de la société.
Dans l’action, Madame Sorbin joue un rôle de protagoniste collectif et d’opposante aux hommes. Elle n’est pas seulement une compagne d’Arthénice : elle est aussi une porte-parole énergique du camp féminin, celle qui traduit en formules tranchantes les décisions, les refus et les ordres. Son poids dans l’intrigue tient à sa capacité à faire basculer les scènes vers la confrontation, à imposer des déclarations, à ordonner l’affiche, le tambour, la rupture avec les hommes et la rédaction d’ordonnances.
Elle est également un moteur comique et polémique. Son langage vif, ses excès et ses contradictions nourrissent la tension dramatique, notamment lorsqu’elle refuse l’amour, le mariage tel qu’il existe, la beauté conventionnelle ou la soumission. Elle incarne à la fois la radicalité du projet et ses limites, puisque ses décisions provoquent des résistances, des disputes et finalement un réajustement de l’entreprise féminine.
Sa relation avec Arthénice est fondée sur une alliance immédiate et un partage de pouvoir. Les deux femmes se donnent la main, parlent d’une seule voix et dirigent ensemble les autres femmes. Madame Sorbin reconnaît volontiers l’autorité d’Arthénice, mais elle ne cesse aussi de lui répondre, de la compléter ou de la contredire, ce qui fait de leur duo une union forte mais non dépourvue de frictions.
Avec Monsieur Sorbin et Timagène, elle adopte une attitude d’affrontement moqueur. Elle tourne en dérision Monsieur Sorbin, le rabaisse par ses répliques et conteste sa qualité de mari, de maître et de chef. Avec Timagène, elle use du même ton de défi, refusant sa légitimité masculine à parler des femmes ou à décider pour elles. En revanche, sa relation avec Lina est plus ambiguë : elle la protège, veut la former à l’esprit de révolte, mais la malmène aussi verbalement lorsqu’elle conserve des sentiments pour Persinet. Avec Persinet enfin, le conflit est direct mais teinté d’efficacité comique, car il représente l’obstacle sentimental que Madame Sorbin tente d’écarter sans parvenir à l’abolir complètement.
Madame Sorbin est énergique, combative, têtue et volontiers brutale dans l’expression. Elle parle avec assurance, multiplie les formules frappantes et affiche une volonté de fer. Elle veut des lois, des droits, un partage du pouvoir et une reconnaissance pleine des femmes. Son engagement est sincère : elle affirme se sacrifier, vouloir vivre dans l’histoire, et ne recule pas devant l’idée de rompre avec les usages, avec le mariage traditionnel ou avec les apparences féminines.
Mais le personnage est aussi profondément contradictoire. Elle défend l’égalité des femmes, tout en conservant des réflexes de domination et de hiérarchie, par exemple lorsqu’elle parle avec dureté à Lina ou lorsqu’elle admet que certaines femmes peuvent conserver des privilèges. Son jugement se révèle souvent pratique, instinctif, parfois incohérent, ce qui la rend à la fois puissante et ridicule. Elle peut prôner l’embellissement ou la laideur, l’amour ou son rejet, selon le moment, ce qui fait d’elle un personnage de parole plus que de système, emporté par son élan autant que par sa logique.
Madame Sorbin évolue peu au sens psychologique, mais sa position dans l’action se précise et se complique. D’abord compagne enthousiaste d’Arthénice, elle devient l’une des chefs les plus visibles de la révolte féminine, puis se heurte à ses propres excès, notamment dans ses désaccords avec les autres femmes sur la beauté, la conduite et les articles du projet. À la fin, elle se détache d’Arthénice sur certains points et revient finalement vers une solution plus domestique, en pardonnant à Monsieur Sorbin et en déclarant retourner au ménage. Cette stabilité relative, mêlée à des revirements pratiques, montre moins une conversion qu’une tension constante entre l’utopie politique et le tempérament concret du personnage.
Madame Sorbin symbolise la contestation féminine lorsqu’elle s’exprime à partir du peuple, du quotidien et du langage commun. Elle révèle un monde où les femmes ont été longtemps réduites à l’humilité, à la maison et à la dépendance, et où la revendication d’égalité prend une forme à la fois sérieuse et comique. Par sa brutalité, sa verve et son irrévérence, elle met à nu les mécanismes de domination masculine, mais aussi les risques d’une révolution qui reproduirait d’autres formes de contrainte. Le personnage sert ainsi à interroger la justice, le pouvoir, la parole publique et la place des femmes dans la société.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec MADAME SORBIN, à travers d'autres œuvres.