Médée est une femme étrangère, venue de Colchos, épouse de Jason et mère de ses enfants. Dans le texte, elle apparaît d'abord comme celle que Jason veut répudier, avant de prendre une place centrale par sa parole, sa mémoire des services rendus et surtout par sa puissance magique. Dès ses premières interventions, elle se distingue par une présence intense, liée à la douleur, à la menace et à la maîtrise de forces extraordinaires.
Médée est le grand moteur dramatique de l'oeuvre. Elle concentre le conflit principal entre l'amour, la fidélité, l'exil et la vengeance. Sa colère contre Jason, Créon et Créuse structure toute l'action, et ses décisions entraînent les événements décisifs : l'envoi de la robe fatale, la mort de Créon et de Créuse, puis le meurtre de ses propres enfants. Elle est à la fois protagoniste par la place immense qu'elle occupe et antagoniste par la violence destructrice de ses actes.
Son importance vient aussi de sa capacité à dominer la scène par le verbe et par l'action. Elle n'est jamais réduite à une victime passive : même bannie, elle organise, prévoit, manipule et agit. Le texte lui donne le rôle de celle qui révèle la fragilité des puissants et qui transforme une crise conjugale et politique en catastrophe tragique.
La relation la plus forte est celle qui l'unit à Jason. Elle l'accuse de trahison après l'avoir aimé, servi et sauvé, et lui reproche d'oublier tout ce qu'elle a fait pour lui : son pays, son père, son frère, Pélie, les taureaux, le dragon, la toison. Jason, de son côté, tente de justifier son changement par le mariage, l'intérêt politique et l'amour de ses enfants. Entre eux, l'échange devient un duel de mémoire, de reproches et de stratégie, où Médée cherche moins à convaincre qu'à mesurer l'infidélité de Jason et à préparer sa punition.
Avec Créon et Créuse, Médée est dans une rivalité ouverte. Créon la bannit, la juge criminelle et refuse de l'écouter; Créuse reçoit Jason et obtient les enfants comme gages de paix. Médée passe alors du statut d'épouse répudiée à celui d'adversaire absolue de la cour de Corinthe. Avec Nérine, elle entretient une relation d'échange plus intime : Nérine la conseille, la craint, l'admire parfois et tente de modérer sa fureur, sans jamais pouvoir l'arrêter. Avec Ægée, au contraire, elle trouve un allié temporaire, qu'elle délivre de prison grâce à son art pour obtenir une retraite sûre.
Médée est d'abord une figure d'excès. Elle aime avec passion, puis hait avec la même intensité. Son discours montre une intelligence aiguë, une mémoire inflexible et une conscience très nette de sa propre puissance. Elle connaît ce qu'elle a fait pour Jason, ce qu'elle peut encore faire, et elle se définit elle-même par la maîtrise des éléments, des rois et des dieux infernaux. Elle est fière, hautaine, lucide, et refuse de se penser diminuée par l'exil ou le bannissement.
Mais cette force s'accompagne d'une profonde blessure : l'abandon. Médée se dit trahie dans son amour, dans son pays et dans sa condition d'épouse. Sa colère est nourrie par la gratitude bafouée et par le sentiment d'avoir tout donné à un ingrat. Le texte la montre aussi déchirée entre pitié et vengeance, surtout lorsqu'il s'agit de ses enfants. Elle oscille entre tendresse maternelle et volonté de punir Jason par eux. Cette contradiction fait d'elle un personnage tragique, capable de s'accuser elle-même, mais jamais de renoncer à son pouvoir.
Médée évolue moins par conversion intérieure que par amplification de sa résolution. Au début, elle est surtout une épouse rejetée qui cherche à comprendre et à souffrir; ensuite, elle devient stratège, puis magicienne vengeresse, enfin instrument d'une vengeance totale. Sa stabilité est cependant essentielle : elle reste fidèle à elle-même dans sa grandeur, sa violence et sa capacité d'action. Ce qui change, c'est l'objet de sa passion : l'amour pour Jason se transforme progressivement en haine, sans effacer complètement l'attachement initial.
Médée symbolise une puissance marginalisée : femme, étrangère, magicienne, elle concentre tout ce qui inquiète l'ordre politique et familial. À travers elle, le texte explore la fragilité des serments, la violence de l'ingratitude, la force du ressentiment et le prix d'une alliance fondée sur l'intérêt. Elle révèle aussi une vision tragique de l'humain : l'amour peut devenir meurtre, la maternité peut entrer en conflit avec la vengeance, et la maîtrise la plus haute peut aboutir au désastre. En faisant d'elle un personnage à la fois admirable et effrayant, l'oeuvre donne à voir une héroïne de la démesure, dont la grandeur même produit l'horreur.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Médée, à travers d'autres œuvres.