Analyse du personnage

Les trois sorcières

#surnaturelles #manipulatrices #ambiguës #maléfiques #prophétiques

Présentation

Les trois sorcières forment un groupe de personnages surnaturels, indissociables et presque toujours présentées ensemble, comme le montre leur entrée collective dès le début de l'œuvre. Elles apparaissent d'abord « sur une bruyère », dans un lieu découvert, au milieu du tonnerre et des éclairs, et leur première scène installe immédiatement leur étrangeté. Elles ne relèvent d’aucune condition sociale ordinaire : elles incarnent une puissance obscure, extérieure à l’ordre humain, et leur présence donne au drame son impulsion initiale en ouvrant la pièce sur le trouble, la menace et la prophétie.

Rôle et importance

Elles jouent un rôle décisif dans l’intrigue, car ce sont elles qui annoncent à Macbeth ses futurs titres et sa destinée royale. Elles fonctionnent à la fois comme déclencheur dramatique, révélateur du désir caché du héros et agent de dérèglement de l’action. Leurs paroles ne commandent pas directement les événements, mais elles les orientent puissamment en suscitant chez Macbeth des pensées nouvelles et en nourrissant son interprétation des signes.

Dans le déroulement de la pièce, elles sont donc des opposants indirects et des figures de manipulation. Elles ne combattent pas par les armes, mais par la parole, l’énigme et l’ambiguïté. Leur importance est majeure parce qu’elles encadrent le destin de Macbeth à plusieurs moments clefs : première apparition sur la bruyère, seconde rencontre avec l’apparition des fantômes, et retour de leur influence par l’intermédiaire de Hécate. Leur action relie le monde humain à une logique de sortilège et de fatalité.

Relations avec les autres personnages

Leur relation la plus importante est celle qu’elles entretiennent avec Macbeth. Elles l’abordent par des salutations paradoxales, lui promettent d’être thane de Cawdor puis roi, et l’amènent à réfléchir à une ambition que lui-même n’osait encore formuler clairement. Macbeth les interroge avec insistance, ce qui montre qu’il est captivé par leurs paroles. Elles n’exercent donc pas seulement un effet extérieur : elles réveillent et canalisent ses désirs.

Elles croisent aussi Banquo, qu’elles salueent moins directement mais à qui elles adressent des prophéties sur sa descendance. Banquo, plus méfiant, les questionne sans se laisser séduire avec la même facilité que Macbeth. Plus tard, leur alliance avec Hécate renforce leur dimension collective : Hécate leur reproche de ne pas l’avoir appelée, puis leur ordonne de préparer de nouvelles illusions pour perdre Macbeth. Elles apparaissent ainsi comme un groupe soudé, soumis à une hiérarchie surnaturelle, et non comme des individus isolés.

Caractéristiques morales et psychologiques

Les trois sorcières sont d’abord marquées par l’ambiguïté morale. Leur célèbre formule « Horrible est le beau, beau est l'horrible » condense leur logique inverse et perturbatrice. Elles vivent dans le renversement des valeurs, dans un monde où les repères moraux sont brouillés. Leur langage est fait d’énigmes, de maléfices, d’incantations et de détours, ce qui les rend fondamentalement trompeuses et insaisissables.

Psychologiquement, elles semblent malicieuses, hostiles et d’une intelligence rusée. Elles ne disent jamais tout, mais assez pour pousser l’autre à se perdre lui-même. Leur motivation paraît être la propagation du désordre et du mal, non par violence frontale, mais par suggestion et par piège. Elles sont également soumises à Hécate, ce qui confirme qu’elles appartiennent à un univers organisé autour de la magie noire et de la nuisance. Leur stabilité, leur assurance et leur langage ritualisé leur donnent une allure presque impersonnelle : elles incarnent moins une psychologie individuelle qu’une force de corruption.

Évolution du personnage

Les trois sorcières évoluent peu au sens psychologique du terme : elles demeurent stables, constantes dans leur fonction et dans leur manière d’agir. Elles reviennent à plusieurs reprises avec la même logique de prédiction, de sortilège et d’égarement. Leur permanence est significative, car elles ne sont pas des personnages soumis au doute ou au remords, mais des puissances fixes qui accompagnent la montée puis la chute de Macbeth. Leur constance rend leur influence d’autant plus inquiétante.

Critique

Les trois sorcières symbolisent la tentation du destin mal compris, l’attrait des mots qui promettent et trompent, ainsi que la fragilité de l’homme face aux signes qu’il interprète mal. Elles révèlent aussi un monde dramatique où le langage peut devenir une arme, où la vérité partielle peut conduire au désastre. Par leur présence, l'œuvre interroge la part de responsabilité humaine : elles suggèrent, mais c’est Macbeth qui consent, imagine et agit. Elles incarnent ainsi à la fois le trouble du monde et la puissance destructrice des illusions.



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