La prétérition est une figure de rhétorique qui consiste à dire qu'on passe sous silence ce qu'on évoque pourtant.
La prétérition est une figure de pensée par laquelle un locuteur affirme qu'il ne parlera pas d'un sujet, tout en le mentionnant en réalité. Elle repose sur une feinte de silence : on prétend ne pas dire, mais on dit quand même. Cette forme de dissimulation apparente attire précisément l'attention sur ce que l'on feint d'écarter.
Dans un texte littéraire, la prétérition peut servir à suggérer sans exposer frontalement, à ménager une pudeur, à produire de l'ironie ou à renforcer un argument. Elle est fréquente dans les discours oratoires, dans la satire, dans l'apologie et dans la critique littéraire, car elle permet de mettre en relief un point tout en donnant l'impression de l'éviter.
La force de la prétérition tient à son paradoxe : plus le locuteur affirme qu'il ne dira rien, plus il attire l'attention du lecteur sur l'objet évoqué. Elle appartient ainsi aux procédés de l'insistance par détournement, où le refus affiché devient un moyen d'expression indirecte.
Le mot prétérition vient du latin praeteritio, dérivé de praeterire, qui signifie « passer sous silence », « laisser de côté », « omettre ». Le préfixe praeter veut dire « au delà de », « en marge de », et le verbe ire signifie « aller ». La prétérition désigne donc, à l'origine, l'action de passer devant sans s'arrêter sur un élément.
Dans la rhétorique antique, ce terme désignait un procédé d'omission apparente utilisé pour suggérer davantage que l'on ne dit. Le sens s'est conservé en français, mais il a pris une valeur plus littéraire et plus stylistique, en s'associant à l'idée d'un silence expressif. Aujourd'hui, le terme désigne surtout une figure de rhétorique fondée sur l'évocation feinte de ce qu'on prétend taire.
1. « Je ne dirai point ici les bontés du roi, ni ses victoires, ni ses bienfaits. » - Discours sur l'histoire universelle, Bossuet. Ici, la formule annonce une omission tout en nommant précisément ce que l'orateur feint de laisser de côté.
2. « Je ne parlerai point de tant d'autres choses. » - Les Caractères, La Bruyère. L'expression met en scène une réserve qui, par son propre énoncé, fait exister ce qui est censé être tu.
3. « Je ne veux pas vous parler de cette foule d'ennemis qui m'assaillent... » - Les Provinciales, Pascal. La prétérition permet ici de créer un effet de modestie oratoire tout en signalant l'ampleur de la situation évoquée.
Il n'existe pas de synonyme parfait de prétérition, mais plusieurs termes s'en rapprochent selon le contexte. Paralipse est souvent employé comme quasi-synonyme dans la tradition rhétorique, avec une nuance de technique d'omission plus nette. Feinte omission rend bien l'idée générale, mais reste une expression descriptive plutôt qu'un terme technique.
On peut aussi la rapprocher de litote lorsque le discours suggère plus qu'il ne dit, mais la litote consiste à atténuer une idée sans prétendre l'omettre. La prétérition, elle, met en scène le refus de parler. C'est cette déclaration d'abstention, paradoxalement productive de sens, qui la distingue.
La prétérition ne doit pas être confondue avec l'ellipse, qui consiste à supprimer volontairement un élément du discours sans le signaler. Dans la prétérition, au contraire, l'énonciateur annonce explicitement qu'il va taire quelque chose, et cette annonce fait partie du procédé.
Elle se distingue aussi de l'allusion, qui évoque un élément de manière indirecte sans le nommer clairement. La prétérition peut, elle, nommer l'objet tout en affirmant qu'on n'en parlera pas. Enfin, elle n'est pas une simple modestie stylistique : cette modestie est souvent stratégique et orientée vers un effet rhétorique précis.
Dans la tradition rhétorique, la prétérition occupe une place importante parmi les procédés du discours persuasif. Elle permet à l'orateur de conserver une apparence de maîtrise, d'économie ou de dignité, tout en introduisant discrètement des arguments parfois très efficaces. On la rencontre fréquemment dans les textes où l'auteur veut paraître retenu, impartial ou au dessus du sujet.
Elle a aussi une valeur polémique. Dire qu'on ne veut pas évoquer un défaut, une faute ou un scandale peut en réalité accentuer la charge critique, car le lecteur comprend que ce qui est laissé de côté est suffisamment fort pour être redouté. C'est pourquoi la prétérition est souvent liée à l'ironie, à l'éloge indirect ou à la satire.
Sur le plan historique, la rhétorique classique en a fait un outil très apprécié dans les sermons, les plaidoyers et les portraits moraux. Chez les auteurs du XVIIe siècle, elle accompagne souvent la recherche de clarté apparente et de contrôle du discours. Elle demeure aujourd'hui un procédé vivant, notamment dans les essais, les articles d'opinion et les discours politiques.
On la repère lorsqu'un locuteur annonce qu'il ne va pas traiter un sujet, mais le fait tout de même apparaître par son énoncé. Les marques verbales sont souvent explicites : « je ne veux pas parler de », « je passerai sous silence », « inutile d'évoquer ». L'effet est d'autant plus net que l'objet prétendument écarté devient central dans la phrase.
Elle sert souvent à renforcer l'attention du lecteur en créant un décalage entre l'annonce de silence et la réalité du propos. L'effet peut être comique, polémique, solennel ou insinuant selon le contexte. Elle permet aussi à l'auteur de contrôler son image en donnant l'impression de retenue.
On la rencontre fréquemment dans l'éloquence, les sermons, les mémoires, les essais et la satire. Elle est particulièrement adaptée aux textes argumentatifs, où l'auteur veut orienter la réception sans paraître insister. On la trouve aussi dans le roman et le théâtre, surtout quand un personnage cherche à se donner un ton maîtrisé ou ironique.
Il faut d'abord repérer la formule d'annonce du silence, puis observer ce qui est malgré tout introduit dans le discours. On analyse ensuite la fonction de ce décalage : mise en valeur, ironie, prudence, accusation indirecte ou stratégie persuasive. Il est utile de montrer que le sens ne vient pas seulement du contenu évoqué, mais aussi de la posture adoptée par l'énonciateur.
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