Figure de style

Périssologie

Périssologie désigne une redondance inutile du discours, parfois fautive, parfois utilisée par les écrivains pour produire un effet de style.

Définition de Périssologie

Périssologie désigne une faute de style ou de pensée consistant à dire en trop ce qui est déjà contenu dans le sens du mot employé. Elle repose sur une redondance inutile, souvent proche du pléonasme, mais avec une nuance péjorative plus marquée : la répétition n'apporte rien, elle alourdit l'expression.

Dans un texte littéraire, la périssologie peut relever d'un défaut involontaire, lorsque l'écrivain multiplie des termes équivalents sans gain de sens. Elle peut aussi devenir un effet recherché pour insister, pour donner une solennité excessive ou pour caractériser un personnage par une parole emphatique, emphatique au point d'être maladroite.

On la repère donc à la redondance sémantique. Dire, par exemple, monter en haut, prévoir à l'avance ou triomphe victorieux relève de cette logique : le second terme ne précise pas le premier, il le répète sous une autre forme.

Étymologie et origine

Le mot périssologie vient du grec perissologia, formé à partir de perissos, qui signifie "de trop", "superflu", et de logos, "parole", "discours". Le terme désigne littéralement un discours excessif ou surabondant.

Entré dans le vocabulaire rhétorique par le biais des traditions savantes grecque et latine, le mot s'est spécialisé en français pour désigner une répétition inutile ou une amplification sans nécessité. Historiquement, la notion est proche des réflexions antiques sur la brevitas, c'est-à-dire l'idéal de concision, contre lequel la périssologie apparaît comme un écart de langage.

Exemples en littérature

Chez Molière, l'excès verbal peut servir à marquer la lourdeur de certains personnages. Dans Le Bourgeois gentilhomme, Monsieur Jourdain s'enthousiasme : "Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien." L'énoncé joue sur une reprise explicative qui souligne l'ignorance du personnage et la maladresse de son rapport aux mots.

Dans Les Précieuses ridicules de Molière, le langage recherché tourne souvent à la redondance affectée : "Il faut que je vous dise que je suis au désespoir de vous avoir quittée." Ce type de formulation, qui ajoute une intensité déjà contenue dans le propos, illustre une parole qui s'étale plus qu'elle ne précise.

Chez Chateaubriand, l'écriture ample peut parfois frôler la répétition expressive, par exemple dans René : "Je me sentais né pour être heureux, et je ne l'étais pas." La phrase n'est pas une périssologie au sens strict, mais elle montre comment la littérature romantique peut privilégier l'insistance et la reprise affective au détriment de la concision.

Synonymes et termes proches

Le terme le plus proche est pléonasme, mais il faut distinguer les deux : le pléonasme peut être jugé acceptable, voire expressif, alors que la périssologie est généralement perçue comme une redondance superflue. La périssologie insiste davantage sur le caractère inutile, parfois lourd, de la répétition.

On peut aussi rapprocher la périssologie de redondance, tautologie ou circonlocution. Toutefois, la redondance est un terme plus général, la tautologie relève plutôt du raisonnement ou de la logique, et la circonlocution désigne un détour d'expression, pas nécessairement une répétition.

À ne pas confondre avec

La périssologie ne doit pas être confondue avec le pléonasme stylistique, qui peut être volontaire et expressif, comme dans "monter en haut" pour accentuer une idée. Le pléonasme peut renforcer le rythme ou l'émotion, alors que la périssologie est surtout une surcharge de mots sans apport réel.

Elle ne doit pas non plus être confondue avec l'anaphore, qui repose sur la reprise volontaire d'un même mot ou groupe de mots en début de phrase ou de vers. L'anaphore crée une architecture et un effet poétique, tandis que la périssologie multiplie des éléments proches sans fonction structurante.

Enfin, elle diffère de la périphrase, qui contourne un mot par une expression plus longue mais plus évocatrice. La périphrase ajoute du sens ou de la couleur, alors que la périssologie ajoute surtout du volume.

Pour aller plus loin

Dans la rhétorique classique, la périssologie est généralement rangée parmi les vices de style. Elle est critiquée parce qu'elle contrarie l'idéal de précision hérité de l'Antiquité, notamment chez les théoriciens qui valorisent la clarté, la mesure et l'efficacité du discours.

Cependant, la littérature n'a pas toujours rejeté l'excès verbal. Selon les époques, la répétition peut devenir un instrument de comique, de satire, de lyrisme ou de caractérisation sociale. Ainsi, un auteur peut volontairement charger la phrase pour peindre un personnage bavard, vaniteux, affecté ou peu maître de sa langue.

Dans l'analyse littéraire, il est donc utile de distinguer la périssologie comme défaut de correction et comme procédé de stylisation. Un même phénomène de répétition peut être dénoncé dans un discours ordinaire et exploité dans un texte d'art pour produire un effet de voix, de rythme ou de satire.

Questions fréquentes sur Périssologie

On l'identifie en repérant un ajout de mots qui ne modifie ni le sens ni la portée de l'énoncé. Si l'on peut supprimer un segment sans perte d'information, il y a souvent périssologie. L'analyse doit toutefois vérifier si la répétition n'a pas une valeur rythmique, ironique ou caractérisante.

Quand elle est volontaire, elle peut produire un effet d'emphase, de lourdeur comique ou de mimétisme du langage parlé. Elle sert alors à faire entendre une voix trop insistante, trop soutenue ou peu maîtrisée. Dans un registre satirique, elle révèle parfois la prétention d'un personnage.

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