Madame Jourdain est l'épouse de Monsieur Jourdain, bourgeois enrichi et ridicule de la pièce. Elle apparaît comme une figure domestique et réaliste, liée à la maison, au bon sens et à la gestion du foyer. Dès ses premières interventions, elle s'oppose aux extravagances de son mari et sert de contrepoint critique à ses ambitions de noblesse et de paraître.
Dans l'intrigue, Madame Jourdain joue surtout le rôle d'opposante aux illusions de son mari. Elle n'est ni héroïne centrale ni simple figurante : elle est un contrepoids dramatique qui met en lumière la folie sociale de Monsieur Jourdain, ses dépenses, ses maîtres, ses prétentions et ses projets de mariage. Par ses remarques, elle dévoile les abus de la maison et rappelle les réalités concrètes du ménage.
Elle participe aussi à la dynamique comique de l'oeuvre. Son franc-parler, ses objections répétées et sa lucidité sur Dorante ou sur les projets matrimoniaux de Monsieur Jourdain créent des scènes de conflit qui structurent plusieurs épisodes. Elle devient un obstacle temporaire aux manigances, mais aussi une voix de résistance qui empêche les illusions de rester sans réponse.
Ses rapports avec Monsieur Jourdain sont dominés par l'affrontement. Elle lui reproche ses maîtres, ses dépenses, ses fréquentations mondaines et son désir d'élever leur fille au-dessus de sa condition. Face à lui, elle défend la prudence, la mesure et l'intérêt de la famille. Leur dialogue est souvent une joute verbale où elle corrige, contredit ou ridiculise les fantaisies de son mari.
Avec Nicole, elle forme un duo de bon sens. Nicole confirme souvent ses soupçons et renforce ses critiques contre les habitudes de Monsieur Jourdain. Elle est aussi la mère de Lucile et soutient l'amour de celle-ci pour Cléonte. En revanche, elle se méfie de Dorante, qu'elle perçoit comme un flatteur intéressé, et elle s'oppose avec vigueur au projet de mariage turc avant de se laisser convaincre par Covielle lorsque celui-ci révèle la supercherie.
Madame Jourdain se définit d'abord par sa lucidité. Elle voit clairement ce que son mari ne veut pas voir : les dépenses inutiles, la vanité sociale, l'emprise des nobles sur lui et le danger d'un mariage arrangé pour paraître. Elle parle sans détour, avec vigueur, et n'hésite pas à exprimer son indignation. Son langage direct tranche avec les formules affectées qui entourent Monsieur Jourdain.
Elle est aussi attachée à des valeurs concrètes : la famille, l'équilibre domestique, le bon mariage de sa fille, la dignité bourgeoise. Sa résistance au désir de noblesse de son mari montre une forme de réalisme social. Cependant, elle n'est pas uniquement raisonnable au sens froid du terme : elle peut être emportée, ironique et agressive. Sa fermeté cache une inquiétude profonde devant le désordre qu'introduit Monsieur Jourdain dans la maison.
Madame Jourdain reste globalement stable tout au long de l'oeuvre. Son attitude ne change pas profondément : elle demeure la gardienne du bon sens, la contestataire des folies de son mari et la défenseuse de sa fille. Sa seule évolution notable tient au dénouement, lorsqu'elle comprend la feinte du faux fils du Grand Turc et consent au mariage de Lucile avec Cléonte. Cette adhésion finale ne signifie pas un reniement de ses principes, mais l'acceptation d'une solution qui rétablit l'ordre familial.
Madame Jourdain symbolise la voix du réel dans un monde dominé par l'apparence, le désir d'élévation sociale et la crédulité. Par elle, l'oeuvre montre la résistance du bon sens bourgeois face à la vanité, aux impostures et aux séductions de la noblesse. Elle révèle aussi combien la comédie repose sur l'écart entre ce que l'on est et ce que l'on veut paraître. Son personnage contribue ainsi à la satire des prétentions sociales et à la critique d'un univers où l'argent, le rang et le langage peuvent devenir des instruments de duperie.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Madame Jourdain, à travers d'autres œuvres.