Analyse du personnage

Cléonte

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Présentation

Cléonte est un jeune amoureux, attaché à Lucile, et présenté comme un homme de coeur, sensible et fidèle. Il apparaît dans l'intrigue comme l'amant refusé par Monsieur Jourdain, qui lui oppose l'exigence d'une noblesse de naissance. Dès ses premières interventions, il se définit par sa passion pour Lucile et par sa volonté de demander sa main lui-même, ce qui le place au centre du ressort amoureux de la pièce.

Rôle et importance

Cléonte occupe une place essentielle dans l'intrigue amoureuse. Il est le prétendant légitime de Lucile, mais son absence de titre nobiliaire l'écarte d'abord du mariage souhaité. Cette situation fait de lui un personnage moteur, puisque la pièce organise autour de son union possible avec Lucile une grande part des péripéties, des malentendus et des stratagèmes.

Il devient aussi un personnage de contraste, opposé aux illusions de Monsieur Jourdain. Là où ce dernier rêve de grandeur sociale, Cléonte incarne une vérité plus simple, mais son destin dépend des apparences imposées par le père de Lucile. La mascarade finale le transforme en faux fils du Grand Turc, ce qui montre son importance dans le dénouement comique.

Relations avec les autres personnages

La relation centrale de Cléonte est celle qu'il entretient avec Lucile. Il l'aime avec constance, souffre de son éloignement, et exprime une ardeur totale pour elle. Lucile partage cet amour, mais leur union est d'abord empêchée par Monsieur Jourdain. Cléonte est également lié à Nicole et à Covielle, qui forment avec lui un couple de valets et de maîtres dans les scènes de quiproquo, puisque Covielle l'aide à mettre en place la ruse du faux Turc.

Avec Monsieur Jourdain, Cléonte se heurte à un refus net : le père exige un gentilhomme pour gendre, et Cléonte répond avec franchise qu'il n'est pas gentilhomme. Cette honnêteté le distingue. Avec Madame Jourdain, en revanche, il trouve un appui, car elle défend l'amour de sa fille contre les prétentions sociales de son mari. Cléonte est donc pris dans un réseau de soutien et d'opposition où Dorante et Monsieur Jourdain jouent aussi un rôle important, mais c'est surtout autour de Lucile et de Covielle que se construit sa trajectoire.

Caractéristiques morales et psychologiques

Cléonte se caractérise d'abord par sa sincérité. Contrairement à ce que pourrait attendre Monsieur Jourdain, il refuse de se donner un titre qu'il n'a pas et déclare franchement qu'il n'est point gentilhomme. Cette probité est un trait majeur : il préfère la vérité à l'imposture, même si cela le condamne momentanément au refus. Il apparaît aussi comme un amant passionné, capable d'exprimer avec intensité sa constance, sa douleur et son dépit.

Mais cette droiture n'exclut pas la souplesse. Lorsqu'il accepte de participer à la supercherie finale, il se plie à la ruse pour obtenir Lucile. Le personnage est donc partagé entre la rigueur morale et l'efficacité pratique. Il aime profondément, souffre, se plaint, se révolte, puis consent à un déguisement qui permet de satisfaire son désir sans renier entièrement son honneur, puisque la tromperie vise surtout à répondre aux chimères de Monsieur Jourdain.

Évolution du personnage

Cléonte évolue peu dans ses principes, mais sa situation change fortement. Au début, il est l'amant éconduit, victime du refus social. Il paraît blessé, jaloux, décidé à rompre, puis retrouve Lucile grâce à l'explication de l'épisode de la tante. Ensuite, il passe du rôle d'amoureux sincère à celui d'acteur d'une mascarade, en se laissant déguiser en fils du Grand Turc pour obtenir le mariage. Son tempérament reste le même, mais sa stratégie s'adapte aux circonstances.

Cette relative stabilité est significative. Comme au théâtre classique, le personnage ne se transforme pas intérieurement de manière profonde : il demeure fidèle, aimant et honnête. Ce sont les moyens d'aboutir à son but qui changent, non son identité morale. La pièce met ainsi en valeur une constance sentimentale que les événements viennent éprouver sans la détruire.

Critique

Cléonte symbolise un amour sincère confronté au pouvoir des apparences sociales. Il révèle l'absurdité d'un monde où l'on refuse un mariage à cause d'un défaut de naissance, alors même que la valeur humaine et affective devrait primer. Son personnage met en lumière la critique moliéresque de la vanité nobiliaire, de la crédulité et des hiérarchies fondées sur le prestige plus que sur le mérite.

Il incarne aussi une forme de mesure face à l'extravagance de Monsieur Jourdain. Là où le bourgeois rêve d'être autre, Cléonte sait qui il est, mais accepte de jouer le jeu du mensonge pour faire triompher l'amour. Il montre ainsi que, dans cette oeuvre, la ruse peut devenir un instrument de justice comique quand la société bloque les unions légitimes.



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