Dorante est un grand seigneur qui apparaît dans l'entourage de Monsieur Jourdain. Il entre comme un visiteur de haut rang, familier du maître de la maison, et son arrivée déclenche plusieurs scènes décisives autour du repas, du mariage projeté et de la duperie finale. Dès ses premières interventions, il se distingue par son aisance mondaine, son rôle central dans les apparences de la cour et sa position d'intermédiaire entre les ambitions de Monsieur Jourdain et la mise en scène organisée autour de Dorimène.
Dans l'intrigue, Dorante joue un rôle d'adjuvant pour les projets de séduction et de mystification qui structurent l'œuvre. Il sert d'appui aux manœuvres destinées à flatter Monsieur Jourdain, à faire croire au bourgeois qu'il participe aux usages des grands, et à maintenir l'illusion d'une fréquentation aristocratique. Il est aussi un moteur important des épisodes de réception, de dépense et de faste, notamment lorsque le repas et les musiciens sont mobilisés pour Dorimène.
Son poids dramatique est considérable parce qu'il relie plusieurs fils de l'action : la vanité de Monsieur Jourdain, les intérêts de Dorimène, la stratégie de Covielle et de Cléonte, ainsi que les questions d'argent. Il contribue à faire avancer les scènes de tromperie tout en masquant la réalité sous des formules polies et des compliments. Il n'est pas le centre unique de l'action, mais il en est un rouage essentiel, à la fois complice, relais social et manipulateur mondain.
Avec Monsieur Jourdain, Dorante entretient une relation fondée sur l'exploitation de la crédulité et de l'orgueil. Il l'appelle son ami, lui emprunte de l'argent, le flatte sur son habit et sur son maintien, et se présente comme un homme obligé par ses largesses. Monsieur Jourdain le voit comme un seigneur proche de la cour, ce qui permet à Dorante de tirer profit de son admiration et de sa naïveté.
Avec Dorimène, Dorante adopte le langage de la galanterie amoureuse. Il organise le régal, fait valoir ses dépenses, présente les présents comme des marques de passion et accompagne la marquise dans une relation de séduction où le luxe remplace souvent la sincérité. Avec Madame Jourdain, il se heurte à une lucidité ironique et à des soupçons qu'il s'efforce de démentir. Il croise aussi Cléonte et Covielle dans la mascarade finale, où il soutient leur entreprise sans en être l'inventeur principal, et il sert de lien entre la supercherie turque et l'univers des grands seigneurs.
Dorante apparaît comme un personnage élégant, habile et parfaitement à l'aise dans les usages du monde. Il possède une grande maîtrise du discours, sait flatter, détourner l'attention et donner à ses actions une apparence de délicatesse. Son comportement révèle une intelligence sociale fondée sur l'opportunisme : il sait utiliser les passions des autres, leur désir de paraître et leur besoin de reconnaissance.
Il se montre aussi dépensier, peu scrupuleux et profondément intéressé. Il se défend d'agir par calcul, mais les comptes qu'il laisse payer à Monsieur Jourdain démentent ses paroles. Sa politesse masque une forme de manipulation, et sa civilité sert souvent à couvrir une dépendance financière. En même temps, il conserve l'image d'un homme du monde, capable de tenir son rang par le langage, la grâce et la répartie, ce qui le rend à la fois séduisant et moralement suspect.
Dorante change peu au fil de l'œuvre. Il demeure constant dans son rôle de grand seigneur galant, rusé et mondain, toujours prêt à exploiter la crédulité de Monsieur Jourdain et à soutenir une mise en scène avantageuse pour lui-même. Cette stabilité est significative : elle montre qu'il incarne moins une psychologie complexe qu'un type social, celui du courtisan ou de l'aristocrate parasite, parfaitement adapté aux ressorts comiques de la pièce.
Dorante symbolise un monde de l'apparence où le rang, la parole et les dépenses comptent davantage que la vérité. Il révèle la fragilité des hiérarchies sociales, puisque Monsieur Jourdain cherche à imiter la noblesse et que Dorante sait profiter de cette aspiration. À travers lui, l'œuvre critique à la fois la vanité bourgeoise et la frivolité aristocratique : l'un veut monter, l'autre consomme et flatte, et tous deux participent à une comédie sociale fondée sur le mensonge élégant.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Dorante, à travers d'autres œuvres.