Analyse du personnage

Cléanthis

#esclave #vive #ironique #lucide #fiere #critiquante #generouse

Présentation

Cléanthis est l’esclave d’Euphrosine, arrivée dans l’île des Esclaves après un naufrage avec Iphicrate et Arlequin. Elle apparaît dans une seconde partie de l’œuvre, lorsque Trivelin entreprend de faire changer les rôles entre maîtres et serviteurs. Son statut social est donc d’abord celui d’une servante soumise, mais sa présence prend vite une grande importance, car elle devient l’une des figures les plus vives de la critique de l’autorité et des manières du monde.

Rôle et importance

Cléanthis joue un rôle essentiel dans la mécanique dramatique : elle n’est pas seulement un personnage secondaire, mais un agent actif de l’épreuve imposée aux maîtres. En devenant momentanément maîtresse d’Euphrosine, elle permet à l’intrigue d’explorer l’inversion des rapports de domination et de mettre à nu les abus de la hiérarchie sociale. Par son langage, sa lucidité et sa liberté nouvelle, elle porte une grande part de la satire.

Elle a aussi une fonction de révélateur. Trivelin lui demande de dresser le portrait d’Euphrosine devant elle, ce qui déclenche une scène capitale où Cléanthis expose sans détour les ridicules de sa maîtresse. Elle devient ainsi une sorte de juge ironique, chargée d’éprouver Euphrosine et de la conduire à la reconnaissance de ses défauts. Son poids dans l’intrigue tient donc à sa capacité à transformer l’expérience en leçon morale.

Relations avec les autres personnages

La relation la plus importante de Cléanthis est celle qui l’unit à Euphrosine. D’abord dominée par elle, elle lui reproche vivement ses anciennes duretés, son orgueil et ses humiliations. Mais cette rivalité évolue : Cléanthis use de sa nouvelle position pour la faire rougir, puis finit par lui pardonner. La relation passe ainsi de la rancune à une forme de réconciliation, même si elle n’efface pas la mémoire de l’injustice subie.

Avec Trivelin, Cléanthis entretient une relation d’échange et d’encadrement. Il l’écoute, la laisse parler, puis lui demande de modérer son ressentiment et de réfléchir au portrait qu’elle fait d’Euphrosine. Avec Arlequin, elle partage la nouvelle condition de maître et participe à la comédie des sentiments et des rôles. Le texte les rapproche même dans une perspective amoureuse, lorsque chacun est invité à aimer le serviteur de l’autre. Enfin, sa relation à Iphicrate demeure plus indirecte, car c’est surtout à travers son portrait d’Euphrosine et l’inversion générale des statuts qu’elle prend place dans le dispositif qui le corrige.

Caractéristiques morales et psychologiques

Cléanthis est vive, mordante, expressive et très sûre de ses mots. Elle parle avec une liberté qui tranche avec la réserve attendue d’une servante. Son discours est riche en traits satiriques, en accumulations et en formules frappantes, ce qui fait d’elle une observatrice aiguë des comportements de sa maîtresse. Elle a de la mémoire, du ressentiment, mais aussi une forte intelligence des rapports de force et des codes mondains.

Elle est pourtant plus complexe qu’une simple figure de moquerie. Sa colère est réelle, nourrie par les humiliations passées, et elle revendique le droit de la laisser s’exprimer. En même temps, elle montre qu’elle peut dépasser la vengeance : quand Euphrosine se reconnaît et demande le pardon, Cléanthis accepte d’oublier, de rendre la liberté et de ne pas reproduire la violence qu’elle a subie. Elle est donc à la fois critique, fière, blessée et capable de générosité.

Évolution du personnage

Cléanthis évolue nettement au fil de l’œuvre. D’abord servante rancunière, elle savoure sa revanche et exploite avec ironie son nouveau pouvoir sur Euphrosine. Puis, à mesure que l’épreuve morale avance, elle se laisse toucher par le repentir et choisit le pardon. Son passage de l’humiliation à la maîtrise, puis de la maîtrise au pardon, donne à voir une véritable transformation intérieure.

Cette évolution n’est pas un simple adoucissement : elle signifie que la leçon de l’île agit aussi sur elle. Elle n’imite pas les anciens maîtres dans leur cruauté, mais utilise sa liberté pour produire un résultat moral. Sa stabilité finale tient à son bon naturel et à sa franchise, désormais orientés vers une justice plus humaine.

Critique

Cléanthis symbolise la parole rendue aux humiliés. À travers elle, l’œuvre dénonce les abus des maîtres, le théâtre des apparences sociales et la vanité des distinctions fondées sur la naissance ou la richesse. Son personnage montre que la vraie valeur ne dépend pas du rang, mais du cœur, de la raison et de la vertu. Elle incarne aussi la puissance corrosive du regard des subalternes sur les puissants : celle qui était dominée devient celle qui voit, juge et nomme.

Elle révèle ainsi le projet moral de l’auteur : faire passer les personnages par une expérience concrète de l’inversion pour les conduire à la justice et à l’humanité. Cléanthis n’est pas seulement une victime qui se venge, mais une voix critique qui rend visible l’inégalité sociale et qui montre qu’une société plus juste suppose le renoncement à l’orgueil, au mépris et à la dureté.

Personnages similaires à Cléanthis

Personnages qui partagent des traits de caractère avec Cléanthis, à travers d'autres œuvres.



Les auteurs


Les catégories


Fiches de lecture

© 2026