Arlequin est l’un des deux valets naufragés qui apparaissent dès l’ouverture de la pièce, aux côtés d’Iphicrate. Il arrive donc d’abord en position d’esclave, dépendant de son maître, avec une bouteille de vin à la ceinture, ce qui le signale immédiatement comme un personnage concret, corporel et comique. Son entrée le place au coeur de l’île des Esclaves, espace où les rapports sociaux vont être renversés, et il devient rapidement un personnage essentiel pour comprendre le sens de l’épreuve imposée aux maîtres.
Arlequin joue un rôle central dans l’intrigue : il n’est pas seulement un valet, mais le moteur visible du renversement des rapports de force. Dans un premier temps, il accompagne Iphicrate après le naufrage, puis il se libère symboliquement quand Trivelin lui remet l’épée de son maître et lui ordonne de prendre le nom d’Iphicrate. À partir de ce moment, il devient le maître provisoire, tandis qu’Iphicrate devient son esclave. Ce basculement donne à la pièce sa dynamique principale.
Il est aussi un adjuvant du projet de l’île, puisque ses paroles, ses gestes et ses jeux servent la correction morale d’Iphicrate. Mais il garde une forte autonomie de parole : il moque, commente, résiste, puis finit par pardonner. Il n’est donc ni un simple faire-valoir ni un pur opposant, mais un personnage de médiation qui fait passer la leçon de l’oeuvre par le rire, l’inversion et l’expérience concrète.
La relation d’Arlequin avec Iphicrate structure toute la première partie de la pièce. Au début, il reste officiellement son esclave, mais il se montre de plus en plus insolent, ironique et désinvolte, rappelant les coups reçus dans le passé. Lorsque les rôles s’inversent, il prend sa revanche avec jubilation, mais sans cruauté durable : il impose à Iphicrate la même logique d’humiliation que celle qu’il a subie, afin de lui faire éprouver ce qu’est l’esclavage.
Avec Trivelin, Arlequin entretient une relation de soumission plus souple et presque complice. Trivelin l’autorise à parler, à rire, à se réjouir, mais lui rappelle aussi les règles de la République. Avec Cléanthis, Arlequin forme un second duo parallèle à celui d’Iphicrate et d’Euphrosine : il lui adresse des galanteries, s’associe à elle dans la nouvelle hiérarchie, puis envisage avec elle un amour conforme au nouvel ordre. Enfin, face à Euphrosine, il passe de la sollicitation légère à la retenue, lorsqu’il est touché par sa détresse.
Arlequin est d’abord vif, joueur, gourmand et moqueur. Il aime boire, rire, chanter, danser et improviser. Son langage est familier, plein de reparties, de badinage et d’humour. Il a une intelligence pratique et une grande aisance à retourner les situations à son avantage, ce qui le rend très vivant sur scène. Son esprit n’est pas théorique : il agit par sensation, par réflexe, par imagination immédiate.
Mais il n’est pas seulement comique. Il se révèle capable de lucidité morale et de générosité. Il explique à Iphicrate que la souffrance rend plus raisonnable et que ceux qui font souffrir devraient subir la même leçon. Plus tard, il s’attendrit devant la douleur d’Euphrosine et renonce à l’humilier davantage. Sa conduite finit donc par unir gaieté et bonté. Sa contradiction la plus nette tient à son goût du renversement : il aime dominer à son tour, mais refuse finalement de devenir méchant comme ceux qui l’ont dominé.
Arlequin passe de l’esclave railleur au maître provisoire, puis à un homme réconcilié avec son ancien patron. Au début, il profite de la situation nouvelle pour se moquer d’Iphicrate et jouir de sa liberté. Ensuite, il accepte le rôle que lui donne l’île, s’amuse du pouvoir retrouvé et examine avec jubilation les défauts de son ancien maître. Enfin, son changement est moral : après avoir goûté la revanche, il choisit le pardon et rend l’habit à Iphicrate. Cette évolution n’efface pas son caractère joyeux, mais l’oriente vers la bonté.
Arlequin symbolise la vérité révélée par l’inversion des conditions. En lui donnant le pouvoir, la pièce montre que la noblesse véritable ne dépend ni du rang ni de l’autorité, mais du coeur, de la vertu et de la raison. Arlequin rend visible la violence ordinaire de la domination sociale, tout en montrant qu’un homme humilié peut ne pas devenir à son tour humiliant. Il incarne ainsi une critique du monde des maîtres, du prestige fondé sur la naissance, et de l’orgueil qui fait oublier l’humanité commune.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Arlequin, à travers d'autres œuvres.