Marceline est une femme d'âge mûr, désignée comme vieille gouvernante au château, mais aussi comme une ancienne figure du désir et du passé, liée à Bartholo par des engagements antérieurs. Elle apparaît d'abord comme une adversaire de Figaro dans l'affaire de son mariage, puis prend progressivement une place centrale dans l'action par ses répliques, ses révélations et son autorité morale. Personnage de femme d'expérience, elle porte une parole forte sur la condition féminine et contribue à l'un des tournants majeurs de l'œuvre.
Marceline joue un rôle décisif dans l'intrigue, d'abord comme opposante au mariage de Figaro, puisqu'elle fait valoir contre lui une promesse de mariage assortie d'un prêt d'argent. Elle est donc un obstacle direct au projet matrimonial du héros, tout en participant à la mécanique comique et judiciaire qui structure l'œuvre. Son intervention déclenche le procès, ce qui la place au cœur du conflit dramatique.
Mais son importance dépasse largement celle d'une simple rivale. Marceline devient un personnage de bascule, car elle transforme l'affrontement privé en prise de parole générale sur les femmes, les abus sociaux et l'injustice des rapports entre les sexes. Enfin, la révélation qu'elle est la mère de Figaro bouleverse la situation et résout en partie le nœud de l'intrigue, en faisant d'elle un agent de reconnaissance et de réconciliation.
Sa relation avec Figaro est la plus complexe. Au départ, elle l'attaque en justice pour faire valoir son contrat, puis elle s'indigne contre lui, avant de découvrir qu'il est son fils. Cette révélation inverse totalement leur lien: l'adversaire devient la mère, et l'affrontement débouche sur l'affection, l'embrassement et le pardon. Marceline joue donc avec Figaro un rôle à la fois conflictuel, révélateur et maternel.
Avec Bartholo, elle entretient une relation ancienne, faite d'aigreur, de reproches et de souvenirs d'engagements. Leur dialogue est marqué par le badinage, la piqûre d'esprit et la rancune, jusqu'à ce qu'elle lui rappelle leurs anciennes promesses et qu'il finisse par accepter de l'épouser. Avec Suzanne, la relation commence dans la rivalité et l'ironie, mais Marceline se rapproche ensuite d'elle, reconnaît sa valeur et finit par la défendre. Elle s'oppose aussi à Basile, à Brid'oison et au Comte par ses paroles ou par sa place dans le procès, mais sans devenir un personnage de haine pure.
Marceline est d'abord vive, mordante et fière. Son langage est ferme, souvent ironique, parfois emporté, et elle sait soutenir un conflit avec énergie. Elle possède une conscience aiguë de sa dignité, même lorsqu'elle parle de ses erreurs passées: elle reconnaît ses fautes sans les nier, mais refuse qu'elles effacent trente ans de vie modeste et de correction. Cette lucidité donne à son personnage une force morale réelle.
Elle est aussi profondément sensible à l'injustice faite aux femmes. Son grand plaidoyer fait entendre une colère lucide contre la condition féminine, contre le mépris des hommes et contre l'impossibilité pour les filles pauvres de subsister honnêtement. Cette conscience sociale se double d'une tendresse maternelle sincère quand elle apprend que Figaro est son fils. Marceline n'est donc pas une simple femme vindicative: elle est à la fois orgueilleuse, intelligente, blessée, généreuse et capable de retour sur elle-même.
Marceline évolue fortement au cours de l'œuvre. Elle passe du rôle d'opposante juridique et sentimentale à celui de mère retrouvée, puis à celui de figure d'apaisement et de réconciliation. Sa violence verbale initiale s'efface au profit d'une parole plus large, plus humaine, qui reconnaît les torts de chacun et ouvre la voie au pardon entre les personnages. Cette évolution fait d'elle un personnage de transformation plutôt qu'un simple type comique.
Marceline symbolise la complexité des rapports sociaux et sexuels dans l'œuvre. À travers elle, le texte montre comment une femme peut être à la fois victime, accusatrice, juge et mère, sans se réduire à une fonction unique. Son grand discours donne une portée critique au théâtre de Beaumarchais: il dénonce l'injustice faite aux femmes, la domination masculine, les contraintes économiques et l'hypocrisie des jugements sociaux. Marceline incarne ainsi une parole de vérité qui dépasse le cadre de l'intrigue pour toucher aux structures mêmes de la société.