Euphorbe est un personnage secondaire de Cinna, intégré à l'entourage de Maxime et placé au cœur des mécanismes de délation et de manipulation qui traversent la pièce. Il apparaît au troisième acte, lorsqu'il intervient dans les échanges entre Maxime et lui, puis revient comme intermédiaire auprès d'Auguste. Son rôle n'est pas celui d'un héros, mais d'un agent de circulation de l'information, dont les paroles accélèrent la crise politique et morale.
Dans l'intrigue, Euphorbe joue surtout le rôle d'adjuvant intéressé et de révélateur. Il informe, conseille, pousse Maxime à agir, et participe ainsi à l'enchaînement des événements qui conduisent à la découverte de la conjuration. Il se situe du côté de l'efficacité pratique plutôt que du débat moral, et son intervention a un poids décisif puisqu'elle contribue à transformer un complot secret en affaire exposée au pouvoir d'Auguste.
Son importance tient aussi à sa fonction de miroir déformant. Par ses propos sur Cinna, sur Maxime et sur le danger de la situation, il met à nu les passions individuelles qui travaillent les conjurés. Il n'est ni le centre de la conjuration ni son moteur idéologique, mais un personnage de relais, utile à la progression dramatique parce qu'il fait basculer les confidences dans l'action et l'action dans la trahison.
Euphorbe entretient d'abord un lien étroit avec Maxime. Il l'écoute, le conseille et l'incite à « agir pour vous-même » en l'engageant à trahir Cinna afin de gagner Émilie. Leur relation repose donc sur une complicité d'intérêt, mais aussi sur une certaine influence : Euphorbe se présente comme celui qui aide Maxime à résoudre un conflit entre amour, ambition et fidélité. En retour, Maxime lui confie ses sentiments et ses hésitations.
Avec Cinna, Euphorbe est indirectement en rapport, puisqu'il parle de lui, commente sa stratégie et participe à la diffusion de ce qui le concerne. Avec Auguste, il devient un informateur : ses révélations, vraies ou habilement présentées, servent à alerter le prince. Il est ainsi lié à plusieurs camps à la fois, mais sans fidélité durable, ce qui fait de lui un personnage de circulation plus qu'un personnage d'attachement.
Euphorbe se distingue par son opportunisme et son sens de l'intrigue. Il sait exploiter les faiblesses des autres, notamment les passions de Maxime, et il raisonne en termes d'efficacité : il faut agir, se protéger, tirer parti des circonstances. Son discours est persuasif, calculé, et il propose des solutions pragmatiques, y compris la trahison, qu'il cherche à rendre acceptable.
Le texte le montre aussi comme un être peu scrupuleux, capable de manipuler les sentiments et de justifier l'injustifiable. Il pousse Maxime à considérer que l'amour autorise la déloyauté et que l'intérêt personnel peut primer sur les liens d'amitié. Cette morale est instable et intéressée : Euphorbe ne défend pas une valeur supérieure, mais une logique de survie et d'avantage, ce qui le rapproche d'un esprit rusé, sans grandeur morale.
Euphorbe évolue peu : il reste un personnage fonctionnel, constant dans sa manière de parler et d'agir. D'un échange à l'autre, il conserve la même posture d'intermédiaire habile, de conseilleur intéressé et de facilitateur de la trahison. Son identité dramatique tient précisément à cette stabilité, qui en fait une force de pression constante dans l'économie de la pièce.
Euphorbe symbolise une forme de pragmatisme moral corrompu par l'intérêt. À travers lui, la pièce montre comment la politique peut être contaminée par l'ambition, la peur et le calcul personnel. Il incarne aussi la fragilité des fidélités humaines quand elles sont soumises au désir, à la crainte ou au profit, ce qui renforce l'opposition centrale entre grandeur d'âme et compromission. Par son rôle d'informateur et de manipulateur, il révèle un monde où la parole n'est jamais innocente et où les échanges servent souvent à préparer la rupture des liens.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Euphorbe, à travers d'autres œuvres.