Livie est une figure de la cour impériale romaine dans Cinna de Corneille. Elle apparaît comme l'épouse d'Auguste et intervient au cœur des débats politiques et moraux qui traversent l'œuvre. Présente surtout à partir du troisième acte, elle prend place dans l'espace du conseil et du secret, où son influence sur l'empereur se révèle décisive.
Livie n'est pas un personnage moteur de l'action au même titre qu'Auguste, Cinna ou Émilie, mais elle joue un rôle d'adjuvant essentiel. Elle accompagne Auguste dans ses hésitations, l'éclaire, le pousse à la clémence et contribue directement à l'issue de la pièce. Son intervention soutient la résolution finale d'Auguste et favorise le dénouement de pardon plutôt que de vengeance.
Son importance tient aussi à sa fonction de médiatrice politique et morale. Elle intervient quand la conjuration est découverte, quand Auguste vacille entre punition et pardon, puis au moment où la clémence triomphe. Par sa parole, elle aide à orienter la décision du prince et participe à la restauration de l'ordre.
La relation centrale de Livie est celle qu'elle entretient avec Auguste. Elle lui parle librement, le conseille, le contredit parfois et tente de tempérer sa sévérité. Elle cherche à faire prévaloir une politique de grâce, en montrant que le pardon peut affermir le pouvoir. Leur dialogue est marqué par une proximité conjugale et par une réelle autorité de Livie sur la décision impériale.
Avec Cinna, Émilie et Maxime, Livie reste surtout une observatrice engagée dans les enjeux de la cour. Elle n'entre pas dans leurs intrigues amoureuses, mais elle intervient à la fin comme garante de l'ordre retrouvé. Face à Émilie, elle défend la légitimité du pouvoir d'Auguste et rappelle que les crimes d'État liés à la couronne peuvent être relus autrement une fois le souverain établi. Elle renforce ainsi la position d'Auguste contre les logiques de haine et de vengeance.
Livie se distingue par sa fermeté, sa lucidité et son intelligence politique. Elle parle avec assurance, formule des arguments précis et ne se contente pas d'obéir passivement. Elle est capable de s'opposer à Auguste, mais toujours pour le conduire vers une solution qu'elle juge plus juste et plus utile. Sa parole est mesurée, rationnelle et orientée vers la stabilité.
Elle incarne aussi la modération et la clémence. Là où Auguste est tenté par la colère ou le désespoir, Livie défend la maîtrise de soi et le pardon. Son comportement montre une fidélité profonde à l'ordre impérial, mais sans dureté excessive. Elle se présente comme une conseillère avisée, soucieuse du bien politique plus que d'un intérêt personnel visible.
Livie est un personnage relativement statique, au sens où elle ne subit pas de transformation psychologique majeure. Dès ses premières interventions, elle apparaît comme une voix de raison et de clémence, et elle conserve cette fonction jusqu'à la fin. Sa stabilité donne de la cohérence à son rôle : elle est le point d'appui moral qui aide Auguste à choisir le pardon.
Livie symbolise la sagesse politique et la force civilisatrice de la parole mesurée. Dans une pièce dominée par la violence, la conjuration, la vengeance et le pouvoir, elle fait entendre une autre voie : celle de la maîtrise de soi et du pardon. Elle révèle aussi l'importance, chez Corneille, des conseillers capables d'infléchir la décision du souverain. Par elle, l'œuvre montre que la grandeur ne réside pas seulement dans la domination, mais dans la capacité à se dépasser soi-même.