Présentation

Cinna ou la Clémence d'Auguste est une tragédie de Pierre Corneille, représentée pour la première fois en 1641 et publiée en 1643. L'œuvre appartient au théâtre classique du XVIIe siècle et s'inscrit dans le mouvement baroque par certains aspects de la grandeur des passions, tout en préparant l'esthétique classique par sa recherche d'ordre, de responsabilité morale et de maîtrise de soi.

La pièce est considérée comme l'une des grandes tragédies politiques de Corneille. Elle met en scène le conflit entre la vengeance privée, l'ambition politique et la raison d'État, dans une Rome antique utilisée comme miroir des questions politiques de l'époque de l'auteur. Le dénouement, fondé sur la clémence d'Auguste, a souvent été lu comme un moment majeur du théâtre cornélien.

Résumé

Émilie, fille d'un homme tué sur l'ordre d'Auguste, nourrit une haine profonde contre l'empereur et rêve de venger la mort de son père. Elle aime pourtant Cinna, qui participe au complot destiné à renverser Auguste. Dans la scène d'ouverture, elle hésite entre sa passion amoureuse et son devoir filial : elle voudrait voir Auguste mourir, mais elle redoute aussi que Cinna se mette en danger pour elle.

Fulvie tente de modérer cette vengeance. Elle rappelle à Émilie qu'Auguste l'a comblée de bienfaits et qu'elle pourrait lui laisser ses raisons à d'autres conjurés. Mais Émilie refuse cette solution. Pour elle, les faveurs d'Auguste n'effacent rien au crime initial. Elle affirme que ces bienfaits servent même à renforcer sa lutte contre lui, puisque ce qu'il lui donne peut être utilisé pour agir contre son pouvoir.

Émilie exige donc que Cinna tue Auguste s'il veut la posséder. Elle présente cette condition comme un devoir lié à la mémoire de son père. Son amour pour Cinna ne supprime pas sa volonté de vengeance, au contraire : elle veut unir amour et gloire politique dans un même geste de révolte contre le tyran.

Quand Cinna arrive, Émilie l'interroge sur l'état de la conjuration. Il lui répond avec enthousiasme que les conspirateurs sont résolus et unis, et qu'ils souhaitent renverser Auguste avec une ardeur exemplaire. Cinna raconte ensuite comment il a enflammé ses compagnons en leur rappelant les crimes d'Auguste, les guerres civiles romaines, les souffrances du peuple et l'horreur du pouvoir exercé par les triumvirs.

Le texte fourni s'interrompt alors que Cinna développe ce discours. Dans l'ensemble de l'œuvre, cette conjuration contre Auguste occupe le centre de l'action. Le complot est finalement découvert, mais Auguste surprend tout le monde en décidant de pardonner aux conspirateurs, en particulier à Cinna et à Émilie. Ce geste de clémence transforme le dénouement tragique attendu en victoire morale du souverain, qui renonce à punir les coupables et choisit la grandeur politique du pardon.

Personnages principaux

  • Auguste - empereur de Rome, ancien maître du pouvoir par la violence, puis souverain capable de clémence.

  • Cinna - jeune Romain, amant d'Émilie et chef du complot contre Auguste.

  • Émilie - fille d'un homme mort sur l'ordre d'Auguste, animée par le désir de vengeance.

  • Fulvie - confidente d'Émilie, personnage de conseil et de modération.

  • Maxime - personnage important de la conjuration dans l'œuvre complète, partagé entre amitié, amour et politique.

  • Livie - épouse d'Auguste, rôle discret mais important dans l'équilibre du pouvoir.

  • Polyclète - serviteur ou agent lié à Auguste dans l'œuvre complète.

Thèmes principaux

  • La vengeance - Émilie veut punir Auguste pour la mort de son père et fait de la vengeance une exigence morale.

  • L'amour et le devoir - son amour pour Cinna entre en conflit avec son désir de vengeance et ses obligations filiales.

  • Le pouvoir politique - la pièce interroge la légitimité du pouvoir d'Auguste, fondé sur la violence, la guerre civile et la domination.

  • La clémence - le pardon final d'Auguste donne à la pièce sa portée philosophique et politique majeure.

  • Le conflit entre passions et raison - les personnages sont déchirés entre élans du cœur et calcul politique.

  • La grandeur romaine - Rome sert de cadre héroïque et de modèle de réflexion sur la liberté, la tyrannie et la vertu.

Registre et style

  • Registre tragique - la menace de mort, le complot, la violence politique et les dilemmes intérieurs dominent l'œuvre.

  • Registre lyrique - les personnages, surtout Émilie, expriment leurs passions sous forme de confidences intenses et pathétiques.

  • Registre oratoire - les longs discours de persuasion, de justification et de dénonciation donnent à la pièce une force argumentative.

  • Versification classique - Corneille écrit en alexandrins, avec une langue noble, soutenue et équilibrée.

  • Antithèses et oppositions - haine et amour, devoir et passion, vengeance et clémence structurent le texte.

  • Rythme ample et solennel - les tirades développées donnent au conflit une dimension héroïque.

  • Références historiques et politiques - le vocabulaire de Rome, du sénat, de la liberté et de la tyrannie ancre la pièce dans la tragédie politique.

Message de l'auteur

  • Montrer que le vrai grand homme n'est pas seulement celui qui conquiert, mais aussi celui qui sait pardonner.

  • Interroger la légitimité de la vengeance privée face aux exigences de la justice et de l'État.

  • Mettre en scène la force destructrice des passions lorsqu'elles gouvernent les décisions humaines.

  • Célébrer la maîtrise de soi comme signe de grandeur morale et politique.

  • Faire réfléchir sur les moyens d'établir ou de conserver le pouvoir sans sombrer dans la cruauté.

Contexte historique

  • La pièce se déroule dans la Rome antique, au moment où Auguste incarne le pouvoir impérial après les guerres civiles.

  • Le sujet s'inscrit dans la réflexion du XVIIe siècle sur la monarchie, la raison d'État et la figure du souverain idéal.

  • Corneille écrit dans le contexte du théâtre classique français, où la tragédie explore les conflits moraux et politiques des grands personnages.

  • L'œuvre est créée en 1641 et publiée en 1643, dans une période où le théâtre de Corneille atteint une pleine maturité.

  • Le cadre romain permet à l'auteur de traiter indirectement des questions de pouvoir, de fidélité et de clémence sans viser un régime contemporain précis.

Questions pour la compréhension de l'œuvre

  1. Pourquoi Émilie veut-elle la mort d'Auguste ?

  2. En quoi l'amour d'Émilie pour Cinna complique-t-il son projet de vengeance ?

  3. Quel rôle joue Fulvie auprès d'Émilie ?

  4. Comment Cinna présente-t-il la conjuration contre Auguste ?

  5. Pourquoi la clémence d'Auguste est-elle un moment essentiel de la pièce ?

  6. Quels conflits intérieurs traversent les personnages principaux ?

  7. En quoi la pièce est-elle à la fois une tragédie politique et une tragédie des passions ?

Réponses aux questions

  1. Émilie veut la mort d'Auguste parce qu'elle lui reproche la mort de son père, assassiné sur son ordre. Sa vengeance lui paraît donc légitime et presque obligatoire.

  2. Son amour pour Cinna l'empêche d'accepter sans réserve le complot, car elle craint de l'exposer au danger. Elle veut venger son père, mais elle ne veut pas perdre l'homme qu'elle aime.

  3. Fulvie joue le rôle de confidente raisonnable. Elle essaie de calmer Émilie, de lui rappeler les bienfaits d'Auguste et de l'amener à moins de violence.

  4. Cinna présente la conjuration comme une entreprise noble, courageuse et soutenue par le désir de libérer Rome. Il insiste sur la haine collective contre la tyrannie d'Auguste et sur la valeur politique de l'action.

  5. La clémence d'Auguste est essentielle parce qu'elle inverse l'attente tragique. Au lieu de punir, il pardonne, montrant ainsi une grandeur supérieure à la vengeance et aux passions.

  6. Les personnages sont déchirés entre plusieurs forces : Émilie entre amour et vengeance, Cinna entre fidélité politique et attachement amoureux, Auguste entre pouvoir et maîtrise de soi.

  7. La pièce est politique parce qu'elle traite de la tyrannie, de la conjuration et du pouvoir impérial. Elle est aussi une tragédie des passions parce que les choix des personnages naissent de la haine, de l'amour, de la peur et de l'honneur.

Problématiques pour les examens

  • En quoi Cinna fait-elle de la clémence une forme supérieure de grandeur politique ?

  • Comment Corneille transforme-t-il un complot contre un souverain en réflexion sur le pouvoir et la morale ?

  • Dans quelle mesure Émilie est-elle un personnage tragique déchiré entre amour et vengeance ?

  • Comment la pièce oppose-t-elle la violence des passions à la maîtrise de soi ?

  • En quoi Cinna renouvelle-t-elle la tragédie classique par son dénouement et sa portée politique ?



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