Alice est la jeune héroïne du récit, une petite fille qui apparaît d'abord assise auprès de sa sœur sur le gazon, en proie à l'ennui avant d'être entraînée dans le terrier du Lapin Blanc. Elle appartient à l'univers ordinaire de l'enfance, avec ses leçons, ses habitudes, son chat Dinah et ses jeux solitaires, mais elle devient très vite le centre d'une aventure merveilleuse qui fait basculer le quotidien dans l'étrange. Dès sa première apparition, elle est présentée comme curieuse, imaginative et immédiatement disponible pour l'étonnement.
Alice est clairement le personnage principal : tout le texte suit ses perceptions, ses réactions et ses déplacements. C'est par elle que le lecteur découvre le Pays des Merveilles, ses métamorphoses, ses rencontres et ses absurdités. Elle agit comme un guide involontaire dans cet univers, et son regard structure presque toutes les scènes, ce qui fait d'elle le véritable point d'ancrage du récit.
Elle n'est pas une simple spectatrice : ses paroles, ses décisions et ses erreurs font avancer l'intrigue. Elle poursuit le Lapin Blanc, boit, mange, grandit, rapetisse, entre au jardin, assiste au thé du Chapelier, puis au procès final. Son poids narratif est donc considérable, puisqu'elle traverse les épisodes essentiels et en révèle le sens par contraste avec le non-sens ambiant.
Ses relations avec le Lapin Blanc sont déterminantes au début : elle le suit par curiosité, puis il la prend pour sa bonne, Marianne, ce qui entraîne toute une série de malentendus. Avec la Souris, elle tente de dialoguer poliment, mais ses maladresses sur les chats et les chiens provoquent la fuite de l'animal. Avec la Chenille, elle subit des réponses brèves et déconcertantes, ce qui met en évidence son désarroi face à des interlocuteurs qui la questionnent sans l'aider.
Face au Chapelier, au Lièvre de Mars et au Loir, Alice est à la fois observatrice et contestée : elle essaie de comprendre, mais leurs raisonnements l'égarent. Avec la Duchesse, la Reine de Cœur, le Griffon et la Fausse-Tortue, ses échanges mêlent étonnement, gêne et résistance. Elle montre souvent de la compassion, comme envers le bébé qu'elle emmène, mais elle sait aussi s'opposer, notamment quand elle refuse la logique autoritaire de la Reine et affirme que les cartes ne l'effraient plus.
Alice se définit par une grande curiosité et une imagination très vive. Elle parle beaucoup à elle-même, réfléchit sans cesse, se pose des questions et cherche des explications rationnelles à l'irrationnel. Elle est aussi polie, soucieuse de bien faire, attentive aux règles de savoir-vivre, et capable d'une vraie bonté, comme lorsqu'elle s'occupe des gants et de l'éventail du Lapin ou quand elle protège les petits jardiniers.
Mais elle est également naïve, parfois contradictoire et souvent déstabilisée par ce qu'elle vit. Elle veut comprendre, tout en acceptant de plus en plus l'extraordinaire ; elle se montre raisonnable, mais ses raisonnements deviennent eux-mêmes absurdes sous la pression du rêve. Elle passe de l'assurance à l'inquiétude, de l'indignation à la distraction, et garde une sensibilité forte, visible dans ses pleurs, ses hésitations et sa solitude.
Au fil du récit, Alice change surtout dans son rapport à l'étrange. Au départ, elle est une enfant ordinaire qui s'ennuie et juge les choses selon le bon sens ; puis elle apprend à vivre avec les métamorphoses, les contradictions et l'instabilité des êtres et des règles. Elle finit par grandir au sens propre et au sens symbolique, en affirmant davantage sa parole et en osant contredire la Reine.
Cette évolution ne supprime pas son identité fondamentale : elle reste Alice, curieuse, sensible et mobile, mais elle acquiert une forme de confiance et de lucidité face au monde du rêve. Le retour final au réel montre toutefois que cette maturation reste liée à l'expérience du songe, qui laisse en elle une mémoire durable de l'étrangeté.
Alice symbolise à la fois l'enfance et l'esprit d'observation confrontés à un monde incohérent. Par elle, le texte interroge la logique des adultes, les règles arbitraires, l'autorité et le langage quand il devient vide ou contradictoire. Son étonnement permanent met à nu l'absurdité des discours de pouvoir, des conventions sociales et des raisonnements automatiques.
Elle représente aussi une sensibilité ouverte, capable de curiosité sans cynisme. En la suivant, le récit explore le passage entre enfance et maturité, mais sans le réduire à une leçon simple : Alice apprend surtout à supporter l'incertitude, à résister aux absurdités imposées et à conserver son identité dans un monde qui change sans cesse. Elle incarne ainsi une forme d'intelligence inquiète, vive et imaginative, au cœur même du merveilleux.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Alice, à travers d'autres œuvres.