La Reine de Coeur est une souveraine du Pays des Merveilles, entourée de son Roi, de ses soldats, de ses courtisans et de ses enfants. Elle apparaît dans la seconde partie du récit, lors de la partie de croquet, puis prend une place majeure dans l'épisode du procès. Dès son arrivée, elle impose sa présence par son autorité, sa colère et ses ordres de décapitation, ce qui en fait l'une des figures les plus marquantes de l'œuvre.
Elle joue le rôle d'opposant principal dans les épisodes où Alice pénètre au coeur de la société absurde du Pays des Merveilles. Elle incarne le pouvoir arbitraire, le désordre judiciaire et la violence du monde fantastique. Pendant la partie de croquet, elle transforme un jeu en chaos ; pendant le procès, elle domine la cour et impose un climat de peur et d'irrationalité.
Sa fonction narrative est donc essentielle : elle cristallise la satire du pouvoir et fait avancer les scènes de conflit. Ses interventions provoquent des bouleversements constants, qu'il s'agisse des jardiniers, des joueurs de croquet, du Chapelier, de la cuisinière ou d'Alice elle-même. Sa formule répétée, « Qu'on lui coupe la tête ! », résume son mode d'action et sa manière de gouverner.
Avec Alice, la Reine de Coeur entretient une relation de confrontation directe. Alice lui répond parfois avec franchise, notamment lorsqu'elle refuse de se laisser intimider. La Reine s'acharne aussi contre elle lorsqu'elle la voit au coeur du jeu ou du procès, mais Alice finit par réduire sa menace en la considérant comme « un paquet de cartes ». Cette relation met en valeur le contraste entre l'autorité brutale de la Reine et le sang-froid croissant d'Alice.
Elle est également liée au Roi de Coeur, qui apparaît comme plus timide et moins souverain qu'elle. Le Roi tente parfois de calmer les situations, tandis qu'elle tranche les difficultés par la menace. Elle entre en conflit avec le Chapelier, le Lièvre, le Loir, la cuisinière, la Duchesse et plusieurs autres personnages, qu'elle fait arrêter, menacer ou interrompre. Son rapport aux autres est dominé par la peur qu'elle inspire plus que par un véritable dialogue.
La Reine de Coeur se distingue d'abord par sa brutalité et son autoritarisme. Elle crie, s'impatiente, condamne, ordonne des exécutions et ne tolère guère la contradiction. Son tempérament est coléreux, excessif, capricieux et profondément injuste. Elle réagit à la moindre contrariété par la menace, ce qui révèle une incapacité à réguler ses émotions et à gouverner selon des règles stables.
Elle est aussi marquée par l'arbitraire et la superficialité. Ses décisions semblent dictées par l'humeur du moment plutôt que par la raison. Pourtant, derrière cette violence, le texte laisse percevoir une forme de vacuité : ses condamnations se multiplient, mais ne s'appliquent pas toujours, et son pouvoir paraît plus théâtral que réel. Elle incarne ainsi une autorité de façade, soutenue par le vacarme, le rituel et la peur.
La Reine de Coeur évolue peu au fil de l'œuvre. Elle reste globalement fidèle à elle-même : coléreuse, menaçante et imprévisible. Ses interventions successives ne la transforment pas, mais accentuent au contraire son rôle de figure fixe du pouvoir absurde. Son immobilité psychologique la rend presque emblématique : elle n'apprend pas, ne s'amende pas, et continue d'agir selon la même logique de violence.
La Reine de Coeur symbolise une autorité tyrannique et arbitraire, proche de la caricature du pouvoir absolu. À travers elle, l'oeuvre ridiculise les institutions fondées sur la peur, les cérémonies vides et les sanctions disproportionnées. Son univers révèle une société où la hiérarchie se maintient par l'absurde, la violence verbale et l'obéissance mécanique. Elle permet ainsi à l'auteur de critiquer, sous forme de fantaisie, la logique parfois ridicule des pouvoirs humains.