Le Chapelier est un personnage secondaire du monde merveilleux d'Alice, rencontré au cours de l'épisode du thé avec le Lièvre de Mars et le Loir. Il apparaît comme un homme lié au rituel du thé, installé à une table avec ses compagnons, et immédiatement identifiable par son comportement étrange, ses questions absurdes et sa manière de parler aux logiques déroutantes. Son importance tient à ce qu'il fait basculer Alice dans une expérience où le langage, le temps et les règles ordinaires perdent leur sens.
Dans la narration, le Chapelier joue surtout un rôle d'opposant comique et de perturbateur. Il ne s'oppose pas par la violence, mais par l'absurdité de ses propos, qui empêchent toute communication claire avec Alice. Son thé sans fin, ses énigmes sans réponse et ses raisonnements circulaires incarnent l'une des grandes scènes de déstabilisation du récit, où Alice se trouve confrontée à un univers régi par des règles illogiques.
Il est aussi un relais important des thèmes du chapitre : l'écoulement du temps, l'enfermement dans des habitudes stériles, l'inutilité de certaines conventions sociales. Sa présence donne à l'épisode une portée emblématique, car il transforme un simple repas en scène de dérèglement total. Le Chapelier n'est donc pas un simple figurant pittoresque : il est un instrument essentiel de l'étrangeté du Pays des Merveilles.
Le Chapelier agit toujours en compagnie du Lièvre de Mars et du Loir, avec lesquels il forme un petit groupe fermé, soudé par le thé et par l'absurdité. Le Lièvre relaie souvent ses provocations ou ses raisonnements, tandis que le Loir apparaît comme un convive somnolent, facilement bousculé par les autres. Ensemble, ils imposent à Alice un espace de conversation où elle est continuellement reprise, contredite ou déplacée.
Avec Alice, ses rapports sont marqués par l'incompréhension et la contradiction. Il critique ses cheveux, la corrige sur le sens des mots, lui pose une énigme sans solution, et la pousse à quitter la table lorsqu'elle s'agace. Alice tente parfois de dialoguer poliment, mais le Chapelier la ramène toujours à l'absurde. Il entretient aussi un lien indirect avec le Temps, qu'il dit avoir « querellé », ce qui explique la fixation permanente de l'heure du thé et fait de lui un personnage en conflit avec l'ordre même du monde.
Le Chapelier est d'abord marqué par l'excentricité et l'incohérence. Il parle par paradoxes, pose des devinettes sans réponse et semble vivre dans une temporalité figée. Son rapport au Temps est conflictuel : il affirme que le Temps ne veut plus rien faire pour lui, et cette idée traduit une forme de frustration profonde, presque de malédiction. Il apparaît donc comme un être prisonnier d'un dérèglement qu'il a lui-même contribué à provoquer.
Sur le plan psychologique, il est susceptible, autoritaire et moqueur. Il coupe fréquemment la parole, reprend Alice, se montre parfois vexé et adopte un ton de supériorité. Mais cette dureté est mêlée à une sorte de fragilité comique : il semble incapable d'organiser le monde autrement que par la répétition des mêmes gestes. Sa conversation révèle aussi une intelligence dévoyée, brillante dans le maniement des phrases, mais vide de solution. Il est à la fois perspicace et absurde, ce qui fait de lui un personnage contradictoire.
Le Chapelier ne connaît pas de véritable évolution dans l'extrait. Il demeure constamment le même : enfermé dans son thé éternel, dans ses habitudes, dans ses disputes verbales et dans son rapport bloqué au Temps. Contrairement à Alice, qui change de taille, d'état et de perspective, lui reste fixé dans une identité immobile. Cette stabilité signifie qu'il incarne moins un parcours qu'un état, celui d'une existence dérangée et répétitive.
Le Chapelier symbolise un monde où les conventions ont perdu leur fonction première. Le thé, qui devrait être un moment de sociabilité réglé et paisible, devient chez lui un cérémonial inutile et sans fin. À travers lui, l'œuvre se moque des usages sociaux vides, des mots qui tournent à vide et des raisonnements qui n'aboutissent à rien. Il révèle aussi la violence discrète de l'absurde : on peut être enfermé non par des barreaux, mais par des habitudes mentales et un temps déréglé.