Sophie de Réan est une petite fille de bonne famille, fille de Mme de Réan et sœur d’aucun enfant, mais constamment accompagnée par son cousin Paul et entourée d’adultes qui veillent sur elle. Elle apparaît dès le début comme une enfant de quatre ans, vive, gâtée, très aimée, et placée au centre d’un cadre familial aisé où elle reçoit des jouets, des soins et des leçons morales. Son entrée en scène se fait par l’émerveillement devant la poupée envoyée de Paris, ce qui annonce son importance dans l’œuvre : Sophie sera le personnage autour duquel s’organisent la plupart des épisodes.
Sophie est la protagoniste principale de ce récit d’éducation. L’œuvre suit ses actions, ses erreurs, ses punitions et ses progrès moraux ; elle constitue donc le moteur de l’intrigue. Chaque épisode part d’une de ses idées, souvent mal réfléchie, et montre les conséquences concrètes de cette impulsion : poupée abîmée, poissons morts, oiseau, écureuil, tortue, âne, vol de la boîte à ouvrage, ou encore conflit avec Paul. Le personnage sert ainsi de point d’entrée à une suite d’histoires exemplaires.
Son rôle n’est pas celui d’une héroïne parfaite, mais d’un personnage d’apprentissage. Elle provoque les événements par sa curiosité, sa gourmandise, sa colère ou sa désobéissance, puis permet à l’auteur de mettre en scène une correction morale. Sophie attire aussi la sympathie par sa sincérité finale, sa capacité à pleurer, à regretter et à aimer. Elle est donc à la fois source des malheurs et lieu possible du repentir.
La relation la plus importante est celle qu’elle entretient avec sa mère, Mme de Réan. Celle-ci l’aime, la corrige, l’explique, la gronde quand il le faut, mais lui pardonne souvent quand Sophie avoue franchement sa faute. Sophie dépend profondément de cette autorité maternelle, qu’elle cherche parfois à contourner avant de reconnaître qu’elle avait tort. Leur lien est à la fois affectif, éducatif et conflictuel.
Sophie est également liée à Paul, son cousin, qui joue le rôle de compagnon, de témoin et souvent de contrepoids moral. Paul la critique, se moque parfois d’elle, mais il l’aide aussi, la console et lui pardonne. Leur relation alterne querelles et réconciliations, et Paul apparaît comme plus raisonnable, plus patient et plus obéissant qu’elle. Sophie est aussi influencée par Camille et Madeleine, qui forment un groupe d’enfants avec lequel elle joue, se dispute parfois, puis se réconcilie. Avec les domestiques, surtout la bonne Lucie, elle entretient une relation de dépendance affective, mais cette dernière encourage parfois ses fautes en adoucissant les punitions.
Sophie est une enfant spontanée, imaginative, sensible et très affective. Elle aime les animaux, les jeux, les jolies choses, les cadeaux et les nouveautés. Elle n’est ni méchante par principe ni indifférente aux autres : lorsqu’elle comprend la souffrance qu’elle a causée, elle pleure, regrette et avoue. Son sens moral existe, mais il est faible au départ, car il est souvent dominé par l’envie immédiate, l’impatience ou la recherche du plaisir.
Ses principaux défauts sont la désobéissance, la curiosité, la gourmandise, la colère, la coquetterie, l’entêtement et parfois le mensonge. Elle raisonne mal, croit pouvoir améliorer les choses par des gestes maladroits, et transforme souvent une bonne intention en catastrophe. Toutefois, le texte insiste aussi sur sa capacité à la honte, au remords et à l’amitié. Sophie est donc un personnage contradictoire : vive, aimante et généreuse, mais encore très immature, incapable de mesurer les conséquences de ses actes avant d’avoir souffert.
Au fil du récit, Sophie change partiellement. Elle ne devient pas parfaitement sage, mais elle apprend peu à peu par l’expérience que l’obéissance, la franchise et la réflexion sont préférables à ses impulsions. Certaines fautes reviennent sous des formes nouvelles, ce qui montre qu’elle reste une enfant instinctive, mais plusieurs épisodes marquent une évolution réelle : elle avoue davantage ses torts, comprend mieux le mal causé aux autres, et finit par reconnaître la valeur de la vérité et du repentir. L’œuvre ne la transforme donc pas d’un coup ; elle l’éduque par étapes, à travers la répétition des erreurs et des leçons.
Sophie symbolise l’enfance livrée à elle-même lorsqu’elle suit ses désirs sans réflexion, mais aussi la possibilité de formation morale par l’amour, les avertissements et l’expérience. À travers elle, le texte défend une idée très nette de l’éducation : l’enfant doit apprendre à obéir, à se maîtriser, à dire vrai, à penser aux conséquences de ses actes et à respecter les êtres vivants. Les multiples accidents qui lui arrivent montrent une vision morale du monde où la faute appelle presque toujours une sanction, parfois immédiate, parfois intérieure.
Le personnage révèle aussi un regard très attentif sur les contradictions de l’enfance : on veut bien agir, mais on cède à l’envie ; on aime, mais on blesse ; on comprend après coup, rarement avant. Sophie incarne ainsi une humanité en apprentissage. Le projet de l’auteur est moins de condamner que de corriger, en faisant de chaque maladresse une leçon. Sophie devient alors une figure exemplaire de l’enfant perfectible, dont la spontanéité doit être guidée vers la bonté et la raison.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Sophie, à travers d'autres œuvres.