Petra Stockmann est la fille du docteur Stockmann et de Mme Stockmann. Elle appartient donc à une famille bourgeoise de province, fortement impliquée dans la vie de la cité et dans l'affaire des bains. Elle apparaît d'abord comme une jeune femme active, instruite et indépendante, déjà engagée dans le travail par ses leçons à l'école du soir et par sa traduction d'un roman anglais. Sa première présence la situe immédiatement du côté du mouvement intellectuel et familial qui entoure son père, tout en lui donnant une place singulière par sa franchise et son assurance.
Petra n'est pas la protagoniste, mais elle joue un rôle essentiel d'adjuvante auprès du docteur Stockmann. Elle soutient son père, comprend vite la portée de ses découvertes et contribue à faire circuler l'information, notamment lorsqu'elle apporte la lettre décisive. Par sa présence régulière dans les scènes de famille, de rédaction et d'assemblée, elle sert de relais entre la sphère privée et la sphère publique.
Son importance tient aussi à sa fonction de contrepoint moral. Elle voit clair dans les compromissions, démasque les hypocrisies et refuse les faux-semblants. En ce sens, elle aide à faire apparaître les véritables enjeux de l'intrigue, non seulement scientifiques et politiques, mais aussi éthiques. Elle participe à la montée dramatique sans prendre elle-même le devant de la scène.
La relation la plus forte de Petra est celle qui l'unit au docteur Stockmann. Elle lui témoigne une confiance profonde, prend son parti et le défend explicitement lorsque le conflit avec le juge s'aggrave. Leur lien est marqué par l'estime intellectuelle autant que par l'affection filiale. Petra admire le courage de son père et l'encourage à ne pas céder.
Avec Mme Stockmann, la relation est plus nuancée. Petra respecte sa mère, mais elle lui oppose souvent une liberté de pensée plus nette, comme lorsqu'elle conteste sa méfiance à l'égard des propos tenus devant les enfants. Avec Hovstad, elle passe de la considération à la rupture : elle le croit d'abord digne d'estime, puis découvre qu'il manque de droiture envers son père. Avec Billing, elle garde une distance ironique. Quant au juge Stockmann, elle le rejette avec vigueur, au point d'intervenir directement dans le conflit familial. Enfin, son échange avec Horster montre qu'elle est reconnue par lui comme une jeune femme sérieuse et capable de projets propres.
Petra apparaît comme une jeune femme lucide, droite et courageuse. Elle parle sans détour, dit ce qu'elle pense et refuse le mensonge, même lorsqu'il est socialement admis. Son rapport au travail confirme cette exigence : elle supporte une lourde charge de leçons et de corrections sans se plaindre, parce qu'elle y trouve une forme de satisfaction morale. Elle est aussi attentive à la vérité concrète des choses, ce qui la rend méfiante envers les discours creux ou les idées fabriquées.
Elle possède cependant une sensibilité vive, qui la rend vulnérable à la déception. Sa réaction envers Hovstad montre qu'elle attend beaucoup de la droiture des autres et qu'elle supporte mal la trahison. Petra n'est pas seulement ferme : elle est aussi chaleureuse, généreuse et profondément solidaire des siens. Son indépendance n'exclut ni l'affection ni la loyauté, et c'est cette combinaison qui fait sa force.
Petra évolue peu au sens dramatique, mais elle se précise et s'affermit au fil de l'œuvre. Dès le début, elle apparaît comme une jeune femme instruite, travailleuse et franche. À mesure que le conflit s'intensifie, elle devient plus nettement la voix de la conscience lucide au sein de la famille. Elle passe de l'observation critique à l'engagement explicite aux côtés de son père. Sa stabilité n'est pas une inertie : elle signifie la cohérence absolue d'un tempérament déjà formé.
Petra symbolise une jeunesse qui refuse les compromis du monde adulte, celui des intérêts, des convenances et des renoncements. Elle incarne une liberté morale qui ne se contente pas de discours, mais s'éprouve dans le travail, la fidélité et la vérité dite en face. Dans l'économie de l'œuvre, elle représente une possibilité d'avenir plus saine que la société dominante, puisque sa parole reste du côté de la clarté, de l'intégrité et de l'exigence intellectuelle. Elle révèle ainsi, par contraste, la faiblesse d'un monde où trop d'hommes se disent libres tout en obéissant à la peur.