Peter Stockmann, appelé aussi le juge ou le Dr Stockmann selon le contexte de sa prise de parole, est un notable de la ville, frère de Thomas Stockmann et beau-frère de Mme Stockmann. Il apparaît d'abord en homme d'autorité, vêtu d'un pardessus, coiffé de sa casquette d'uniforme et muni d'une canne, ce qui signale d'emblée son statut officiel et son appartenance aux instances dirigeantes de la cité. Sa présence est essentielle dans l'œuvre, car il incarne l'autorité municipale et cristallise très tôt les tensions autour de l'établissement thermal.
Dans l'intrigue, Peter Stockmann joue le rôle principal d'opposant au Dr Stockmann. Il intervient comme représentant de la direction, de la réglementation et de l'ordre établi, face à la volonté de révélation scientifique de son frère. Ses conversations successives avec Thomas structurent le conflit central : il cherche à limiter la portée des révélations, à préserver les intérêts de la ville et à empêcher que l'affaire des eaux ne devienne publique.
Son poids dramatique est considérable, car il ne se contente pas de contredire le héros : il met en place les mécanismes de pression sociale et politique qui conduiront à l'isolement du docteur. Il intervient aussi dans la scène publique décisive, où il soutient la motion qui empêche le docteur de parler et contribue à retourner l'opinion contre lui. Peter devient ainsi l'un des moteurs directs de la catastrophe familiale et civique.
La relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Thomas Stockmann. Les deux frères s'affrontent sur tout : la vérité scientifique, l'intérêt public, la place de l'autorité, la liberté d'expression. Peter rappelle sans cesse à Thomas sa dépendance professionnelle, son poste de médecin de l'établissement, et menace de le faire congédier s'il refuse de se plier à la ligne de la direction. Ce lien fraternel est donc aussi un lien de domination et de conflit.
Avec Mme Stockmann, Peter adopte une attitude plus polie, presque mondaine, mais toujours intéressée et distante. Avec Petra, il se trouve aussi du côté de l'adversité, puisque la jeune femme écoute, proteste et défend son père contre lui. Face à Hovstad, Billing et Aslaksen, il manie la diplomatie et l'influence, sait exploiter les hésitations, les intérêts et les peurs de chacun. Il entretient ainsi des alliances de circonstance avec la presse et les notables, tout en restant le centre du pouvoir local.
Peter Stockmann apparaît comme un homme froid, prudent, autoritaire et soucieux de l'ordre. Il parle au nom du devoir, des règlements, des autorités légalement constituées et du bien général, mais cette rhétorique cache une forte volonté de contrôle. Il est aussi orgueilleux, susceptible et attaché à sa réputation : il ne supporte pas que son frère obtienne le mérite d'une découverte ou qu'une erreur passée lui soit imputée.
Le texte le montre également calculateur et hypocrite. Il avance des arguments économiques et administratifs pour étouffer l'affaire, prétendant agir pour l'intérêt public alors qu'il protège aussi sa position, son influence et celle des groupes qui gouvernent la ville. Sa fermeté repose sur la peur du désordre, la crainte du scandale et le mépris des initiatives individuelles. Il incarne une morale de la discipline et de l'obéissance, mais cette morale se révèle étroitement liée à l'intérêt et à la conservation du pouvoir.
Peter Stockmann évolue peu : il demeure constant dans son rôle d'adversaire institutionnel, de protecteur du système et de frère opposé au héros. Au fil des scènes, il passe de la réserve polie à l'ultimatum, puis à la menace explicite de congédiement et à la manœuvre politique. Cette stabilité fait de lui un personnage fonctionnel du théâtre : il n'est pas destiné à se transformer, mais à révéler par sa permanence la rigidité du pouvoir qu'il incarne.
Peter Stockmann symbolise l'autorité municipale, la respectabilité bourgeoise et la logique du compromis intéressé. À travers lui, l'œuvre critique une société où l'ordre public, les intérêts économiques et l'opinion majoritaire servent à écraser la vérité. Il révèle aussi comment le pouvoir se justifie en parlant de bien commun tout en défendant ses propres privilèges. En ce sens, il n'est pas seulement un frère antagoniste : il est l'incarnation d'un système qui préfère préserver ses avantages plutôt que reconnaître une faute.