Hovstad est le rédacteur du Messager du peuple, un homme de presse issu d'un milieu modeste, explicitement présenté comme venant d'une famille de paysans. Il apparaît d'abord dans la maison du docteur Stockmann, puis surtout au bureau du journal, où il travaille comme journaliste et dirigeant éditorial. Dans l'œuvre, il occupe une place importante parce qu'il sert de relais entre les idées, l'opinion publique et l'action politique locale.
Hovstad joue un rôle décisif dans l'intrigue, à la fois comme allié provisoire du docteur Stockmann et comme opposant lorsque les intérêts du journal changent de direction. Il est d'abord un appui précieux pour Stockmann : il envisage de publier son rapport, se montre enthousiasmé par la découverte sur les bains et promet de mettre son journal à disposition. Mais cette aide est conditionnelle et réversible, ce qui fait de lui un personnage de bascule, révélateur de la fragilité des soutiens politiques.
Il n'est pas un simple personnage secondaire décoratif : ses prises de position influencent directement la circulation de l'information et le rapport de forces public. Par son journal, il pèse sur la réputation de Stockmann, sur l'opinion de la ville et sur le déroulement de la réunion publique. Il incarne ainsi le pouvoir ambivalent de la presse : pouvoir d'agiter, de soutenir, mais aussi de se retirer dès que le risque devient trop grand.
Avec le docteur Stockmann, Hovstad entretient d'abord une relation de confiance apparente. Il loue la découverte, s'intéresse à l'article, accepte de le publier et fait mine d'adhérer à la cause de la vérité. Pourtant, cette alliance se défait lorsqu'il comprend que l'affaire peut coûter cher au journal et à ses propres ambitions. Stockmann lui reproche alors son manque de droiture et son opportunisme, tandis que Hovstad invoque la prudence et l'intérêt du public.
Avec Petra, sa relation est plus intime dans le dialogue, puis brutalement dévoilée comme intéressée. Petra admire chez lui l'homme de principes et la mission intellectuelle du journaliste, mais elle découvre qu'il n'agit pas uniquement par amour de la vérité et qu'il a placé sa position personnelle avant la cause. Avec Aslaksen, Hovstad forme un tandem politique de circonstance : les deux hommes s'accordent sur l'usage tactique de la presse, mais Aslaksen l'oblige à composer avec la mesure, la prudence et la majorité. Avec le juge Stockmann, il bascule finalement du côté du pouvoir local lorsque le rapport du docteur devient trop dangereux.
Hovstad se présente comme un homme intelligent, très sensible aux idées politiques et au mouvement des opinions. Il parle volontiers d'émancipation, de liberté, de progrès et de cause populaire. Il a une vraie capacité à se convaincre lui-même de la noblesse de son combat, et son discours sait prendre une hauteur morale qui séduit les autres personnages. Il aime se voir en journaliste engagé, proche du peuple et utile à la cité.
Mais cette image s'accompagne d'une forte contradiction : Hovstad est aussi prudent, calculateur et soucieux de sa position. Il défend la vérité tant qu'elle sert un projet ou ne menace pas trop les équilibres, mais il recule dès que le coût devient trop élevé. Petra le démasque comme un homme qui l'a trompée, car il lui a fait croire que la vérité et le bien public passaient avant tout, alors qu'en réalité il pense aussi à sa carrière, à la survie du journal et aux rapports de force. Il est donc à la fois sincère dans ses idéaux et faible dans leur application.
Hovstad évolue d'un allié enthousiaste de Stockmann vers un adversaire prudent puis franchement désengagé. Au début, il semble porté par la découverte, par le désir de révéler une vérité utile à la ville et par une posture démocratique. Mais à mesure que les conséquences deviennent concrètes, il se range du côté de la modération, puis du côté de l'opinion dominante. Cette évolution montre moins un changement profond qu'une révélation progressive de sa nature opportuniste.
Hovstad symbolise la presse qui se dit libérale mais qui reste tributaire de l'opinion, des intérêts locaux et des rapports de force. À travers lui, l'œuvre critique la facilité avec laquelle les mots de liberté, de peuple et de progrès peuvent être employés sans véritable courage moral. Il révèle aussi que l'engagement intellectuel peut être fragilisé par l'ambition, la peur de perdre sa place et la dépendance à ceux qu'on prétend combattre. Il incarne ainsi l'une des cibles majeures de la pièce : l'écart entre les grands principes affichés et les conduites réelles.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Hovstad, à travers d'autres œuvres.