Thérèse Raquin est la jeune épouse de Camille et la nièce de madame Raquin. Issue d’une histoire familiale complexe, née à Oran d’une mère indigène et confiée très jeune à sa tante, elle grandit dans un milieu étouffant avant de vivre au passage du Pont-Neuf, où elle tient avec sa famille la boutique de mercerie. Elle apparaît d’abord comme une femme muette, immobile, pâle et contenue, enfermée dans une vie de contrainte qui fait d’elle l’un des centres visibles du roman.
Thérèse est l’un des personnages moteurs de l’intrigue. Elle n’est pas seulement un personnage secondaire autour duquel gravite la famille Raquin, mais une véritable protagoniste tragique, puisque ses désirs, ses silences, ses choix et ses actes entraînent l’histoire vers l’adultère, le crime, puis la destruction du couple qu’elle forme avec Laurent. Le roman suit de près ses sensations, ses réveils du désir, ses peurs et ses remords, ce qui lui donne un poids central dans le déroulement narratif.
Elle joue aussi un rôle d’opposante à l’ordre bourgeois et domestique que représente madame Raquin. Sous ses dehors calmes, elle fait surgir la violence cachée du roman : l’amour, le meurtre, la culpabilité, puis le châtiment intérieur. Elle est ainsi au cœur de la mécanique dramatique, car son attirance pour Laurent, son consentement au meurtre de Camille, puis sa déchéance psychologique commandent les grandes étapes de l’oeuvre.
Avec Camille, son mari, Thérèse entretient une relation marquée par l’écart physique et affectif : elle éprouve du dégoût pour son corps malingre et son odeur d’enfant malade, et le couple ne connaît pas l’amour charnel. Elle l’a épousé sans résistance véritable, dans une sorte d’obéissance passive, mais il demeure pour elle un obstacle, puis une victime. Avec Laurent, au contraire, elle découvre une passion immédiate, violente et totale; elle le choisit comme amant, l’appelle au meurtre, puis finit par le haïr autant qu’elle l’a désiré.
Avec madame Raquin, la relation est plus ambivalente. La tante l’a élevée avec soin, comme une fille, mais cette éducation l’a aussi enfermée dans l’obéissance et l’étouffement. Thérèse lui est longtemps docile, puis l’utilise dans la comédie du remords et finit par lui infliger, par ses aveux et ses supplications, une souffrance insupportable. Avec les invités du jeudi, notamment Michaud, Grivet, Olivier et Suzanne, elle garde une distance froide ou joue des rôles, tout en profitant de leur aveuglement. Les rapports avec Laurent et madame Raquin structurent donc toute sa trajectoire.
Thérèse est un personnage de contraste. Extérieurement, elle apparaît comme calme, silencieuse, presque impassible; intérieurement, elle est brûlante, nerveuse, traversée de désirs, de colères et d’images violentes. Cette double nature fait d’elle une femme d’une intensité exceptionnelle : elle sait se taire, mentir, jouer son rôle, mais cette maîtrise cache des emportements extrêmes. Elle est décrite comme hypocrite, menteuse, impudente parfois, mais aussi comme profondément frustrée par une vie d’enfermement qui a déformé son être.
Ses motivations les plus fortes sont la fuite hors de l’étouffement, la jouissance physique, puis le besoin de soulager ses nerfs et de se protéger de la peur. Elle aime Laurent avec toute sa chair, mais cette passion se transforme ensuite en angoisse, en remords et en besoin de rédemption jouée. Elle est à la fois fière et lâche, violente et dépendante, lucide et déroutée, capable de réclamer le meurtre puis de pleurer le noyé devant madame Raquin. Le texte la montre comme un être dominé par ses nerfs, ses désirs et ses crises plutôt que par une morale stable.
Thérèse évolue d’une manière très marquée. D’abord contenue et presque atone, elle devient, avec Laurent, une amante passionnée, puis une complice du meurtre. Après le crime, elle passe par l’épuisement, l’indifférence, le remords, la piété simulée, la débauche, la peur, puis la haine. Son parcours n’est pas une simple progression morale : il est fait de réactions nerveuses, de bascules, de retours en arrière et de crises successives. À la fin, elle devient incapable d’aimer sans souffrir et incapable de vivre sans détruire ce qu’elle touche.
Thérèse symbolise la part refoulée et violente que l’éducation, la claustration domestique et la morale bourgeoise n’ont pas su contenir. Elle révèle combien le roman s’intéresse aux déterminations du corps, des nerfs et du milieu sur les conduites humaines. Par elle, l’oeuvre montre que la respectabilité peut masquer la brutalité, que l’amour peut devenir crime, et que la vie étouffée dans un espace étroit produit des êtres déformés. Thérèse incarne ainsi une vision sombre de l’humain : sous le calme apparent, des forces profondes travaillent, cherchent une issue, et finissent par se retourner contre elles-mêmes.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Thérèse Raquin, à travers d'autres œuvres.