Michaud est un ancien commissaire de police, vieil ami de Madame Raquin, installé à Paris après avoir servi longtemps à Vernon. Il entre dans l'oeuvre comme un habitué du jeudi soir, convive régulier des réunions organisées dans la boutique du passage du Pont-Neuf. Son apparition le place d'emblée du côté des figures secondaires mais très présentes, celles qui donnent au roman son cadre bourgeois, routinier et étouffant.
Sur le plan narratif, Michaud joue surtout un rôle d'adjuvant et de caution sociale. Il participe à la vie du groupe, entretient les habitudes des soirées du jeudi et contribue à installer une apparente paix domestique. Par son ancien métier, il représente aussi l'univers de l'ordre, de la police et de l'enquête, ce qui donne une portée ironique à sa présence dans une histoire de meurtre dont il ne percevra jamais la vérité.
Son importance tient moins à une action décisive qu'à son utilité dans la mécanique du roman. Il aide à maintenir les apparences, il oriente les événements vers le mariage de Thérèse et de Laurent, et il intervient dans les moments où la société bourgeoise doit se réorganiser autour du drame. Il est donc un personnage de médiation, à la fois complice involontaire des criminels et instrument du dénouement social.
La relation la plus nette est celle qu'il entretient avec Madame Raquin. Leur proximité vient de la province, de Vernon, où ils se connaissaient déjà, puis s'est prolongée à Paris dans une familiarité ancienne et confortable. Michaud traite la vieille mercière avec une simplicité presque affectueuse, et il devient un visiteur indispensable de la maison, au point de participer pleinement à son équilibre quotidien.
Avec Thérèse et Laurent, Michaud agit comme un homme de confiance. Il se laisse gagner par leur comédie, s'intéresse à leur santé, à leur bonheur, et finit par soutenir activement leur mariage. Il échange aussi avec Grivet, Olivier et Suzanne une sociabilité un peu vide, faite de dominos, de propos convenus et de plaisanteries. Face à ces personnages, il occupe une position de pivot : il connaît tout le monde, parle avec tout le monde et ne soupçonne personne.
Michaud est présenté comme un vieillard tranquille, bavard, bon enfant, profondément satisfait de ses habitudes. Son ancienne fonction de commissaire de police lui donne une autorité naturelle, mais son comportement actuel est surtout marqué par la routine et par une sociabilité sans profondeur. Il aime les soirées réglées, les petits rituels, les conversations familières, et sa présence rassure plus qu'elle n'impressionne.
Sa morale est surtout celle de l'ordre et de l'utilité. Il voit vite dans le mariage de Thérèse et de Laurent un arrangement raisonnable, presque un bienfait, parce qu'il croit agir pour le mieux et préserver la paix de la maison. Mais cette sagesse apparente s'accompagne d'un égoïsme discret : il veut conserver son confort, ses habitudes, son cercle de relations. Il est donc à la fois bienveillant et aveugle, lucide sur les formes de la vie sociale, mais incapable de pressentir la vérité humaine qui se joue sous ses yeux.
Michaud évolue peu : il demeure jusqu'au bout le même ancien commissaire, le même habitué paisible des soirées du jeudi. Son rôle se transforme cependant dans la structure du roman. D'abord simple convive, il devient progressivement un agent décisif du maintien des apparences, puis un soutien actif au mariage des deux coupables. Cette stabilité souligne sa nature de personnage-routine, parfaitement accordé à l'univers répétitif et mécanique du passage du Pont-Neuf.
Michaud symbolise un monde bourgeois fait d'habitudes, de prudence et de fausse intelligence sociale. Il incarne une police des apparences plus qu'une véritable lucidité, car son ancien métier ne lui permet pas de comprendre ce qui se passe sous son propre toit. Zola s'en sert pour montrer combien la société sait organiser le confort, les convenances et les rituels, tout en restant aveugle aux passions, aux crimes et aux désordres qui la traversent.
À travers lui, le roman critique aussi l'égoïsme tranquille des gens ordinaires. Michaud n'est pas un monstre, mais un homme satisfait, attaché à ses plaisirs modestes et à sa paix du jeudi soir. Cette banalité le rend précieux pour l'oeuvre : il fait sentir que le mal peut se déployer au milieu de la politesse, du thé, des dominos et des visites régulières, sans que personne ne voie rien venir.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Michaud, à travers d'autres œuvres.