Madame Déterville est une femme de la société française observée par Zilia après son arrivée à Paris. Elle apparaît comme la mère de Déterville, donc comme une figure d'autorité familiale et sociale, installée dans une maison où Zilia est reçue puis surveillée. Dans le regard de la narratrice, elle se distingue d'abord par sa froideur, son dédain et la distance qu'elle maintient avec l'étrangère, ce qui en fait un personnage important dans la découverte des mœurs françaises.
Dans l'intrigue, Madame Déterville joue surtout un rôle d'opposante indirecte. Elle ne provoque pas seule les grands malheurs de Zilia, mais elle contribue à son malaise en l'enfermant avec Céline, en imposant sa présence, et en exerçant une pression constante sur les rapports familiaux. Son action pèse sur l'espace privé, sur les conditions de vie de Zilia et sur la tension entre les personnages.
Elle sert aussi à faire apparaître les contradictions du monde français. Par sa manière de recevoir, de juger et d'imposer des usages, elle participe à l'univers social que Zilia critique. Son rôle n'est pas celui d'un personnage central dans l'action amoureuse, mais celui d'un obstacle domestique et moral, qui rend plus visible la fragilité des relations, la hiérarchie familiale et les contraintes imposées aux femmes.
Avec Zilia, Madame Déterville entretient un rapport de froideur et de domination. Zilia remarque qu'elle lui marque en toutes occasions une froideur et un dédain, sans pouvoir en découvrir la cause, et qu'elle exige qu'elle soit continuellement avec elle. Cette présence devient pour Zilia une gêne insupportable, car elle interdit la liberté, la spontanéité et le réconfort affectif.
Avec Déterville et Céline, sa relation est conflictuelle de manière plus diffuse. Elle préfère l'aîné dans la distribution des biens, ce qui entraîne une injustice familiale et des complications juridiques. Elle profite d'un usage barbare pour vouloir obliger Céline à prendre l'habit de Vierge afin de rendre son fils aîné plus riche, et elle oblige déjà Déterville à choisir un certain Ordre. Ainsi, elle agit contre l'union de Céline et de son amant François, et contre l'équilibre affectif du groupe familial.
Madame Déterville est présentée comme froide, dédaigneuse, glorieuse et dénaturée. Le texte insiste sur son manque de bonté à l'égard de Zilia, sur sa volonté de contrainte, et sur une forme d'injustice attachée à sa conduite. Elle incarne une autorité dure, peu sensible à la douleur d'autrui, et soucieuse de pouvoir plus que d'humanité.
Sa psychologie se lit surtout dans ses actes. Elle semble attachée aux apparences, à la domination domestique et à l'intérêt familial, au point d'utiliser les règles sociales à son avantage. Ce qui la caractérise n'est pas une complexité morale développée, mais une cohérence sévère avec un système de valeurs où la hiérarchie, la possession et la faveur donnée à l'aîné l'emportent sur l'équité et l'affection.
Madame Déterville ne connaît pas de véritable évolution intérieure dans le texte. Elle demeure, d'un bout à l'autre, une présence constante de froideur et d'autorité, associée à l'injustice familiale. Même lorsque sa mort est annoncée, elle n'est pas réhabilitée moralement : le texte rappelle au contraire qu'elle n'a point démenti son caractère et qu'elle a donné tout son bien à son fils aîné. Sa stabilité souligne donc moins un destin personnel qu'une fixité morale.
Madame Déterville symbolise une forme de pouvoir social et domestique exercé sans douceur, fondé sur les usages, l'intérêt et l'inégalité. À travers elle, le texte critique les contradictions du monde français, surtout dans son rapport aux femmes et à l'héritage. Elle révèle aussi combien une autorité familiale peut devenir oppressive lorsqu'elle s'appuie sur des règles dites légitimes pour produire de la souffrance et du désordre affectif.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Madame Déterville, à travers d'autres œuvres.