Le Cusipata est un religieux français rencontré par Zilia à Paris. Instruit de tout, poli comme un Grand Seigneur et savant comme un Amatas, il vient d’abord pour lui exposer la religion de France et l’exhorter à l’embrasser. Sa première apparition le place donc du côté d’un médiateur intellectuel et spirituel, capable d’éclairer Zilia sur le pays où elle se trouve, mais aussi de remettre en question ses certitudes. Il occupe une place importante parce qu’il ouvre un espace de réflexion sur la religion, les mœurs, les livres et le monde européen.
Dans la logique du récit, le Cusipata joue d’abord un rôle d’adjuvant provisoire : il renseigne Zilia sur l’origine de sa captivité, sur le sort des Espagnols, sur le droit de la guerre et sur les moyens possibles de retrouver sa patrie. Il l’aide donc à comprendre ce qui lui est arrivé et à sortir de l’ignorance où elle se trouvait. Sa fonction est essentielle, car il transforme des malheurs obscurs en faits intelligibles et donne à Zilia des repères pour penser son avenir.
Mais il devient aussi un opposant intellectuel. Lors d’une seconde visite, il se montre rude et faux aux yeux de Zilia, moque ses questions sur les hommes de lettres, puis affirme que son amour pour Aza est incompatible avec la vertu. À ce moment, il cesse d’être seulement un guide pour devenir un obstacle moral, puisque son discours heurte profondément la sensibilité et les principes de l’héroïne. Il contribue ainsi à faire avancer l’intrigue en provoquant une rupture de confiance et en révélant à Zilia une contradiction entre ses idées et celles de ce monde.
Sa relation principale est celle qu’il entretient avec Zilia. Il vient pour l’instruire de la religion de France, lui parle des usages du pays, répond à ses questions sur Paris et Cozco, et lui explique la possibilité du voyage. Zilia voit d’abord en lui un homme utile, presque un ami, au point de vouloir faire de lui un allié dans son projet de retour. Mais cette relation se dégrade lorsque le Cusipata méprise le culte du Soleil et condamne l’amour de Zilia pour Aza, ce qu’elle ne peut accepter.
Le Cusipata est aussi lié indirectement à Déterville, puisqu’il le présente comme un homme généreux, humain et capable d’obtenir des nouvelles d’Espagne. Il joue alors le rôle d’intermédiaire entre Zilia et les autres figures de l’intrigue, mais sans jamais devenir un confident durable. Sa parole influence donc le regard de Zilia sur Déterville, sur les lettres, sur la religion et sur les mœurs françaises, tout en restant extérieur aux liens affectifs les plus intenses du récit.
Le texte le présente comme un homme de savoir, d’éducation et de politesse. Il est dit instruit de tout, savant, poli, capable d’expliquer des sujets complexes avec assurance. Cette compétence en fait un personnage intellectuel, doté d’une autorité réelle dans l’univers du roman. Il semble au premier abord bienveillant, puisque ses réponses sont douces lors de la première entrevue et qu’il cherche à éclairer Zilia sur sa situation.
Mais cette apparente douceur cache des traits plus troubles. Zilia le juge ensuite rude, faux et moqueur. Il sourit à ses questions, ne répond pas sincèrement, puis devient sévère lorsqu’elle affirme son amour pour Aza. Il incarne ainsi une intelligence qui peut se retourner en supériorité blessante, et une morale qui prétend guider mais se montre en fait partiale. Ses contradictions sont nettes : il se dit défenseur de la vertu, mais son attitude manque de délicatesse et de cohérence aux yeux de Zilia.
Le Cusipata évolue peu en tant que personnage, mais il change dans le regard de Zilia. D’abord reçu comme un homme utile, presque admirable, il perd rapidement cette image lorsqu’il révèle une parole jugée fausse et offensante. Son parcours est donc moins celui d’une transformation intérieure que celui d’un dévoilement progressif : à travers lui, Zilia passe de la confiance à la méfiance. Cette stabilité relative signifie qu’il sert surtout de révélateur des jugements de l’héroïne et des limites du monde européen qu’elle découvre.
Le Cusipata symbolise la figure du savoir européen confronté au regard critique d’une étrangère. Il incarne une culture capable d’enseigner, d’expliquer et de systématiser, mais aussi d’imposer ses normes avec dureté, surtout quand il s’agit de religion, de morale et d’amour. Par lui, le texte interroge la valeur réelle des discours savants : l’instruction n’est pas forcément la vérité, et la civilité peut masquer la condescendance. Le personnage permet ainsi de mettre à l’épreuve les idées de Zilia sur la vertu, la sincérité et la justice, tout en révélant les contradictions d’une société qui se croit éclairée.