Céline est la soeur du Cacique Déterville, installée avec lui dans la société française où se déroule la seconde partie du récit. Elle apparaît d’abord comme une jeune femme du même monde que son frère, liée à la maison où Zilia est accueillie, puis comme une présence constante dans la vie de l’héroïne. Son rôle devient rapidement important, car elle sert d’intermédiaire entre Zilia et le nouvel univers qui l’entoure, tout en prenant part aux tensions affectives et morales qui structurent l’intrigue.
Céline n’est ni la narratrice ni la protagoniste, mais elle occupe une place majeure d’adjuvant et parfois de contrepoint. Elle aide Zilia à s’orienter dans la France qu’elle ne comprend pas encore, lui explique des usages, lui offre des soins, l’introduit dans des espaces nouveaux et participe à son intégration progressive. Par sa présence, elle rend visibles les différences entre la civilisation des Incas, la conduite des Français et les contradictions des moeurs européennes.
Son importance tient aussi au fait qu’elle intervient dans les moments décisifs de l’intrigue affective. Elle reçoit et transmet des lettres, éclaire Zilia sur le sort d’Aza, prépare des rencontres, et joue un rôle essentiel dans l’arrangement matériel et moral de la vie de l’héroïne. En même temps, elle devient parfois une source de conflit, surtout lorsque ses reproches, sa jalousie fraternelle ou ses réactions de protection viennent compliquer les échanges entre Zilia et Déterville.
La relation la plus forte est celle qui unit Céline à Déterville. Elle l’aime comme une soeur attentive, le soutient dans ses peines, partage ses inquiétudes et agit souvent avec lui de concert. Elle apparaît comme sa confidente et sa collaboratrice, notamment lorsqu’ils s’emploient ensemble à aménager la vie de Zilia, à lui offrir un cadre de vie plus libre et à préparer son avenir. Mais leur entente n’est pas sans tension, car Céline peut aussi défendre son frère contre Zilia lorsque l’amour et la reconnaissance se confondent dangereusement.
Avec Zilia, Céline entretient une relation faite d’abord d’hospitalité, puis de proximité mêlée d’ambivalence. Elle lui rend des services, la console, l’aide à comprendre le pays, lui prête attention, puis lui devient parfois plus froide et plus sévère, surtout lorsqu’elle souffre de la situation de son frère. Avec Aza, sa relation est indirecte : elle devient la médiatrice des nouvelles qui le concernent, transmet des lettres, et contribue à maintenir vivante la fidélité de Zilia. Avec le mari de Céline et la famille française, elle s’inscrit dans un réseau social mondain qui la relie à la société du pays.
Céline se distingue par une bonté réelle, une grande activité et une intelligence pratique. Elle agit, conseille, organise, fait circuler les lettres, rend des soins et contribue concrètement au bien-être de Zilia. Elle possède aussi une certaine finesse d’esprit, un sens de la conversation et une aptitude à s’adapter aux usages de son monde. Son amitié paraît sincère, et elle sait se montrer généreuse lorsqu’elle veut partager ses biens ou soulager l’autre.
Mais le personnage est aussi marqué par des contradictions. Zilia la voit parfois comme froide, dédaigneuse, offensante ou dominée par les préjugés de son milieu. Céline peut se montrer jalouse, blessée, moralisatrice et soumise aux tensions familiales. Elle incarne ainsi une bonté non simple, traversée par l’intérêt du sang, la sensibilité sociale, le devoir envers son frère et les limites imposées par la société française. Cette ambivalence la rend plus humaine que pleinement idéale.
Céline évolue surtout dans sa relation à Zilia. D’abord réservée, puis plus tendre, ensuite froissée par la déclaration de Déterville, elle redevient enfin plus conciliatrice lorsque l’équilibre affectif se rétablit. Sa conduite s’explique toujours par des liens concrets : l’attachement à son frère, la gestion de sa propre vie familiale, le souci de l’ordre social. Elle ne change pas radicalement de nature, mais sa place dans le récit se modifie selon les crises, passant d’aide, à obstacle, puis de nouveau à alliée. Cette stabilité relative confirme qu’elle est moins un être de rupture qu’un point d’appui dans le mouvement des événements.
Céline symbolise à la fois la possibilité d’une civilité humaine et les limites de la société française. Par elle, le roman montre qu’il existe dans le monde européen des formes de bonté, de douceur et de compassion, mais aussi que ces vertus restent compromises par les usages, les intérêts familiaux et la logique mondaine. Elle révèle ainsi un des enjeux du texte : opposer la sincérité du coeur à l’artifice social, sans faire disparaître totalement la complexité des comportements. Céline est donc un personnage de médiation, utile pour penser la rencontre des cultures et la difficulté d’être juste dans une société de conventions.