Analyse du personnage

Chérubin

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Présentation

Chérubin est un jeune page au service du comte Almaviva, donc un personnage de rang inférieur mais constamment présent dans l'espace du château et au cœur des intrigues domestiques. Il apparaît d'abord comme un adolescent égaré par le désir, rapidement repéré pour son trouble et sa vivacité. Dès sa première présence, il se distingue par son caractère d'instabilité affective et par sa place stratégique dans les complications amoureuses de l'oeuvre.

Rôle et importance

Chérubin joue un rôle essentiel d'adjuvant involontaire et de facteur de désordre. Il ne dirige pas l'intrigue principale, mais il la relance sans cesse par ses maladresses, ses cachotteries et sa proximité avec les femmes du château. Son renvoi annoncé, puis sans cesse différé, donne à son personnage une fonction dramatique forte: il est le mobile des soupçons du comte, l'occasion de travestissements, de cachettes et de quiproquos.

Il pèse aussi sur la tension entre le comte, la comtesse, Suzanne et Figaro. Son passage déguisé en fille, son apparition derrière le fauteuil, ses allées et venues dans le jardin et ses scènes d'embarras contribuent à la mécanique comique et à l'accélération des crises. Sa romance, sa fuite par la fenêtre et sa présence dans les scènes de bal et de jardin en font un pivot du dernier mouvement de la pièce.

Relations avec les autres personnages

La relation la plus évidente est celle qui l'unit à la comtesse, qu'il adore et qu'il appelle sa marraine avec une ferveur émue. Il cherche sans cesse à se rapprocher d'elle, à recevoir sa grâce, à lui parler, à la contempler, et son trouble devant elle nourrit plusieurs scènes. La comtesse le protège, le console, lui accorde attention et indulgence, ce qui fait de lui un favori fragile sous sa bienveillance.

Avec Suzanne, Chérubin entretient un lien de familiarité espiègle et de désir juvénile. Il lui demande des rubans, lui parle avec hardiesse, tente de la taquiner, et Suzanne le traite à la fois comme un enfant et comme un petit vaurien. Avec le comte, il est en conflit constant: celui-ci le chasse, le soupçonne, veut l'éloigner et voit en lui un rival gênant et un trouble-fête. Figaro, lui, observe Chérubin avec lucidité, le conseille pour son départ, l'aide à se déguiser et participe à le sauver du danger, tout en le raillant parfois. Enfin, Fanchette semble entrer dans son orbite amoureuse, puisque Chérubin la fréquente, tandis que le comte s'en inquiète.

Caractéristiques morales et psychologiques

Chérubin est avant tout un personnage de jeunesse, de trouble et d'élan. Il est exalté, sentimental, mobile, curieux du féminin, incapable de fixer son coeur sur un seul objet. Son langage et ses gestes traduisent une spontanéité ardente: il dit ne plus savoir ce qu'il est, sent sa poitrine agitée, parle d'amour et de volupté, et confesse le besoin irrépressible de dire « je vous aime ». Cette franchise émotionnelle le rend touchant autant que comique.

Il est aussi un personnage d'imprudence et de désordre, mais sans malice profonde. Il vole un ruban, s'égare, se cache, saute par la fenêtre, se déguise et se laisse emporter par l'instant. Toutefois, cette turbulence n'est pas purement morale: elle révèle surtout une adolescence en formation, un tempérament sensuel et rêveur, encore maladroit face aux codes du monde. Sa fragilité est réelle, car il craint le comte, tremble, se trouble, et dépend constamment de la protection des autres. Sa contradiction principale est d'être à la fois ardent et innocent, audacieux et craintif, séducteur de hasard et enfant perdu.

Évolution du personnage

Chérubin évolue peu au sens psychologique profond, mais il traverse la pièce par transformations successives qui le rendent plus visible et plus embarrassant: page amoureux au début, il devient fugitif, puis officier en habit de fille, puis simple objet de rivalité et de méprise. Cette mobilité extérieure dit bien sa fonction: il est moins un caractère fixe qu'une force d'agitation. Sa stabilité relative d'enfant désirant, toujours prêt à s'enflammer et à se sauver, donne au personnage une cohérence fondée sur l'élan plutôt que sur la maturation.

Critique

Chérubin symbolise la jeunesse livrée aux mouvements du désir, avant l'ordre des rôles sociaux et conjugaux. Par lui, l'oeuvre montre un monde où les relations se brouillent, où l'habit, le sexe, la place et l'identité deviennent changeants. Il révèle aussi le pouvoir de l'éducation du château, qui produit à la fois des codes, des contraintes et des jeux de masques. En le faisant passer d'un rire léger à une présence plus attendrissante, le texte donne à voir une humanité d'autant plus vraie qu'elle est instable.



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