Le père Séraphin est un religieux et directeur spirituel. Dans le récit de Suzanne, il apparaît d'abord comme un homme d'Église chargé d'intervenir dans les décisions de famille et de couvent : il est présent au parloir, explique à Suzanne les intentions de ses parents et participe à l'orientation de son destin. Son rôle est important parce qu'il se trouve au croisement de la vie domestique, de la vocation religieuse et des manœuvres qui enferment l'héroïne.
Le père Séraphin agit surtout comme un médiateur décisif, mais aussi comme un relais de la contrainte. Il est celui qui annonce à Suzanne qu'il s'agit de la faire entrer en religion, puis celui qui lui révèle plus tard qu'elle n'est pas la fille de M. Simonin. À ce titre, il n'est pas un simple personnage secondaire : il fournit des informations capitales, éclaire les causes profondes du malheur de Suzanne et fait avancer l'intrigue par ses révélations.
Son rôle narratif est ambigu. Il aide à faire connaître la vérité, mais cette vérité sert aussi à maintenir Suzanne dans une position de dépendance. Il appartient au réseau d'autorités qui parlent à la place des autres, expliquent, décident et interprètent sa situation. Il est donc à la fois adjuvant, par ses confidences, et agent d'un ordre qui enferme et dispose du sort de Suzanne sans son consentement.
Avec Suzanne, le père Séraphin entretient une relation d'autorité et d'explication. Il se présente à elle comme un ancien directeur, ce qui lui donne immédiatement un pouvoir moral et spirituel. C'est lui qui lui expose la situation matérielle de la famille, qui lui annonce qu'on souhaite la voir prendre l'habit, puis qui lui apprend qu'elle n'est pas la fille de M. Simonin. Il parle donc en tiers autorisé, mais aussi en dépositaire d'un secret qui bouleverse l'identité de Suzanne.
Ses liens avec la mère de Suzanne sont essentiels : il a été son directeur, comme il a été celui de sa fille, et il agit à sa demande ou du moins dans le cadre de son autorité. Avec M. Simonin, il intervient comme interprète de la volonté familiale et comme révélateur d'une vérité que les parents ont dissimulée. Il sert ainsi d'intermédiaire entre Suzanne, sa mère et celui qu'elle croit être son père, mais sans jamais rétablir une véritable justice affective.
Le père Séraphin apparaît comme un homme prudent, sérieux et informé. Il sait parler avec autorité, peser les conséquences et transmettre des décisions déjà prises. Son discours est calme, rationnel, presque administratif lorsqu'il explique à Suzanne la situation de ses parents et les limites de ce qu'ils peuvent faire pour elle. Il donne l'image d'un homme capable de dire la vérité, ou du moins une vérité qu'il juge nécessaire.
Mais sa conduite révèle aussi des limites morales. Il ne protège pas Suzanne contre l'injustice qu'elle subit ; il l'accompagne dans un système qui la prive de liberté. Son langage demeure celui d'une contrainte présentée comme raisonnable. Il n'est pas décrit comme violent ni cruel, mais comme un homme qui s'insère sans résistance dans l'ordre de domination familiale et religieuse. Sa fonction de confident n'efface pas sa participation à l'enfermement de l'héroïne.
Le père Séraphin ne connaît pas de véritable évolution dans le texte. Il apparaît à des moments-clés pour informer Suzanne, puis disparaît du centre du récit. Son personnage reste stable : directeur, homme d'autorité, intermédiaire entre la famille et le couvent. Cette stabilité souligne moins un parcours personnel qu'une fonction, celle d'un représentant des institutions qui orientent la vie de Suzanne sans lui laisser de prise.
Le père Séraphin symbolise une autorité religieuse mêlée aux intérêts sociaux et familiaux. Il montre comment le discours spirituel peut accompagner, expliquer et légitimer une oppression sans la combattre réellement. À travers lui, le texte met en cause un monde où les décisions sur la liberté d'une jeune fille sont prises par d'autres, sous couvert de conseil, de direction ou de prudence. Il révèle ainsi une société où le religieux sert souvent à rendre supportable l'inacceptable.