Analyse du personnage

La baronne Adélaïde Le Perthuis des Vauds

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Présentation

La baronne Adélaïde Le Perthuis des Vauds est la mère de Jeanne et l'épouse du baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds. Aristrocrate normande, elle appartient à une vieille famille noble et vit aux Peuples, le château familial dominant la mer. Dès son apparition, elle est présentée comme une femme très corpulente, souffrant d'une « hypertrophie du cœur », qu'elle appelle elle-même « son hypertrophie » ; cette fragilité physique, jointe à sa présence constante dans la maison, en fait une figure centrale du foyer et de la vie affective de l'œuvre.

Rôle et importance

La baronne n'est pas la protagoniste unique, mais elle occupe une place essentielle dans le dispositif narratif, comme figure maternelle, pôle domestique et lieu de mémoire. Elle incarne le cadre familial stable autour duquel se déploie l'histoire de Jeanne, et son état de santé, ses habitudes, ses promenades, ses lectures et ses rêveries rythment la vie des Peuples. Elle est aussi un personnage de transition, reliant le monde du château, la religion, la mémoire familiale et les drames intimes qui se succèdent.

Son importance tient également à sa fonction de révélatrice. Par sa manière d'être, par ses larmes, par sa sentimentalité et par son rapport aux lettres et aux souvenirs, elle prépare l'univers émotionnel du roman. Elle n'agit pas comme une héroïne d'action, mais comme une présence qui influe sur l'ambiance, soutient ou accompagne Jeanne, et donne à l'œuvre une profondeur de tendresse, de fragilité et de désillusion.

Relations avec les autres personnages

Avec Jeanne, sa relation est faite d'une grande proximité affective. La baronne l'aime, la plaint, l'écoute, la promène, la console, et partage avec elle une vie de confidences et de gestes tendres. Jeanne l'appelle souvent « petite mère », et cette appellation dit bien le lien de dépendance et de douceur qui les unit. La baronne, de son côté, reste une mère aimante mais parfois distraite, davantage absorbée par ses rêveries, ses reliques et ses souvenirs que par une autorité réelle sur sa fille.

Avec le baron Simon-Jacques, son mari, elle forme un couple vieux, uni et profondément attaché à la bonté domestique. Leur entente est affectueuse, parfois moqueuse, souvent complice, malgré les tensions liées à l'argent, à l'éducation de Jeanne ou aux préoccupations morales. Avec Julien de Lamare, son gendre, elle conserve longtemps une attitude confiante et accueillante, sans mesurer d'abord la violence de ses défauts ; avec Rosalie, qu'elle considère comme une seconde fille, elle entretient aussi une proximité ancienne et familière. Enfin, avec le curé et les hommes du pays, elle manifeste une sociabilité polie, féminine et noble, faite de déférence, de mémoire mondaine et de cordialité.

Caractéristiques morales et psychologiques

La baronne est avant tout une femme sentimentale, tendre, bienveillante et profondément attachée aux souvenirs. Elle vit dans l'émotion, dans la lecture de Corinne ou de Lamartine, dans le tiroir aux « reliques », dans les lettres anciennes qu'elle conserve et relit avec larmes. Son âme est romanesque : elle rêve, s'attendrit, s'abandonne aux émotions, et transforme le réel en matière de sensibilité. Cette disposition la rend proche de Jeanne, mais aussi vulnérable à la mélancolie et à l'illusion.

Elle se montre aussi faible physiquement, lente, essoufflée, et souvent immobile, ce qui accentue sa passivité. Cependant, cette faiblesse n'exclut pas une vraie force morale : elle reste affectueuse, résignée, indulgente, parfois promptement attendrie, et capable d'accepter les situations les plus pénibles sans violence. Sa vision du monde est largement conditionnée par la douceur et la nostalgie ; elle préfère l'apaisement à l'affrontement, ce qui peut la rendre aveugle ou impuissante face aux drames familiaux.

Évolution du personnage

La baronne évolue surtout par l'usure du temps. Jeune, elle avait été jolie, vive, poétique ; plus tard, l'obésité, la maladie et les années l'enferment dans une existence de promenade lente, de lectures et de souvenirs. Elle devient de plus en plus un être de mémoire, puis une morte déjà intérieure avant sa disparition réelle. Son personnage change donc moins par des décisions que par le vieillissement, la souffrance et l'accumulation de regrets, jusqu'à ce que sa mort laisse Jeanne face au secret, puis à la solitude.

Critique

La baronne symbolise la sensibilité féminine telle que le roman la met en scène : une douceur aimante, mais aussi une manière de vivre dans le passé, les papiers, les rêves et les illusions sentimentales. Elle révèle un monde aristocratique où les fortunes se dissipent, où les habitudes remplacent l'action, et où la tendresse n'empêche ni la faiblesse ni les aveuglements. Par elle, l'œuvre interroge la mémoire familiale, le poids des héritages, la fragilité des bonheurs domestiques et la difficulté d'être pleinement lucide sur la vie.



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