Jason est un personnage central de l'œuvre, présenté comme un héros issu d'un rang prestigieux, lié aux grandes figures de la mythologie grecque et entouré de rois, de princesses et de héros. Dès sa première apparition avec Pollux, il occupe une place d'importance dans l'action par ses aveux, ses choix et les conséquences qu'ils déclenchent. Il n'est pas un simple second rôle : tout l'enjeu dramatique se noue autour de ses décisions amoureuses, politiques et familiales.
Jason fonctionne à la fois comme moteur de l'intrigue et comme centre des conflits. C'est autour de lui que s'articulent les tensions entre Médée, Créuse, Créon et Ægée. Ses paroles exposent les ressorts de l'action passée et préparent les catastrophes à venir : le bannissement de Médée, l'hyménée avec Créuse, la menace politique d'Acaste, puis la destruction finale. Il est donc le nœud dramatique du texte, celui par qui les événements se relient et s'aggravent.
Il n'apparaît pas comme un héros d'action au sens guerrier seulement, mais comme un personnage qui justifie sans cesse ses décisions et tente d'en maîtriser les effets. Son rôle est ambivalent : il cherche à sauver sa position, sa paix et ses enfants, mais ses choix le placent au cœur du drame et l'exposent au jugement de tous. Il est ainsi à la fois bénéficiaire apparent de la situation et principal responsable de sa dégénérescence.
La relation la plus forte est celle qui l'unit à Médée. Jason lui reproche implicitement moins son passé que la violence de ses réactions, tandis que Médée lui rappelle tout ce qu'elle a fait pour lui : trahison de son père, meurtre de son frère, secours dans les épreuves, puis dévouement total. Entre eux, le lien amoureux est devenu un lien de reproche, de dépendance et de vengeance. Jason affirme encore lui devoir quelque chose, mais il la quitte et tente de légitimer ce changement par la nécessité politique et familiale.
Avec Créuse, Jason noue une alliance amoureuse et politique. Il la courtise, cherche en elle un appui pour relever sa fortune, et lui demande d'intervenir pour ses enfants. Créon, de son côté, le favorise, lui accorde sa confiance et veut le faire entrer dans sa famille. Pollux joue le rôle de confident critique : il l'écoute, le juge, l'avertit du danger que représente Médée. Enfin, Jason est aussi lié à ses enfants, qu'il invoque à plusieurs reprises comme motif de ses actes, et à Ægée, dont il subit la rivalité et dont la situation devient une autre pièce du conflit général.
Jason se définit d'abord par une grande souplesse d'esprit, qu'il présente lui-même comme une capacité à accommoder sa flamme au bien de ses affaires. Il est pragmatique, habile à parler, capable de justification et de diplomatie. Il invoque volontiers des raisons d'État, de paix ou de nécessité pour excuser ses choix. Son discours révèle un homme qui cherche à concilier l'honneur, l'intérêt, l'amour et la sécurité, sans jamais trancher clairement.
Mais cette souplesse devient aussi une forme d'inconstance morale. Jason apparaît ingrat envers Médée, puisqu'il profite de ses bienfaits tout en la repoussant. Il se montre partagé entre l'amour de Créuse, l'attachement à Médée, la peur des rois, et surtout l'amour paternel. Cette division intérieure le rend peu stable : il promet, se rétracte, tempère, puis se laisse emporter par la douleur et la colère. Il n'est ni pur scélérat ni héros sans faute, mais un personnage faible, calculateur et vulnérable, dont la parole cherche souvent à masquer les contradictions.
Jason évolue surtout par dévoilement progressif plutôt que par transformation morale. Au début, il se présente comme un homme de compromis, justifiant son second hyménée par la politique et par le souci de ses enfants. À mesure que l'action avance, son impuissance grandit : il tente d'apaiser Médée, croit encore pouvoir maîtriser la situation, puis voit tout lui échapper avec la mort de Créon, de Créuse et de ses enfants. À la fin, il ne triomphe pas, mais sombre dans le désespoir et se tue. Son parcours montre moins un apprentissage qu'un effondrement.
Jason symbolise un pouvoir masculin dépendant de l'aide qu'il a reçue et incapable d'assumer pleinement sa responsabilité. Il révèle une logique politique où l'intérêt, le rang et l'alliance prennent le pas sur la fidélité, et où les justifications raisonnables ne suffisent pas à effacer la faute morale. Par lui, l'œuvre interroge la fragilité des engagements humains : l'amour devient calcul, la gratitude se change en abandon, et la prudence elle-même mène au désastre.
Il incarne aussi la faiblesse de l'homme face aux conséquences de ses actes. Jason veut concilier tout le monde, mais sa volonté de ménager les uns et les autres le conduit à tous les perdre. À travers lui, le texte montre qu'une faute n'est pas seulement un crime spectaculaire : elle peut naître d'une série de choix raisonnés, d'une lâcheté douce et d'un manque de constance. Jason est ainsi l'une des figures qui donnent au drame sa portée tragique, parce qu'il est à la fois reconnaissant, égoïste, aimant et défaillant.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Jason, à travers d'autres œuvres.