Dorante est un jeune homme de bonne famille, présenté comme le neveu de Monsieur Remy. Il arrive d'abord sous une identité sociale ambiguë, en se faisant passer pour un intendant auprès d'Araminte, alors même qu'il appartient à un milieu bien au-dessus de cette fonction. Dès sa première apparition, il se trouve au centre d'un jeu de présentation, de dissimulation et de négociation, ce qui fait de lui un personnage essentiel de l'œuvre.
Dorante est le véritable centre dramatique de l'intrigue. Tout converge vers lui : son entrée dans la maison d'Araminte, son amour caché, le portrait, les manœuvres de Dubois, les soupçons de Marton, les pressions de Madame Argante et du Comte. Il n'est pas seulement un personnage aimé - il est aussi l'objet autour duquel se construit toute la mécanique de révélation. Son importance tient à ce qu'il fait naître et oriente les malentendus, tout en étant lui-même pris dans les stratagèmes imaginés pour favoriser son aveu.
Il joue à la fois le rôle de protagoniste amoureux et de personnage à découvrir. Son silence, sa réserve et ses hésitations sont constitutifs de l'action : il ne provoque pas seulement les événements, il les subit et les alimente par sa retenue. Son cas sert aussi d'épreuve à Araminte, à Monsieur Remy, à Marton et à Dubois, qui révèlent chacun quelque chose d'eux-mêmes à travers leur rapport à lui.
La relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Araminte. Il l'aime passionnément, la sert avec fidélité et cherche à rester près d'elle, tout en lui cachant d'abord son sentiment. Araminte, de son côté, le juge d'abord sur sa bonne mine, son mérite et sa distinction, puis découvre peu à peu son attachement, jusqu'à reconnaître qu'il l'aime véritablement. Leur relation passe ainsi de la distance au dévoilement, puis à une reconnaissance réciproque.
Avec Dubois, Dorante entretient une alliance décisive. Dubois connaît son amour, organise la situation et pousse l'intrigue vers l'aveu. Dorante lui doit beaucoup, mais il lui reproche aussi parfois sa précipitation. Avec Monsieur Remy, il existe un lien de parenté et de dépendance sociale : l'oncle le recommande, veut l'établir, lui cherche des partis, mais ne comprend pas d'emblée ses sentiments. Avec Marton, Dorante est d'abord mêlé à un malentendu sur un mariage possible, puis il apparaît comme l'homme qu'elle admire et qu'elle comprend trop tard. Enfin, avec Madame Argante et le Comte, il est l'objet de jugements hostiles ou méprisants, surtout lorsqu'il est question de sa place, de sa fortune et de son utilité dans le projet de mariage.
Dorante se distingue d'abord par sa délicatesse morale. Il refuse de tromper Araminte sur le procès, hésite à mentir, et avoue finalement sa passion sans chercher à s'en disculper par le mensonge. Il est sincère, respectueux, et profondément sensible à l'honneur. Son langage le montre constamment tiraillé entre l'amour, la retenue et la crainte de déplaire. Il n'est ni cynique ni calculateur au sens strict : sa conduite est dominée par le scrupule autant que par le sentiment.
Mais cette noblesse s'accompagne d'une grande faiblesse intérieure. Dorante tremble, s'inquiète, se croit indigne d'Araminte et redoute le rejet. Il est souvent passif, embarrassé, soumis aux mouvements de son cœur plus qu'il ne les maîtrise. Sa contradiction essentielle tient à ceci : il veut aimer sans artifice, mais il se trouve engagé malgré lui dans une stratégie de séduction orchestrée par Dubois. Son mérite personnel est réel, mais il reste socialement vulnérable, car il ne possède ni fortune ni pouvoir, seulement sa naissance, son esprit et sa fidélité.
Dorante évolue du silence à l'aveu. Au début, il cache son amour et paraît incertain de sa propre place. Peu à peu, sous l'effet des manœuvres de Dubois et des épreuves imposées par Araminte, il se laisse aller à des signes de plus en plus visibles de passion. Le moment décisif survient lorsqu'il avoue lui-même avoir fait peindre le portrait et reconnaît l'artifice de toute la situation. Il passe alors de la réserve contrainte à une parole franche, qui révèle la vérité de son amour.
Cette évolution reste toutefois limitée : Dorante ne change pas de nature. Il demeure du début à la fin un homme d'honneur, sensible, fidèle et amoureux. Ce qui change, ce n'est pas son identité morale, mais sa visibilité aux yeux des autres. L'œuvre le conduit surtout à devenir lisible - pour Araminte, pour Marton, pour le public - sans le transformer en un autre personnage.
Dorante symbolise une forme de mérite sans fortune, confrontée à une société où le rang, l'argent et les apparences pèsent lourd. En lui, l'œuvre met en valeur la probité, l'amour sincère et la délicatesse, mais montre aussi combien ces qualités restent fragiles dans un monde de calcul social. Le personnage révèle ainsi la tension entre valeur intérieure et reconnaissance extérieure, entre l'être et le paraître.
Il incarne aussi le projet de l'auteur : faire triompher la vérité du sentiment sur les intérêts, les convenances et les arrangements imposés. Mais cette vérité n'apparaît qu'au terme d'une série de fictions, de pièges et de malentendus. Dorante est donc à la fois celui qui aime honnêtement et celui qui doit traverser l'artifice pour que la sincérité soit enfin reconnue.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Dorante, à travers d'autres œuvres.