Madame Argante est la mère d'Araminte. Elle appartient à un milieu aisé et tient dans l'intrigue un rôle de dame d'autorité, très attentive aux convenances, au rang et aux intérêts familiaux. Elle fait une entrée remarquée dans la pièce lorsqu'elle vient s'informer du nouvel intendant de sa fille, et sa première apparition la place immédiatement au coeur des tensions sociales et amoureuses de l'oeuvre.
Madame Argante joue un rôle d'opposante dans l'action, non parce qu'elle mène un complot unique, mais parce qu'elle résiste aux choix d'Araminte et pousse dans le sens du mariage avec le comte Dorimont. Elle intervient à plusieurs reprises pour orienter la décision de sa fille, juger Dorante, et imposer une lecture utilitaire et sociale des événements. Son poids dramatique est important car elle cristallise les pressions extérieures qui entourent Araminte.
Elle sert aussi de moteur aux révélations, notamment lorsqu'elle réclame des explications sur Dorante, sur l'intendant, puis sur le portrait et la lettre. Par son exigence, ses soupçons et ses jugements brusques, elle accentue les malentendus et oblige les autres personnages à se dévoiler. Elle n'est pas seulement un obstacle : elle rend visibles les enjeux de fortune, de réputation et de mariage qui structurent toute la pièce.
Sa relation la plus forte est avec Araminte, sa fille, qu'elle veut voir épouser le comte Dorimont. Elle la contredit, la presse et la juge, tout en parlant comme une mère persuadée d'agir pour son bien. Avec Dorante, elle est d'abord méfiante, puis franchement hostile lorsqu'elle estime qu'il n'a pas la figure d'un intendant et lorsqu'elle découvre qu'il aime Araminte. Elle le rabaisse à plusieurs reprises, parlant de lui comme d'un homme de rien ou d'un impertinent.
Avec le comte, elle forme un front commun favorable au mariage, même si leur alliance reste pragmatique et non affective. Elle traite également Monsieur Remy avec vivacité, lui reprochant d'avoir fourni un intendant qui ne lui convient pas, ce qui déclenche une dispute. Face à Marton, elle se montre méfiante mais utilise aussi ses informations; et avec Dubois, elle se laisse convaincre un temps, avant de voir en lui un fauteur de désordre lorsqu'elle comprend son rôle dans les révélations sur Dorante.
Madame Argante se distingue par son entêtement, son assurance et son esprit de décision. Elle parle vite, tranche sans hésiter, et supporte mal la contradiction. Elle valorise le rang, le nom, la fortune et les alliances avantageuses; pour elle, le mariage doit être utile et socialement conforme. Son langage révèle un tempérament vif, parfois mordant, qui va jusqu'à la brusquerie et à l'aigreur.
Son jugement est souvent dominé par ses préjugés sociaux. Elle se méfie de Dorante parce qu'il est intendant et lui semble déplacé dans cette fonction, et elle ne tolère guère les réflexions de nature morale qui remettent en cause son projet. Pourtant, elle n'est pas entièrement fermée : lorsqu'il s'agit d'Araminte, elle se dit mère soucieuse de son bonheur, même si ce souci passe par une conception très étroite de l'intérêt familial et de l'ambition sociale. Cette tension entre affection maternelle et calcul mondain fait d'elle un personnage à la fois ferme et borné.
Madame Argante change peu au cours de l'oeuvre : elle demeure globalement fidèle à ses convictions, à ses exigences et à sa mauvaise humeur. En ce sens, elle est un personnage plutôt statique, dont la stabilité met en relief la force des contraintes sociales qu'elle incarne. Même lorsqu'elle est contredite, elle persiste dans son idée du mariage et dans sa défiance envers Dorante, jusqu'au moment où l'évidence des faits l'oblige à constater la décision d'Araminte sans pour autant l'approuver réellement.
Madame Argante symbolise la domination du calcul social sur les sentiments. À travers elle, la pièce montre comment la fortune, le rang et les conventions peuvent gouverner les choix amoureux et les rapports familiaux. Elle révèle aussi une société où l'on juge les personnes à leur apparence, à leur position et à leur utilité plus qu'à leur mérite véritable. En la faisant à la fois mère, adversaire et porte-parole des intérêts mondains, l'auteur met en scène la pression des normes sur la liberté des individus.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Madame Argante, à travers d'autres œuvres.