Lady Agathe est une figure du grand monde londonien, liée à l'aristocratie et à la sociabilité mondaine qui entourent lord Henry Wotton. Elle apparaît d'abord comme la tante de ce dernier, dans le cadre d'un déjeuner où se mêlent conversations de salon, philanthropie et pointes d'ironie sociale. Sa présence, sans être centrale au sens strict, contribue à installer l'atmosphère de la société élégante, bavarde et superficielle dans laquelle évoluent Dorian Gray, lord Henry et leurs proches.
Dans l'économie du récit, lady Agathe joue surtout un rôle de relais mondain. Elle n'est ni protagoniste ni antagoniste, mais un personnage d'arrière-plan actif, qui sert à faire circuler les informations, à organiser les rencontres et à relier lord Henry à d'autres sphères de la haute société. C'est par elle que Dorian est introduit dans un cercle plus large, ce qui inscrit davantage le jeune homme dans le monde mondain et social qui deviendra l'un des cadres de sa vie.
Elle contribue aussi à faire ressortir le talent conversationnel de lord Henry, en servant d'auditoire et de point d'appui à ses paradoxes. Son importance tient moins à des actions décisives qu'à sa fonction de scène sociale : elle permet à l'auteur de montrer comment les idées, les réputations et les influences circulent dans le monde aristocratique.
Lady Agathe est d'abord définie par son lien familial avec lord Henry Wotton, qu'elle reçoit et qui déjeune chez elle avec Dorian Gray. Elle parle de Dorian comme de l'un de ses favoris, et semble l'accueillir avec bienveillance. Elle se montre également attentive à la conduite de Dorian, notamment lorsqu'elle évoque son intérêt pour l'East-End et ses activités de bienfaisance.
Face à lord Henry, elle joue le rôle d'interlocutrice mondaine, parfois légèrement critique, souvent encouragée par ses réparties. Avec Dorian Gray, elle adopte un ton aimable et protecteur, allant jusqu'à vouloir lui trouver une femme. Ses échanges avec les autres convives, comme la duchesse, sir Thomas Burdon, M. Erskine ou Mme Vandeleur, la situent au centre d'un réseau d'étiquette et de conversation, où elle participe à la circulation des idées sans jamais dominer la scène.
Lady Agathe apparaît comme une femme mondaine, bienveillante et sociable, mais aussi un peu naïve dans sa confiance envers les propos brillants de lord Henry. Le texte insiste sur son intérêt pour les œuvres de charité, sur son désir de voir Dorian s'occuper des pauvres, et sur sa volonté de l'orienter vers une vie moralement respectable. Elle incarne ainsi une forme de bonne conscience aristocratique, faite de politesse, de moralité affichée et d'humanité de salon.
Elle n'est pas représentée comme profonde ni conflictuelle intérieurement. Sa psychologie est surtout esquissée par ses réactions : elle s'offusque parfois, s'inquiète, s'amuse, cherche à ramener les échanges vers la bienséance. Sa faiblesse tient à sa dépendance au verbe de lord Henry et à la facilité avec laquelle la conversation mondaine transforme les questions sérieuses en échanges brillants et légers.
Lady Agathe ne connaît pas de véritable évolution dans le texte. Elle reste une présence stable du monde aristocratique, fidèle à son rôle d'hôtesse, de tante et de femme charitable. Cette stabilité est significative : elle représente une société qui tourne sur elle-même, où les attitudes, les convenances et les opinions paraissent fixées d'avance.
Lady Agathe symbolise une aristocratie polie, bien intentionnée, mais en grande partie impuissante face aux forces morales et esthétiques qui travaillent le roman. À travers elle, l'auteur suggère la distance entre la philanthropie de salon et la réalité sociale, entre la vertu affichée et l'existence vécue. Elle révèle aussi combien le monde mondain se nourrit de conversations brillantes, de bonnes intentions et d'aveuglements confortables, plutôt que d'une véritable action morale.