Alan Campbell est un homme de science, présenté comme un ancien ami de Dorian Gray. Le texte le décrit comme un jeune homme très intelligent, très versé dans la chimie, doté d'un laboratoire à lui, et à ce titre éloigné du monde artistique où évoluent surtout Dorian, Basil Hallward et lord Henry. Il apparaît tardivement dans l'œuvre, mais son intervention devient décisive au moment du crime de Dorian, lorsque celui-ci a besoin d'un savant capable de faire disparaître le corps de Basil Hallward.
Dans la structure du récit, Alan Campbell joue d'abord un rôle secondaire puis un rôle absolument déterminant dans le dénouement de l'intrigue criminelle. Il n'est ni narrateur ni protagoniste, mais un adjuvant contraint, mobilisé par Dorian pour résoudre un problème matériel et moral : faire disparaître le cadavre de Basil. Son savoir scientifique est directement mis au service du secret et de la dissimulation.
Il est aussi un témoin indirect de la corruption de Dorian, puisque son intervention montre jusqu'où va le pouvoir du héros sur les autres hommes. Sa présence fait basculer le roman dans une logique de complicité forcée, de menace et de dépendance, et prépare la dislocation finale de l'équilibre apparent du personnage principal.
La relation la plus importante d'Alan Campbell est celle qu'il entretient avec Dorian Gray. Le texte indique qu'ils furent amis autrefois, pendant une période où ils étaient presque inséparables, avant qu'une querelle ou une rupture ne les éloigne. Quand Dorian le fait venir, Alan se montre froid, distant, réticent et même méprisant; il refuse d'abord de l'aider, malgré l'insistance de Dorian. Cette opposition fait de lui un interlocuteur résistant, l'un des rares personnages à ne pas se laisser séduire spontanément.
Alan Campbell n'a pas de relation développée avec Basil Hallward, mais il est placé au centre de l'action qui concerne son cadavre. Dorian lui demande d'utiliser ses connaissances scientifiques pour faire disparaître le corps, et la scène le contraint à entrer dans l'univers du crime. Il est aussi indirectement lié à lord Henry, puisque Dorian invoque leur ancienne amitié et parce que lord Henry est mentionné dans le passé de leur relation. Alan apparaît ainsi comme un ancien proche de Dorian devenu séparé, puis transformé en instrument de sauvetage sous la contrainte.
Alan Campbell est présenté comme intelligent, scientifique, méthodique et rationnel. Son domaine est la chimie; il travaille dans un laboratoire et a conquis un bon rang pour les sciences naturelles. Cette précision le distingue du monde du paraître et des plaisirs mondains. Face à Dorian, il conserve une froideur marquée : sa voix est dure et froide, son attitude fermée, son refus initial sans ambiguïté.
Le texte laisse aussi entrevoir une forte tension intérieure. Bien qu'il soit capable de tenir tête à Dorian, il finit par céder sous la pression d'une lettre compromettante. Sa résolution est donc fragile dès qu'il s'agit de préserver sa réputation. Il apparaît alors comme un homme dominé par la peur du scandale et par le poids d'une faute qu'il ne veut pas rendre publique. Sa rigidité cache une vulnérabilité profonde, et sa science devient un moyen de survie autant qu'un signe de maîtrise.
Alan Campbell évolue peu en tant que personnage autonome, mais sa trajectoire dans le roman est nette : d'ancien ami éloigné, il devient l'homme que Dorian rappelle pour effacer une preuve du crime. D'abord hostile et refusant toute implication, il passe, sous la contrainte, de l'opposition au consentement forcé. Cette transformation ne révèle pas un développement psychologique progressif, mais l'effet brutal de la pression exercée par Dorian et du danger social qu'encourt Alan.
Sa fin est rapportée de manière brève et tragique : le texte indique qu'il se tue une nuit dans son laboratoire, sans révéler le secret qu'il a été forcé de connaître. Son évolution est donc celle d'un personnage qui entre dans le drame comme complice involontaire, en sort détruit, et emporte son secret avec lui.
Alan Campbell symbolise la jonction entre science, secret et corruption dans le roman. Son savoir, qui devrait relever de la connaissance et de la rationalité, est détourné vers la dissimulation d'un crime. Il incarne aussi la fragilité des liens humains dans un monde où l'amitié peut être brisée, exploitée puis réduite à une transaction sous menace. À travers lui, le roman montre que la respectabilité et la maîtrise intellectuelle ne suffisent pas à protéger de la honte.
Il révèle également un aspect central de l'œuvre : l'influence destructrice de Dorian Gray sur autrui. Basil est fasciné, Sibyl est détruite, James Vane est aveuglé par la vengeance, et Alan est forcé de collaborer. Alan Campbell est donc un révélateur de la logique morale du roman : la beauté, le secret et l'emprise sociale corrompent tout ce qu'ils touchent, y compris la science la plus froide.