Basil Hallward est un peintre reconnu de la bonne société londonienne, ami de lord Henry Wotton et admirateur passionné de Dorian Gray. Il apparaît d'emblée dans son atelier, au moment où il vient d'achever le portrait grandeur nature de Dorian, tableau qu'il refuse d'envoyer à une exposition car il y a, dit-il, « trop de lui-même » dans l'œuvre. Dès cette première scène, il est présenté comme un artiste sensible, réservé et profondément impliqué dans ce qu'il crée, au point que son rôle dépasse celui d'un simple peintre : il devient l'un des pôles moraux et affectifs de l'œuvre.
Dans l'intrigue, Basil est d'abord l'élément déclencheur. C'est lui qui a peint le portrait de Dorian Gray, et ce portrait est le centre matériel et symbolique du roman. Il fait aussi entrer Dorian dans le champ de lord Henry, puisque la rencontre des trois hommes s'organise autour de l'atelier. Par sa sensibilité artistique et par son attachement au jeune homme, Basil est à la fois adjuvant de Dorian et, plus tard, témoin gênant de sa dégradation. Il occupe donc une fonction essentielle : celle de créateur du portrait, mais aussi de conscience inquiète face à l'emprise grandissante de lord Henry et aux transformations de Dorian.
Son poids narratif est immense malgré une présence relativement limitée. Basil est au cœur du mystère du portrait, de l'aveu de son amour pour Dorian, de la découverte finale de la corruption de l'image, puis de sa mort aux mains de Dorian. Il est ainsi lié à des moments décisifs du roman : la révélation du secret artistique, la crise morale de Dorian, puis le basculement dans le crime. Sa disparition rend encore plus centrale la solitude du héros et laisse le portrait comme seul juge visible de l'âme.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Dorian Gray. Basil dit l'aimer intensément et reconnaît avoir mis dans le portrait quelque chose de son idolâtrie artistique et de son secret intérieur. Dorian est pour lui à la fois un modèle, une source d'inspiration et presque une obsession. Il le juge beau, simple et précieux, et redoute que lord Henry ne le corrompe. Cette relation est faite d'admiration, d'attachement exclusif et de dépendance affective, ce qui la rend fragile et tragique.
Avec lord Henry Wotton, Basil entretient une amitié ancienne, mais conflictuelle. Il le connaît bien, l'appelle Harry, et supporte ses paradoxes avec difficulté. Basil critique son cynisme, sa pose, son influence mauvaise, tandis que lord Henry se moque de son sérieux et de sa sincérité morale. Entre eux, Basil joue souvent le rôle de celui qui résiste, s'inquiète et met des limites. Leur opposition est claire : Basil défend la profondeur du sentiment et de l'art, là où Henry privilégie l'esprit, le jeu et l'influence.
Basil se définit par la sensibilité, la pudeur et une forme de droiture morale. Il refuse l'exhibition de son portrait par crainte de dévoiler son âme, ce qui montre à la fois sa réserve et sa conscience aiguë de lui-même. Il est sincère, scrupuleux, loyal en amitié, et son regard sur Dorian est empreint d'une véritable tendresse. Contrairement à lord Henry, il croit au poids moral des actes et au danger des influences. Il est aussi un artiste pour qui l'œuvre doit contenir de la beauté, non de l'autobiographie trop visible.
Mais Basil est loin d'être sans failles. Son amour pour Dorian tourne à l'idolâtrie et l'aveugle en partie sur la réalité du jeune homme. Il est possessif, inquiet, jaloux, parfois faible face à son propre attachement. Il parle volontiers de son secret, puis se rétracte; il veut protéger Dorian, mais ne sait pas comment le sauver. Cette tension entre pureté morale et passion personnelle fait de lui un personnage profondément humain, vulnérable et tragique.
Basil évolue peu dans sa nature profonde, mais son rôle se transforme nettement. D'abord artiste admiratif et confiant, il devient peu à peu une conscience alarmée qui observe la métamorphose de Dorian avec effroi. Il tente de le rappeler à la morale, puis découvre l'abîme de corruption inscrit dans le portrait. Cette progression va de l'admiration à l'horreur, puis à la lucidité tragique. Sa dernière scène le montre encore fidèle à son désir de vérité, mais cette vérité conduit à sa mort.
Basil Hallward symbolise la conscience morale de l'artiste et, plus largement, la part de sincérité que le roman oppose aux séductions du cynisme. Il incarne aussi une idée de l'art comme révélation de l'âme, mais un art menacé par le secret, la passion et la projection de soi. À travers lui, le roman interroge la responsabilité du créateur : Basil a donné naissance à l'image qui reflète la faute, mais il n'a pas su mesurer le danger de son attachement. Il révèle ainsi la fragilité de la beauté quand elle est séparée de la morale, et la violence possible du désir de posséder ce que l'on admire.