Zambo est le grand nègre engagé par l'expédition, recruté à Para sur les recommandations de la Compagnie de Navigation à Vapeur. Docile, robuste et un peu anglophone, il apparaît d'abord comme un serviteur de l'arrière-plan, mais le récit lui confère vite une place décisive : c'est le seul lien durable entre les explorateurs et le monde extérieur, puis l'un des soutiens les plus sûrs de la survie du groupe. Sa présence, discrète mais constante, fait de lui un personnage secondaire essentiel, à la fois homme de service, auxiliaire logistique et gardien fidèle de la mission.
Dans l'intrigue, Zambo joue un rôle d'adjuvant. Il ne commande pas l'action, mais il en rend possible le déroulement matériel : il transporte, monte la garde, reçoit et transmet les lettres, garde le camp, nourrit l'espoir du retour. Quand les autres personnages sont coupés du monde, il demeure au pied de l'aiguille, puis sert d'intermédiaire avec la plaine et l'Amazone. Son rôle devient capital au moment où l'expédition semble perdue, car c'est lui qui reste en poste et qui permet encore la communication avec l'extérieur.
Il intervient aussi dans les moments de crise. Il protège, avertit, assiste, et c'est encore lui qui participe indirectement au sauvetage du groupe en restant fidèle malgré l'isolement. Son importance tient donc moins à des éclats individuels qu'à sa constance : il stabilise l'expédition, la soutient, et incarne une efficacité concrète que les grands discours des savants ne suffisent pas à assurer.
La relation de Zambo avec Malone est la plus nette : Malone lui confie ses lettres, sa confiance et, à travers lui, l'espoir que ses récits atteindront la civilisation. Zambo répond à cette confiance par une fidélité sans faille. Avec lord John Roxton, il forme aussi une alliance pratique, car tous deux se retrouvent du côté de l'action, de la survie et du courage efficace. Zambo accompagne les décisions, relaie les consignes et contribue à maintenir le lien entre le camp et le reste du monde.
Face à Challenger et Summerlee, il reste respectueux et utile, mais sans entrer dans leurs querelles. Il n'est pas un interlocuteur de débat ; il est un homme d'exécution. Sa relation aux autres est dominée par le service loyal, mais ce service n'est pas passif : il suppose endurance, sang-froid et sens du devoir. Il se distingue ainsi des métis Gomez et Manoel, dont la trajectoire mène à la trahison ou à la rupture, alors que Zambo demeure du côté de la fidélité.
Zambo est d'abord défini par sa loyauté. Il promet de rester à son poste, il attend, il transmet, il revient, il soutient sans se plaindre. Le texte insiste sur son honnêteté, sa docilité et sa disponibilité. Il apparaît aussi comme un homme pratique, utile, capable d'agir vite et de résoudre les problèmes concrets, qu'il s'agisse d'une corde, de vivres ou d'une lettre. À cela s'ajoute une forme de courage tranquille : il ne se met pas en avant, mais il tient quand la situation devient dangereuse.
Psychologiquement, il est peu individualisé par le narrateur, qui le voit surtout à travers sa fonction dans l'expédition. Pourtant, certaines expressions lui donnent une vraie présence humaine : sa bonne figure, son rire, sa fidélité, son inquiétude quand il faut descendre ou faire passer des objets. Il n'est ni ironique ni dominateur, contrairement à d'autres hommes du groupe. Sa simplicité morale le rend immédiatement fiable. Il incarne une vertu d'attachement plus qu'un caractère complexe.
Zambo évolue peu au sens romanesque du terme, mais sa place grandit au fil du récit. D'abord domestique engagé, il devient progressivement un point d'ancrage vital, puis un relais indispensable entre la Terre de Maple White et le monde civilisé. Lorsque le camp est abandonné ou menacé, il demeure en poste ; lorsque les autres sont prisonniers ou coupés de tout, il sert encore de soutien et de recours. Sa stabilité fait précisément sa valeur : il n'est pas un personnage de crise intérieure, mais de constance extérieure.
Cette relative fixité signifie qu'il est moins construit comme un héros psychologique que comme une présence morale et pratique. Il représente une fidélité qui ne se dément pas, même dans les circonstances les plus extraordinaires. Son rôle se clarifie donc plutôt qu'il ne se transforme : plus l'aventure devient extrême, plus son utilité et sa loyauté apparaissent nettement.
Zambo symbolise, dans l'économie du récit, la fidélité concrète opposée aux grands discours, aux vanités et aux rivalités. Il révèle aussi combien l'expédition dépend de compétences discrètes, de corps au travail, de présences modestes que le récit valorise quand tout vacille. Par lui, l'œuvre montre qu'une aventure héroïque ne tient pas seulement aux savants ou aux chefs, mais aussi à ceux qui gardent le camp, portent les lettres et assurent la continuité matérielle de l'entreprise.
Il est aussi révélateur du regard de l'œuvre sur les hiérarchies humaines : malgré son statut subalterne, Zambo s'impose comme l'un des plus fiables du groupe. Le texte lui reconnaît une noblesse d'usage, liée à l'action et au dévouement, qui contredit la hiérarchie sociale apparente. En ce sens, il est moins un simple servant qu'un révélateur moral : à travers lui, l'auteur valorise le courage silencieux, l'endurance et la loyauté au sein d'un monde d'exploits, de mensonges et de fragilité humaine.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Zambo, à travers d'autres œuvres.