Le docteur John Watson est un médecin, confrère du docteur Mortimer, et surtout le compagnon de Sherlock Holmes. Dans ce récit, il apparaît dès l'ouverture à Baker street, où il observe la canne oubliée de James Mortimer puis dialogue avec Holmes, ce qui l'installe d'emblée comme témoin privilégié de l'enquête. Son statut est double : personnage intégré au monde social ordinaire et, en même temps, médiateur essentiel entre l'intelligence exceptionnelle de Holmes et le lecteur.
Watson remplit d'abord une fonction narrative capitale : il raconte, observe, consigne et transmet les faits. Le texte souligne qu'il rédige des rapports à Holmes et qu'il tient un journal, ce qui fait de lui le narrateur-organisateur de l'intrigue. Il n'est pas l'enquêteur le plus brillant, mais il est l'adjuvant indispensable, celui qui accompagne, interroge, vérifie, et permet à l'histoire de se déployer avec clarté.
Son importance tient aussi à son rôle de relais humain. Là où Holmes raisonne avec une rapidité presque abstraite, Watson éprouve, s'inquiète, s'étonne et s'engage physiquement dans l'action. Il suit sir Henry dans le Devonshire, accepte la mission de surveillance, part sur la lande, interroge Laura Lyons, observe Barrymore et reste au plus près des événements. Sans lui, une grande partie des scènes décisives ne serait pas racontée de l'intérieur.
La relation la plus forte est celle qui l'unit à Sherlock Holmes. Watson admire Holmes, lui sert de confident et reçoit souvent ses explications avec respect, parfois avec incrédulité. Holmes, de son côté, le taquine, le corrige et le félicite à l'occasion, allant jusqu'à lui reconnaître un rôle de "conducteur de lumière". Leur lien repose sur l'amitié, la complémentarité intellectuelle et une confiance réciproque qui résiste aux dissimulations temporaires de Holmes.
Avec sir Henry Baskerville, Watson adopte une posture de soutien et de protection. Il accompagne le baronnet, le surveille conformément aux consignes de Holmes, et se montre sensible à sa vulnérabilité face aux menaces de la lande. Il entretient aussi des relations d'enquête avec James Mortimer, dont il écoute le récit avec attention, avec Stapleton, qu'il rencontre d'abord comme naturaliste aimable avant de le soupçonner, et avec Mme Laura Lyons, qu'il interroge afin d'éclairer la mort de sir Charles. Enfin, il perçoit les Barrymore avec réserve, partagé entre méfiance et compassion.
Watson se distingue par sa loyauté, son sens du devoir et sa capacité à se dévouer aux autres. Il accepte de quitter Londres pour le Devonshire, demeure fidèle aux consignes de Holmes et s'efforce d'agir au mieux dans une situation qu'il juge souvent obscure. Il est aussi courageux : il explore la lande, entre dans une hutte isolée, suit des pistes et ne recule pas devant les dangers qui entourent sir Henry.
Sur le plan psychologique, il est attentif, honnête et très sensible aux atmosphères morales. Il observe les visages, les gestes, les paysages, les silences, et ses impressions sont souvent justes même lorsqu'il ne sait pas encore les interpréter. Mais il a aussi ses limites : il s'étonne facilement, se trompe parfois, et avoue son embarras face à une affaire complexe. Son admiration pour Holmes peut le rendre vulnérable à l'amertume lorsqu'il se sent tenu à l'écart, ce qui lui donne une humanité très nette.
Au fil de l'œuvre, Watson ne se transforme pas radicalement, mais il s'affirme progressivement comme un enquêteur plus sûr de lui. D'abord simple assistant et témoin, il devient un acteur important de l'investigation : il enquête à Coombe Tracey, obtient des informations décisives, soupçonne la vérité autour des Stapleton et supporte la responsabilité de l'action en l'absence de Holmes. Sa compétence s'accroît, même s'il reconnaît toujours la supériorité intellectuelle de son ami.
Cette évolution reste toutefois contenue. Watson demeure fidèle à sa fonction de compagnon fiable, de regard humain et de relais narratif. Sa stabilité a un sens : elle garantit au récit une conscience morale constante, capable d'éprouver la peur, la pitié, l'admiration et la prudence, sans jamais perdre le sens de l'action juste.
Watson symbolise l'homme ordinaire face au génie, mais un homme ordinaire sans médiocrité. Il incarne la raison pratique, l'endurance, la loyauté et la possibilité d'une intelligence modeste mais efficace. Par lui, l'œuvre montre qu'une enquête ne repose pas seulement sur les déductions spectaculaires, mais aussi sur l'observation patiente, la mémoire, la confiance et le courage quotidien.
Il révèle également un aspect central du roman : la nécessité d'un intermédiaire humain pour rendre lisible l'extraordinaire. Grâce à Watson, la froide logique de Holmes devient récit vivant, émotion, suspense et expérience partagée. Dans ce sens, le personnage met en valeur le projet de Conan Doyle : unir l'aventure, l'analyse et l'humanité dans une même forme narrative.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Dr John Watson, à travers d'autres œuvres.