Géronte est le père de Dorante et l’un des personnages centraux de la pièce, car il tient le rôle décisif du père qui organise le mariage de son fils. Présent dès le début, il n’apparaît d’abord qu’à travers les propos des autres, puis il entre directement dans l’action comme figure d’autorité familiale et sociale, attachée à l’honneur, à l’alliance et à la réputation. Sa présence structure l’intrigue en imposant une direction au conflit amoureux et en précipitant les mensonges de Dorante.
Dans l’économie dramatique, Géronte est moins un simple personnage secondaire qu’un moteur de l’action. Il agit comme déclencheur du projet matrimonial de Dorante, puisqu’il veut le marier à Clarice, puis comme garant de l’ordre paternel lorsqu’il exige des explications, croit les récits de son fils et intervient auprès du père de Lucrèce. Il est donc à la fois adjuvant involontaire des intrigues de Dorante et obstacle potentiel dès qu’il découvre la duplicité du fils.
Son poids dans l’intrigue est considérable, parce que chaque grande péripétie passe par lui ou par ce qu’il croit entendre. Il reçoit les fictions de Dorante comme des vérités, se laisse convaincre par les faux récits de mariage et de grossesse, puis se retourne contre son fils lorsqu’il comprend avoir été trompé. Il incarne ainsi la puissance du père dans la comédie, mais aussi sa vulnérabilité face à la parole mensongère.
La relation la plus importante est celle qui l’unit à Dorante. Géronte l’aime profondément, se dit bon père et veut assurer son avenir en le mariant. Mais cette affection se transforme en colère lorsqu’il découvre ses mensonges. Il passe alors de la confiance à la menace, allant jusqu’à déclarer qu’il peut le faire mourir de sa main s’il continue à mentir. Leur relation est donc fondée sur une alternance de tendresse, de crédulité, puis de rupture morale.
Avec Clarice et Lucrèce, Géronte intervient comme médiateur matrimonial. Il annonce à Clarice qu’il veut la donner à Dorante, puis il se rend chez le père de Lucrèce pour demander la main de cette dernière à son fils. Il connaît Lucrèce et son père, et son entrée dans cette affaire montre qu’il cherche une solution conforme à l’ordre familial. Face à Philiste, il apparaît comme un homme honnête mais facilement abusé, car ce dernier lui révèle la vérité sur Dorante et accentue son désarroi.
Géronte est un père aimant, soucieux du bien de son fils et du bon ordre des choses. Il se montre raisonnable, prudent, fidèle aux convenances et attaché à la vertu. Son discours sur la noblesse est révélateur : il relie le rang à la vertu et condamne le mensonge comme une faute infamante. Il veut d’abord protéger Dorante, puis lui imposer le mariage pour le détourner du danger et stabiliser sa vie.
Mais cette droiture s’accompagne d’une grande crédulité. Géronte se laisse facilement persuader par des récits invraisemblables, au point d’accepter sans examen une épouse imaginaire, une grossesse fictive, des noms inventés et des explications contradictoires. Sa faiblesse n’est pas la malveillance, mais la confiance excessive. Il est touchant dans sa bonne foi, puis pathétique lorsqu’il découvre qu’il a été complice involontaire de l’imposture de son fils.
Géronte évolue surtout dans sa position affective et morale. Au départ, il représente l’autorité paternelle confiante, presque protectrice, qui organise le futur de Dorante avec bienveillance. Peu à peu, les mensonges du fils l’exposent à la honte, à l’indignation et à la désillusion. À la fin, il conserve son rôle de père, mais il devient un père blessé, contraint de réaffirmer fermement la vérité et l’honneur face à la fourberie de Dorante.
Géronte symbolise la fragilité de l’autorité dans un monde gouverné par les apparences et la parole trompeuse. À travers lui, la pièce montre combien la société repose sur la confiance, la filiation, le nom et la réputation, mais aussi combien ces valeurs peuvent être manipulées. Il incarne un idéal de paternité honnête et de noblesse morale, mis en échec par l’esprit inventif d’une jeunesse qui transforme le mensonge en stratégie sociale. Sa crédulité fait ressortir le thème central de l’œuvre : dans ce monde, savoir parler vaut presque autant que savoir être, et l’ordre familial lui-même peut être renversé par l’artifice.