Minerve, appelée aussi Pallas, la déesse aux yeux pers ou aux yeux bleus, est une divinité de l'Olympe qui intervient très tôt dans l'œuvre comme protectrice d'Ulysse et de Télémaque. Fille de Zeus, elle apparaît sous plusieurs formes, notamment sous les traits de Mentès puis de Mentor, afin d'entrer dans le monde des humains sans être reconnue. Son statut divin lui donne un rôle décisif dans toute l'action : elle observe, conseille, stimule et protège, tout en orientant discrètement les événements vers le retour d'Ulysse et la reprise en main d'Ithaque.
Minerve est l'un des principaux moteurs de l'intrigue. Elle agit comme adjuvant majeur d'Ulysse et de Télémaque, mais aussi comme puissance organisatrice qui met en mouvement la plupart des grandes étapes du récit : elle obtient des dieux le principe du retour d'Ulysse, envoie Hermès prévenir Calypso, prépare le départ de Télémaque, le guide à Pylos et à Sparte, puis l'accompagne jusqu'à son retour à Ithaque. Elle intervient encore au moment de la reconnaissance entre Ulysse et son fils, et jusqu'au dénouement sanglant contre les Prétendants.
Son importance tient aussi à sa capacité à voir avant les autres ce qui doit advenir. Elle comprend les enjeux avant les humains, organise les séquences narratives, et garantit la cohérence du dessein divin. Sans elle, Ulysse resterait retenu chez Calypso, Télémaque demeurerait passif, et la vengeance finale serait impossible. Elle est donc à la fois stratège, protectrice et force de relance dramatique.
Sa relation la plus constante est celle qu'elle entretient avec Ulysse. Elle admire son intelligence, sa ruse et sa capacité d'endurance, et le nomme à plusieurs reprises d'une formule affectueuse ou valorisante. Elle le protège, le transforme, lui rend sa force ou le masque sous une apparence de mendiant, selon les besoins du moment. Ulysse, de son côté, reconnaît sa présence et sa puissance, la remercie et s'en remet à ses conseils. Entre eux existe une alliance profonde fondée sur la ruse, la prudence et la fidélité.
Minerve joue également un rôle essentiel auprès de Télémaque. Elle le pousse à quitter l'enfance, lui donne assurance et éloquence, l'incite à convoquer l'assemblée, à partir en quête de son père, puis à revenir plus ferme. Avec Nestor, Ménélas et même certains Phéaciens, elle agit indirectement en orientant Télémaque vers ceux qui peuvent l'aider. Face aux Prétendants, elle est une ennemie silencieuse mais déterminante : elle trouble leurs perceptions, alimente leur aveuglement et prépare leur chute.
Minerve se définit d'abord par la sagesse, la lucidité et le sens de la mesure. Elle est réfléchie, stratégique, patiente, capable d'agir sans se montrer. Elle favorise la parole juste, le bon conseil, l'organisation efficace des actes. Sa protection n'est jamais aveugle : elle aide ceux qui allient intelligence, retenue et dignité, comme Ulysse ou Télémaque, et condamne au contraire l'orgueil, la violence et la démesure des Prétendants.
Elle possède aussi une forte autorité morale. Elle sait réprimander Zeus, proposer des solutions, anticiper les conséquences, et même imposer des formes nouvelles aux événements. Toutefois, sa puissance s'exprime toujours dans le déguisement, la suggestion ou la manipulation de l'apparence. Cette manière d'agir montre une déesse de l'intelligence plus que de la force brute : elle convainc, elle éclaire, elle oriente, elle protège sans jamais perdre son sang-froid.
Minerve ne connaît pas de véritable transformation intérieure : elle demeure stable du début à la fin, fidèle à sa fonction de déesse tutélaire, conseillère et stratège. Ce qui évolue, en revanche, c'est l'ampleur de son intervention. D'abord centrée sur Télémaque, elle accompagne ensuite Ulysse dans son retour, sa préparation, sa reconnaissance et sa vengeance, puis elle intervient jusqu'à l'apaisement final entre les camps. Cette stabilité souligne qu'elle incarne une force supérieure, constante, qui assure la continuité du sens et de l'ordre dans l'œuvre.
Minerve symbolise l'intelligence qui guide le destin humain sans le supprimer. Elle révèle un monde où le succès ne dépend pas seulement de la force, mais aussi de la prudence, de l'astuce, de la parole mesurée et du bon conseil. Par sa présence, l'œuvre valorise un héroïsme de l'esprit plutôt que de la brutalité. Elle montre aussi que l'ordre juste ne se rétablit pas spontanément : il faut une médiation divine, une stratégie, une maturation morale. En ce sens, Minerve incarne à la fois l'idéal de la raison active et la nécessité d'un appui supérieur pour faire triompher la justice.