Circé est une déesse et une magicienne de l'univers homérique, installée dans son île d'Éa, où Ulysse la découvre lors de son errance maritime. Le texte la présente comme « la Dive », « la déesse aux beaux cheveux », « redoutable sœur d'Éète », fille du Soleil et de Persa. Elle apparaît comme une figure majeure de l'épisode central des voyages d'Ulysse, car son pouvoir transforme l'aventure du héros en épreuve de ruse, de survie et de patience.
Dans le récit, Circé joue d'abord le rôle d'opposant : elle accueille les compagnons d'Ulysse, leur offre un breuvage enchanté et les change en porcs. Elle bloque donc la progression du héros et met à l'épreuve la fidélité, l'intelligence et la maîtrise de soi du groupe. Son pouvoir magique fait d'elle une puissance redoutable, capable d'interrompre le voyage et de modifier l'ordre humain en animalité.
Mais elle devient ensuite adjuvant. Après l'intervention de Mercure et la victoire d'Ulysse grâce au moly, elle lui jure de ne plus le tromper, rend ses compagnons à leur forme humaine, les héberge pendant un an, puis instruit Ulysse avec précision sur la suite de son parcours : descente aux Enfers, passage auprès des Sirènes, des rocs Errants, de Scylla et Charybde, puis des troupeaux du Soleil. Elle est donc à la fois obstacle narratif et guide décisif.
La relation la plus importante est celle qu'elle entretient avec Ulysse. D'abord, elle cherche à le soumettre comme elle a soumis ses compagnons : elle l'accueille, lui fait boire son philtre et tente de le réduire à l'état de bête. Puis, face à sa résistance et au serment qu'elle doit prêter, elle se transforme en hôtesse bienveillante, le couche, le nourrit et lui révèle les étapes de son retour. Leur lien est donc marqué par une tension constante entre domination et alliance.
Avec les compagnons d'Ulysse, Circé adopte une attitude violente et humiliante : elle les métamorphose en porcs, les enferme et les nourrit comme des animaux. Avec Mercure, elle entretient un rapport de contrainte indirecte, puisqu'il vient porter l'ordre de Zeus et l'oblige à laisser partir Ulysse. Son lien avec Ulysse se double d'une relation d'hospitalité, car elle le reçoit ensuite dans sa maison, partage sa couche et l'aide à reprendre la route. Elle agit ainsi comme une puissance souveraine, mais aussi comme une figure de passage.
Circé est d'abord une figure de puissance, de maîtrise et d'ambivalence. Elle possède un savoir magique supérieur, capable de transformer les corps et de désarmer les volontés. Le texte la montre à la fois séduisante, raffinée et inquiétante : elle brode, accueille, nourrit, mais elle ensorcelle et enferme. Cette dualité en fait une figure profondément ambiguë, entre charme et menace.
Psychologiquement, elle est présentée comme une femme de pouvoir, sûre d'elle, capable de violence mais aussi de courtoisie. Elle peut se montrer dominateur, puisque son premier geste est de réduire les hommes à l'état animal, mais elle sait aussi reconnaître la force d'Ulysse, respecter le serment divin et devenir un appui précieux. Sa motivation immédiate semble être l'exercice de sa souveraineté et de son désir, mais elle accepte aussi la loi des dieux. Cette coexistence de la ruse, de l'autorité et de l'hospitalité la rend profondément complexe.
Circé évolue nettement au cours de l'œuvre. Elle passe d'une magicienne redoutable, capable de perdre les hommes par son charme et son breuvage, à une alliée instruisant Ulysse de manière déterminante. Cette transformation ne signifie pas qu'elle renonce à sa puissance, mais qu'elle l'oriente autrement : elle devient une auxiliaire du retour, une guide qui met son savoir au service du héros. Son personnage se déplace ainsi de l'épreuve vers l'aide, sans perdre son aura de supériorité.
Circé symbolise la séduction dangereuse, la frontière poreuse entre l'humain et l'animal, et le pouvoir des forces qui détournent l'homme de son identité. Mais elle représente aussi une forme de connaissance : elle sait, explique, prescrit et oriente. À travers elle, le texte met en scène une vision du monde où les puissances surnaturelles peuvent à la fois égarer et sauver, et où la ruse, la parole et le rituel priment sur la simple force. Circé révèle ainsi l'ambivalence du merveilleux homérique : il menace l'ordre humain tout en permettant le récit du retour.