Cléante est le fils d'Harpagon et le frère d'Élise. Jeune homme de bonne naissance mais soumis à l'autorité paternelle, il apparaît d'abord comme un personnage d'amoureux, déjà engagé dans une histoire sentimentale avec Mariane. Sa première apparition le montre en confidence avec sa sœur, ce qui le place d'emblée au centre des secrets familiaux et des tensions entre désir personnel et pouvoir du père.
Cléante joue un rôle essentiel dans l'intrigue amoureuse et familiale. Il est à la fois opposant à Harpagon dans la question du mariage de Mariane et moteur de plusieurs rebondissements, notamment lorsqu'il découvre que son père veut épouser la même femme que lui. Il incarne ainsi un jeune héros de comédie pris dans un conflit de générations, de biens et de passions.
Son importance est aussi narrative : il relance sans cesse l'action par ses aveux, ses stratagèmes et ses disputes avec Harpagon. Il cherche de l'argent, veut épouser Mariane, tente d'empêcher le mariage de son père et devient un point de convergence des intrigues, jusqu'à la révélation finale où les liens familiaux se dénouent.
Avec Élise, Cléante entretient une relation de confiance et de solidarité fraternelle. Il lui confie son amour pour Mariane et sollicite son aide, tandis qu'elle l'écoute avec bienveillance et partage ses inquiétudes face à la tyrannie paternelle. Cette alliance entre frère et sœur fait d'eux deux enfants unis contre Harpagon.
Avec Harpagon, la relation est dominée par le conflit. Cléante s'oppose à son père sur l'amour, l'argent et le mariage, et leur rivalité autour de Mariane tourne à la confrontation ouverte. Avec Mariane, il adopte le langage de l'amoureux sincère, d'abord en confidence, puis en pleine révélation de ses sentiments. Il entretient aussi une relation de complicité avec La Flèche, qui l'informe et le sert, et une relation de dépendance pragmatique avec Frosine, qui cherche à aider son projet. Enfin, face à Anselme, il finit par entrer dans l'ordre d'une vérité familiale qui dépasse sa rivalité initiale.
Cléante se présente comme un amoureux passionné, fidèle à son inclination et prêt à défendre Mariane contre son père. Il est aussi sensible, emporté et orgueilleux, comme le montrent ses accès de colère face à Harpagon. Sa parole révèle une forte intelligence stratégique : il sait feindre, négocier, composer avec les apparences et utiliser les autres pour avancer ses intérêts.
Il est cependant traversé par des contradictions. Il affirme le respect dû au père, mais conteste ce principe dès qu'il s'agit d'amour. Il se montre sensible à l'argent car il en a besoin, tout en dénonçant l'avarice d'Harpagon. Cette tension entre sentiment et calcul fait de lui un personnage à la fois sincère et contraint, noble dans ses élans mais plongé dans la logique matérielle de la maison d'Harpagon.
Cléante évolue surtout dans le sens d'un dévoilement. Au début, il cache ses projets, puis il avoue son amour pour Mariane, s'oppose frontalement à son père, et finit par retrouver une situation plus claire grâce aux révélations finales sur sa famille et celle de Mariane. Comme dans beaucoup de comédies classiques, il n'est pas profondément transformé moralement, mais son parcours le fait passer du secret à l'affrontement, puis à la réconciliation possible.
« J'aime. » Cette aveu bref concentre sa fonction d'amoureux et montre que toute sa conduite est gouvernée par la passion.
« Je ne quitterai point la passion que j'ai pour Mariane » - Cette déclaration manifeste sa constance et son refus de céder à l'autorité paternelle.
« C'est vous qui allez sur les miennes, et je suis le premier en date. » Cette réplique révèle sa rivalité directe avec Harpagon et son sens aigu de la justice amoureuse.
« Je veux bien aussi me rapporter à toi, Maître Jacques, de notre différend. » Cette formule montre son habileté à entrer dans le jeu social et à chercher des appuis, même dans une situation absurde.
Cléante symbolise le jeune homme pris entre le désir amoureux et l'ordre patriarcal, mais aussi entre l'idéal de sincérité et la nécessité de la ruse. Par lui, l'œuvre fait apparaître l'incompatibilité entre l'amour, la famille et l'argent dans un monde dominé par l'avarice. Il révèle aussi une société où la valeur des personnes passe par les alliances, les dots et les héritages. Face à Harpagon, il incarne une jeunesse vive, affective et contestataire, mais jamais totalement libre, car elle doit composer avec les mêmes contraintes matérielles que celles qu'elle condamne.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Cléante, à travers d'autres œuvres.