Don Carlos, roi d’Espagne puis empereur Charles-Quint, est l’un des personnages centraux de l’œuvre. Il apparaît d’abord en conspirateur nocturne, entrant chez doña Sol sous un déguisement, avant d’être progressivement identifié comme souverain. Sa présence domine l’action par son autorité, sa mobilité sociale et politique, et par la manière dont il fait basculer les scènes entre intrigue amoureuse, menace de mort et enjeu d’État.
Il joue un rôle majeur d’opposant et de moteur dramatique. Ses entrées successives déclenchent ou relancent les conflits : il surprend les amants, s’empare de doña Sol, poursuit Hernani, affronte don Ruy Gomez, puis découvre et brise la conjuration. Il est à la fois obstacle amoureux, adversaire politique et force de révélation, car sa parole et ses décisions font apparaître les véritables rapports de pouvoir.
Son importance tient aussi à sa double fonction dans la structure de l’œuvre : roi d’Espagne, il incarne la puissance immédiate; empereur, il accède à une grandeur supérieure qui modifie le sens de l’intrigue. Il passe du rôle de rival et de menace à celui de souverain magnanime, ce qui lui permet de reconfigurer le dénouement et d’orienter le sens moral de l’action.
Avec doña Sol, Don Carlos entretient une relation de séduction et de violence. Il la veut pour lui, la poursuit, tente de l’emmener comme otage, et lui propose son rang, sa puissance et même un royaume; mais elle refuse, le repousse et le qualifie de « mauvais roi ». Leur rapport met en évidence l’affrontement entre la contrainte politique et la fidélité amoureuse de doña Sol à Hernani.
Avec Hernani, il existe une rivalité plus profonde encore, à la fois politique, familiale et amoureuse. Don Carlos devient le rival du proscrit, puis son juge, puis finalement son bienfaiteur. Il est aussi en conflit avec don Ruy Gomez de Silva, qu’il accuse de cacher le bandit Hernani et qu’il menace de détruire. En revanche, sa relation avec les grands seigneurs, avec don Ricardo ou avec la suite, montre son ascendant naturel : il les domine, les interroge, les récompense ou les humilie selon son bon plaisir.
Don Carlos apparaît d’abord comme un homme de désir, de force et d’autorité. Il est impatient, audacieux, ironique, parfois brutal, capable de menacer, de saisir de force, de convoiter, d’exiger. Il sait cependant se déguiser, observer, interroger et jouer des apparences. Sa parole est vive, pressante, volontiers mordante, mais elle révèle aussi une intelligence politique aiguë et une grande conscience de sa puissance.
Le personnage est profondément contradictoire. Il peut être jaloux, orgueilleux, tenté par la violence, et en même temps capable de retenue, de grandeur et de clémence. Il passe de l’emportement amoureux et de la volonté de conquête à une forme de lucidité sur le pouvoir, la vanité des titres et la petitesse des ambitions humaines. Cette complexité fait de lui un personnage instable en apparence, mais traversé par une recherche de grandeur qui le dépasse lui-même.
Don Carlos évolue fortement au fil de l’œuvre. D’abord roi passionnel, jaloux et dominateur, il devient peu à peu une figure de souveraineté réfléchie. La scène du tombeau marque un tournant décisif : confronté à la conjuration, à l’image de Charlemagne et à l’idée de l’empire, il prend conscience de la hauteur à laquelle il doit désormais se situer. Son passage de roi à empereur correspond à une transformation intérieure autant que politique.
Cette évolution donne au personnage une dimension presque exemplaire : il renonce à rester seulement un homme emporté par ses désirs pour se constituer en chef d’État capable de clémence. Sa dernière parole sur la leçon de charité qu’il faut donner au monde montre qu’il accède à une forme d’idéal politique et moral, même si ce sommet est obtenu après avoir longtemps incarné la menace.
Don Carlos symbolise la puissance souveraine dans sa double face : oppression et élévation. Il représente le pouvoir qui peut écraser, séduire, punir, mais aussi se dépasser lui-même. À travers lui, l’œuvre interroge la légitimité du pouvoir, la violence des hiérarchies, la fragilité des honneurs et la possibilité d’une grandeur fondée non sur la force seule, mais sur la maîtrise de soi et la clémence.
Il révèle aussi l’ambition du drame de montrer des personnages capables de contradictions intenses plutôt que des figures fixes. Don Carlos incarne ainsi une méditation sur le chef, sur l’histoire et sur le rapport entre désir personnel et responsabilité politique. Son parcours illustre l’idée que la vraie grandeur ne consiste pas seulement à conquérir, mais à savoir se transformer.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Don Carlos, à travers d'autres œuvres.