Dom Juan est un grand seigneur, maître de Sganarelle, et le personnage central de l'œuvre. Il apparaît dès le début de l'extrait, lorsque Sganarelle le présente comme un homme dont il faut se méfier, puis il entre en scène en révélant lui-même sa pensée. Son statut social élevé, sa liberté de parole et d'action, ainsi que la place majeure qu'il occupe dans tous les événements, font de lui le moteur de l'intrigue.
Dom Juan est le protagoniste principal, mais aussi une force de désordre qui entraîne autour de lui conflits, tromperies et ruptures. Il provoque la plupart des rebondissements : abandon de Done Elvire, séduction de Charlotte et de Mathurine, affrontements avec les frères de Done Elvire, confrontation avec son père, défi lancé au Commandeur, puis chute finale. Toute l'action semble organisée par ses désirs, ses ruses et ses provocations.
Il joue aussi un rôle d'opposant aux valeurs défendues par d'autres personnages, notamment Sganarelle, Done Elvire, Dom Louis et les frères de Done Elvire. Sa présence donne son unité à la pièce, car les autres personnages se définissent souvent par rapport à lui, soit pour le condamner, soit pour tenter de le ramener à la raison, soit pour subir ses manipulations.
Avec Sganarelle, Dom Juan entretient un rapport de maître à valet fondé sur la dépendance, la domination et l'ironie. Sganarelle le sert malgré lui, le critique sans cesse, l'admire parfois pour son intelligence, mais le craint aussi et se montre incapable de le convertir réellement. Dom Juan utilise souvent son valet comme témoin, complice ou simple instrument de ses manoeuvres.
Ses relations amoureuses sont marquées par la rupture et la dissimulation. Avec Done Elvire, il a d'abord épousé puis abandonné une femme qu'il prétend ensuite fuir pour des raisons de conscience, avant d'avouer qu'un autre objet a chassé Elvire de sa pensée. Avec Charlotte et Mathurine, il multiplie les promesses contradictoires et joue sur les apparences pour séduire simultanément les deux jeunes femmes. Avec Dom Louis, il s'oppose frontalement à l'autorité paternelle; avec Dom Carlos et Dom Alonse, il se trouve menacé par la vengeance familiale, même s'il tente encore de se tirer d'affaire par le langage et la ruse. Enfin, avec la statue du Commandeur, il affronte une puissance surnaturelle qui le défie et le conduit à sa perte.
Dom Juan apparaît comme un homme libre, brillant, insolent et profondément mobile dans ses désirs. Il revendique la constance de son inconstance : il refuse de se lier à un seul objet et affirme que "l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres". Il cherche la conquête, le changement et la jouissance du moment, et explique que "tout le plaisir de l'amour est dans le changement". Son esprit est vif, son langage puissant, et il sait retourner les objections à son avantage.
Mais cette aisance masque une dureté morale extrême. Il trompe, promet sans tenir, se moque du mariage, du Ciel, de l'Enfer, et finit par revendiquer l'hypocrisie comme un art utile. Sa conduite est dominée par l'égoïsme, la séduction et le refus de toute limite, qu'elle soit religieuse, morale ou familiale. Il se contredit pourtant en prétendant parfois agir par conscience, notamment lorsqu'il abandonne Done Elvire, puis en jouant l'homme de bien. Cette contradiction révèle un personnage fondé sur la dissimulation, capable d'utiliser aussi bien la sincérité affichée que le mensonge ouvert pour servir ses intérêts.
Dom Juan évolue peu dans le fond : il reste jusqu'au bout fidèle à lui-même, c'est-à-dire à son refus de la contrainte et à son mépris des avertissements. Les événements successifs, les reproches, les signes du Ciel, la statue, le Spectre, son père et les menaces des frères d'Elvire ne le changent pas durablement. Même lorsqu'il feint la conversion, il explique lui-même que cette transformation n'est qu'une "grimace nécessaire" et un stratagème. Sa stabilité dramatique signifie qu'il incarne une volonté inébranlable, poussée jusqu'à l'endurcissement final.
Dom Juan symbolise dans l'œuvre l'excès de liberté individuelle quand elle se coupe de toute responsabilité. Il révèle une société où l'apparence, le rang et la parole peuvent masquer les fautes, puisqu'il montre comment un grand seigneur peut abuser des autres, puis se protéger derrière l'hypocrisie. À travers lui, l'œuvre interroge la fragilité des liens humains, la place du pouvoir social, la faiblesse des discours face aux actes, et le conflit entre désir personnel et ordre moral. Son châtiment final donne aussi au texte une portée exemplaire : le personnage pousse jusqu'au bout la logique de la transgression, jusqu'à provoquer sa propre destruction.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Dom Juan, à travers d'autres œuvres.