Riquet à la Houppe est un prince issu d'une famille royale. Dès sa naissance, il est présenté comme un enfant « si laid et si mal fait » que l'on doute longtemps qu'il ait forme humaine, mais une fée annonce qu'il sera aimable grâce à son esprit et qu'il pourra donner de l'esprit à la personne qu'il épousera. Sa première apparition le place donc d'emblée au centre d'un conte fondé sur le contraste entre la laideur du corps et la valeur de l'intelligence.
Dans le récit, Riquet à la Houppe joue le rôle d'un personnage moteur : c'est lui qui vient trouver la princesse, lui propose le mariage et provoque ainsi l'ensemble des rebondissements. Il n'est ni un simple figurant ni un opposant, mais un personnage central, à la fois agent de l'action et déclencheur de l'épreuve morale qui occupe le conte.
Son importance tient aussi à son pouvoir merveilleux : il peut, par un don de fée, donner de l'esprit à celle qu'il doit épouser. Ce pouvoir fait de lui un personnage d'échange et de transformation, car il modifie profondément la destinée de la princesse et oriente tout le récit vers la question de la valeur réelle des personnes au-delà des apparences.
Sa relation principale est celle qu'il noue avec la princesse, fille d'un roi voisin. Il la rencontre alors qu'elle est triste de sa stupidité supposée, lui parle avec respect et politesse, puis lui propose de l'épouser en échange du don d'esprit. Entre eux, la relation est d'abord fondée sur un marché, mais elle devient ensuite une relation amoureuse et matrimoniale, puisque la princesse finit par accepter de l'épouser.
Riquet à la Houppe entretient aussi des liens indirects avec la fée, qui lui a accordé son pouvoir et a également donné à la princesse celui de rendre beau celui qu'elle voudra. Il est enfin lié au roi, père de la princesse, qui le reçoit avec plaisir pour gendre lorsqu'il apprend l'estime que sa fille lui porte. Ces relations montrent qu'il s'insère dans un réseau de médiation, entre pouvoir magique, pouvoir royal et décision amoureuse.
Riquet à la Houppe apparaît comme un prince spirituel, poli et sage. Le texte insiste sur son « beaucoup d'esprit », sur ses manières respectueuses et sur sa capacité à parler avec finesse. Il ne se réduit pas à sa difformité physique : malgré sa laideur, il possède une vraie supériorité morale et intellectuelle, qui fonde sa valeur.
Il est aussi persévérant et sûr de lui. Il se rend auprès de la princesse, lui laisse un an pour se décider, puis tient sa parole au moment prévu. En même temps, il est vulnérable dans sa laideur, qui constitue une réelle contradiction avec son mérite. Le conte fait de lui un personnage profondément ambivalent : laid de corps, mais séduisant par l'esprit, et capable d'aimer sans renoncer à son droit ni à sa dignité.
Riquet à la Houppe évolue peu dans son être profond, mais il gagne en valeur narrative. Il demeure du début à la fin un prince laid, spirituel et maître de son don ; en revanche, sa relation avec la princesse change radicalement, puisqu'il passe de prétendant singulier à futur mari reconnu. Sa stabilité souligne que, dans ce conte, c'est moins lui qui se transforme que le regard porté sur lui.
Riquet à la Houppe symbolise la victoire de l'esprit sur la beauté physique, mais le conte ne s'en tient pas à une opposition simple. Il montre aussi que la perception de la beauté dépend du regard et de l'amour : la princesse finit par le trouver « le plus aimable des hommes ». À travers lui, Perrault interroge donc les critères de valeur sociale, l'importance du mérite intérieur et la manière dont les qualités morales peuvent modifier le jugement porté sur les corps.