Cendrillon est une jeune fille de condition domestique, réduite aux tâches les plus humbles dans la maison de son père remarié. Elle apparaît d’abord comme la victime d’une belle-mère autoritaire et de deux sœurs ingrates, ce qui la place au centre d’un récit d’humiliation puis de reconnaissance. Dès sa première apparition dans son propre univers familial, elle est définie par sa douceur, sa patience et sa discrétion, mais aussi par son surnom, lié aux cendres où elle s’assied au coin de la cheminée.
Dans ce conte, Cendrillon est la protagoniste incontestable. Toute l’intrigue se construit autour de sa déchéance apparente, de l’aide surnaturelle de sa marraine fée, puis de sa reconnaissance par le fils du roi. Elle occupe donc une fonction narrative centrale : elle subit d’abord l’injustice, puis devient l’héroïne d’une ascension sociale fondée sur la vertu et la grâce.
Son importance tient aussi à la structure même du récit, qui organise autour d’elle une série d’épreuves, d’épreuves de patience et de reconnaissance. Le bal, les pantoufles de verre, la recherche de l’identité de la jeune inconnue et la scène d’essayage convergent tous vers elle. Cendrillon est ainsi le point d’arrivée de l’action, mais aussi son moteur, car son absence au bal, puis sa présence furtive, déclenchent tout le mécanisme de l’intrigue.
Les relations de Cendrillon avec sa belle-mère et ses deux sœurs sont marquées par l’inégalité et le mépris. La belle-mère la charge des travaux les plus vils, tandis que les sœurs la raillent ouvertement, allant jusqu’à se moquer de son désir d’aller au bal. Cendrillon, pourtant, ne répond jamais par la brutalité : elle les conseille, les coiffe et leur fait preuve de patience, ce qui accentue le contraste entre sa bonté et leur dureté.
À l’inverse, Cendrillon entretient une relation décisive avec sa marraine, qui est une fée. Celle-ci la secourt, transforme une citrouille en carrosse et lui donne l’apparence merveilleuse qui lui permet d’entrer dans le monde du bal. Le fils du roi, quant à lui, devient son partenaire amoureux et social : il la remarque, la danse avec elle, retrouve sa trace grâce à la pantoufle et l’épouse. Cendrillon passe ainsi d’une position de servitude à une relation d’égalité et d’honneur avec le prince, sans rompre pour autant avec sa bienveillance envers ses sœurs, qu’elle pardonne à la fin.
Cendrillon se distingue d’abord par sa bonté. Elle ne refuse pas de conseiller ses sœurs, accepte de les coiffer et ne leur tient pas rigueur de leurs moqueries. Elle est aussi humble, puisqu’elle n’ose presque pas croire qu’elle pourrait aller au bal, et patiente, car elle supporte sans plainte les mauvais traitements du foyer. Le texte insiste également sur son goût et son bon sens, que ses sœurs elles-mêmes reconnaissent lorsqu’elles lui demandent conseil.
Sur le plan psychologique, Cendrillon est faite d’une combinaison de douceur et de désir. Elle veut aller au bal, elle admire la grâce, elle aime être parée, mais sa volonté demeure toujours contenue par la modestie et la crainte de paraître déplacée. Sa fragilité n’est pas une faiblesse morale : elle révèle au contraire sa sincérité. Elle oublie cependant l’avertissement de sa marraine et reste trop longtemps au bal, ce qui montre qu’elle n’est pas parfaite, mais simplement jeune, émotive et transportée par la joie.
Cendrillon évolue d’une servante méprisée vers une princesse reconnue. Au début, elle est enfermée dans une identité sociale humiliée, désignée par son surnom et réduite aux cendres. Grâce à l’intervention de la fée, elle accède momentanément à la splendeur du bal, puis, par l’épreuve de la pantoufle, à une reconnaissance durable. Son passage d’un état à l’autre ne change pas sa nature profonde : elle reste bonne, courtoise et généreuse, ce qui donne à sa transformation une valeur de révélation plus que de conversion.
Cendrillon symbolise la vertu cachée sous l’abaissement social. Le conte montre qu’une jeune fille peut être méprisée dans sa maison et pourtant supérieure par le mérite, le goût et la bonté à celles qui l’écrasent. À travers elle, le texte valorise la patience, la modestie et la douceur, tout en dénonçant indirectement l’injustice domestique et l’aveuglement des apparences. Sa réussite finale suggère aussi que la reconnaissance véritable passe par l’épreuve et par la capacité à voir au-delà des vêtements, du rang et des premières impressions.
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