M. Roland est un ancien bijoutier parisien devenu rentier, installé au Havre après avoir quitté le comptoir pour une vie consacrée à la navigation et à la pêche. Il apparaît d’emblée comme le père de famille, au centre d’une scène domestique et maritime, très attaché à sa barque, la Perle, et à ses plaisirs de pêcheur amateur. Personnage bourgeois, cordial et bruyant, il occupe dans le récit une place importante parce qu’il relie la sphère familiale, l’univers du port et le nœud dramatique de l’héritage qui bouleverse les siens.
Dans l’intrigue, M. Roland n’est pas un héros de type romantique, mais un pivot narratif : c’est par lui que se noue la plupart des situations familiales, depuis la partie de pêche initiale jusqu’au dîner final sur le paquebot. Il sert souvent de moteur aux scènes de groupe, par ses paroles, ses goûts, ses initiatives et ses enthousiasmes, notamment lorsqu’il organise les sorties en mer, admire les navires ou entraîne les autres dans ses projets.
Il joue aussi un rôle décisif dans la circulation de l’information et dans les tensions du récit. C’est lui qui accueille le notaire, relaie les explications sur Léon Maréchal, se réjouit de l’héritage de Jean, puis contribue, sans malice véritable, à la pression qui pèse sur Pierre. Sa présence met en relief les oppositions entre les fils, entre les générations et entre les logiques du sentiment et de l’intérêt.
Avec Mme Roland, son épouse, il entretient une relation de domination domestique. Il la rudoye, lui parle sèchement, aime se montrer autoritaire dans la famille, mais il n’est pas méchant au sens profond; elle cède souvent et amortit ses heurts. Leur couple repose sur une inégalité de ton plus que sur une rupture, et la tendresse de Mme Roland contraste avec la brutalité coutumière de son mari.
Avec Pierre et Jean, M. Roland est affectueux mais partial. Il aime ses deux fils, mais se montre plus émerveillé par Jean, plus calme et plus conforme à ses attentes. Il admire les succès de Jean, se réjouit de son héritage, et reste souvent aveugle à la souffrance de Pierre. Avec Mme Rosémilly, il se montre empressé, bavard, flatté de pêcher en bonne compagnie, et il contribue malgré lui à l’intérêt amoureux que ses fils lui portent. Avec le notaire Lecanu, il prend au sérieux les questions d’héritage, tout en passant très vite de la gravité à la joie.
M. Roland est un homme simple, expansif, gourmand de plaisirs concrets, surtout de mer, de pêche et de bonne chère. Il a l’âme d’un amateur enthousiaste : il sent les poissons comme des fleurs, se passionne pour les bateaux, se grise de sa propre navigation, et voit le monde avec l’optimisme d’un homme content de vivre. Il est aussi vaniteux, mais d’une vanité bonhomme, liée à ses goûts et à son confort.
Ses failles sont nettes : il est vulgaire par moments, autoritaire, peu subtil, aveugle aux troubles intérieurs des autres. Il comprend mal les sentiments compliqués, supporte mal qu’on contredise ses habitudes, et reste très dépendant des apparences de bien-être. Mais le texte insiste aussi sur sa bonhomie réelle, sa capacité à s’émerveiller, son attachement sincère aux siens et son absence de cruauté réfléchie. Il incarne un mélange de médiocrité bourgeoise et de chaleur familiale.
M. Roland change peu au fil de l’œuvre. Il ne connaît ni révélation morale profonde ni crise intime comparable à celles de Pierre ou de Mme Roland. Son trait dominant demeure une constance presque statique : il continue d’aimer la mer, de se réjouir de l’héritage, de s’étonner des conflits, et de s’installer dans le confort que lui apporte la fortune de Jean. Cette stabilité le rend à la fois comique, attendrissant et aveugle; elle souligne qu’il reste surtout le représentant d’un tempérament, non d’une conscience en transformation.
À travers M. Roland, le récit met en lumière une certaine bourgeoisie provinciale ou portuaire, satisfaite d’elle-même, pratique, volontiers matérialiste, mais sans vraie profondeur morale. Il symbolise l’homme de bon sens limité, du confort et des habitudes, qui prend les événements essentiels avec une légèreté désarmante dès lors qu’ils servent son plaisir ou ses intérêts. En même temps, son personnage révèle la critique maupassantienne des familles où les liens affectifs sont mêlés à l’argent, aux héritages et aux rivalités, sous une surface de cordialité.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec M. Roland, à travers d'autres œuvres.