L’argument est un enchaînement de raisons et de preuves destiné à défendre une idée, influencer un lecteur et orienter un jugement.
En lexique littéraire, l’argument désigne ce qui sert à soutenir une thèse: il s’agit d’un raisonnement, plus ou moins explicite, qui établit un lien entre une affirmation et des motifs jugés pertinents. L’argument peut relever d’une démonstration rigoureuse, mais il peut aussi fonctionner de manière persuasive, en jouant sur la probabilité, l’évidence ou le contraste.
Dans un texte littéraire, l’argumentation n’apparaît pas toujours sous forme de discours théorique. Elle peut se loger dans un récit (par exemple via des choix, des réactions, des confrontations de points de vue) ou dans une scène de débat. L’enjeu est alors d’organiser la lecture pour faire admettre une conclusion, même lorsque le texte reste ambigu ou nuancé.
Le mot argument vient du latin argumentum, qui signifie “preuve”, “raison” ou “démonstration”. Le latin s’appuie sur une racine grecque apparentée à agere et à l’univers du dire et faire valoir, au sens de “montrer” ou “faire reconnaître”. Dans la tradition antique, l’argument est d’abord une ressource de la rhétorique.
Historiquement, le sens s’est stabilisé autour de l’idée de justification: du monde gréco-romain (où l’on forme des “arguments” pour convaincre) aux usages modernes, le terme a conservé sa double dimension de raisonnement et de preuve. En contexte littéraire, il s’élargit aussi à la structure des “raisons” implicites, que le lecteur reconstitue à partir des faits, des images et des oppositions mises en scène.
Dans le Discours de la méthode, Descartes construit l’idée qu’une raison doit être fondée sur des principes méthodiques. L’argument se reconnaît à sa progression logique, visant à emporter l’adhésion du lecteur par la clarté et la cohérence: “Je pense donc que, pour être certain de quelque chose, il faut que nous le connaissions clairement et distinctement.” (René Descartes, Discours de la méthode)
Chez Pascal, l’argumentation prend souvent la forme d’un raisonnement qui force un choix, en dégageant les conséquences d’une position: “Car qui s’avoue digne de mépris est digne de mépris.” (Blaise Pascal, Pensées) Ici, la logique de causalité et de jugement moral sert à orienter le lecteur vers une conclusion pratique.
Dans Les Misérables, Victor Hugo met en place des arguments moraux et sociaux à travers des situations exemplaires, où l’histoire devient preuve. Par l’opposition entre l’injustice et la dignité, il cherche une adhésion du lecteur: “L’amour est la seule chose qui augmente quand on la partage.” (Victor Hugo, Les Misérables) L’argument y est moins une démonstration abstraite qu’une force de conviction portée par la narration.
On peut rapprocher l’argument de la preuve, du raisonnement, de la démonstration ou de la conclusion (mais la conclusion n’est qu’un aboutissement). La justification insiste sur le fait de rendre acceptable une décision ou une croyance, tandis que l’argumentation désigne plutôt l’ensemble organisé des arguments.
Le terme réfutation correspond à l’action de contester un argument adverse, et le postulat désigne une base acceptée sans démonstration immédiate. Selon les textes, l’argument peut être explicite (formules de type “donc”, “par conséquent”) ou implicite (enchaînements de faits et d’implications que le lecteur déduit).
Il ne faut pas confondre l’argument avec la thèse : la thèse est l’idée à défendre, tandis que l’argument fournit les raisons pour la soutenir. De même, l’argument se distingue de la figure de style : l’image ou la métaphore peuvent renforcer une persuasion, mais elles ne remplacent pas nécessairement le raisonnement qui relie des motifs à une conclusion.
On confond parfois aussi argument et exemple. L’exemple illustre et rend concret, mais il n’a de valeur argumentative que s’il est intégré à un raisonnement (ce qui dépend du contexte et de la manière dont l’auteur exploite la situation). Enfin, l’argument ne se réduit pas à l’opinion, car l’opinion peut ne pas être étayée par des raisons identifiables.
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Dans la tradition rhétorique, l’argumentation s’analyse souvent selon ses composantes: proposition (ce qu’on affirme), raisons (ce qu’on invoque), liaisons (ce qui justifie le passage d’un point à un autre) et conclusion (ce qu’on cherche à faire accepter). Les auteurs exploitent parfois des arguments dits “de structure” où les relations logiques sont distribuées dans la construction du texte: alternance des points de vue, progression narrative, montage de scènes.
Le statut de l’argument change aussi selon les genres. Dans le roman d’idées ou la satire, l’argument vise une orientation du jugement. Dans la tragédie ou le drame, il peut se loger dans des dilemmes: l’auteur fait éprouver au spectateur les conséquences d’un choix, ce qui produit une persuasion indirecte. Enfin, au fil de la période classique, puis des Lumières, l’argumentation s’industrialise au service de la raison, tout en gardant une marge pour l’émotion, la probabilité et la mise en scène.
« Lorsque votre moral se trouve être au plus bas, remontez le moral d'un moins heureux que vous. Vous trouverez pour lui des arguments auxquels vous n'aviez pas songé pour vous - et dont vous ferez votre profit. »
« Je déteste les arguments : ils sont toujours vulgaires et quelquefois convaincants. »
« Dans la lutte pour la vie, Celui qui est à bout de souffle, A bout d'arguments, A bout de tout, n'est heureusement et par contre pas au bout de ses peines. »
« Une bourse d'or me paraît toujours un argument sans réplique. »
Repérez les passages où l’auteur fait passer du “fait” ou du “principe” vers une “conséquence” compréhensible. Cherchez aussi les formulations qui installent un lien de causalité, d’opposition ou de généralisation, même quand elles ne sont pas introduites par “donc”. Enfin, observez si le texte cherche à faire accepter une conclusion plutôt qu’à décrire seulement.
L’argument vise d’abord l’adhésion, mais il peut aussi produire un réajustement du jugement du lecteur. Selon le contexte, l’effet recherché est la persuasion calme (convaincre) ou l’emportement maîtrisé (faire réagir sans détruire la logique). L’argument peut aussi susciter la responsabilité morale en montrant les conséquences d’une position.
On en trouve naturellement dans l’essai, le pamphlet et le dialogue philosophique. Mais l’argument est aussi fréquent dans le théâtre, où les répliques structurent un bras de fer logique, ainsi que dans le roman, où une intrigue peut devenir démonstration indirecte. Même la poésie peut contenir des arguments, lorsqu’elle construit une progression de pensée au fil des images.
Non. Un texte peut faire émerger une logique argumentative sans que l’auteur la formule explicitement, par exemple à cause d’un choix de focalisation ou d’une série d’oppositions récurrentes. Dans ce cas, l’argumentation est “lisible” au niveau de la construction, même si elle n’est pas présentée comme telle. Le lecteur peut alors reconstituer une argumentation implicite.
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