Arlequin est le valet de Dorante, même s'il apparaît dans le texte sous les habits de son maître : il arrive déguisé, prend part au jeu du travestissement et occupe d'emblée une place centrale dans la mécanique comique de l'œuvre. Son statut social de domestique est constamment rappelé, mais il est aussi l'un des moteurs de l'action, car sa présence brouille les identités, entretient l'illusion et participe directement au dispositif d'observation réciproque imaginé par les personnages.
Arlequin joue un rôle décisif dans l'intrigue. Il est à la fois adjuvant et source de désordre : valet de Dorante, il sert son maître, mais sa liberté de ton, sa naïveté apparente et ses maladresses nourrissent les quiproquos. Son déguisement fait partie du ressort principal de la pièce, puisqu'il se fait passer pour un homme de condition et tente, en même temps que Dorante, de conquérir une femme sous une fausse identité.
Il a un poids dramatique considérable, car son comportement accélère les scènes de reconnaissance, les malentendus et les révélations finales. Même lorsqu'il semble n'être qu'un personnage de comédie, il influe directement sur les choix de Lisette, sur les soupçons de Dorante et sur la décision de Monsieur Orgon. Sa fonction n'est donc pas seulement burlesque : il contribue à faire avancer l'intrigue jusqu'au dénouement.
La relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Lisette. D'abord, il la courtise avec insistance, en usant d'un langage galant, affectueux et familier. Tous deux se séduisent dans le cadre du déguisement, puis s'avouent leur attachement en croyant parler à un inférieur social. Cette relation repose sur une alliance de jeu, de désir et de comédie, mais elle est aussi marquée par une rupture de masque lorsque Lisette découvre qu'il est le valet de Dorante.
Avec Dorante, Arlequin forme un duo comique fondé sur la hiérarchie renversée : le valet prend parfois le dessus par son aplomb, ses réparties et son audace, tandis que Dorante le rabroue, le menace ou tente de le ramener à son rôle. Il interagit aussi avec Monsieur Orgon, qui le trouve plaisant et l'accueille avec indulgence, et avec Silvia, à qui il sert d'écran involontaire dans le jeu des identités. Enfin, sa relation avec Dorante est déterminante dans le dénouement, car il accepte de révéler la vérité et de reprendre sa place de valet lorsque l'ordre social se recompose.
Arlequin est d'abord un personnage vif, bavard, drôle et spontanément inventif. Son langage est imagé, plein d'expressions comiques, de comparaisons triviales et de formules absurdes qui donnent à ses scènes une forte tonalité bouffonne. Il semble peu soucieux du protocole et parle avec une familiarité qui contraste avec la réserve de Dorante, ce qui en fait une figure de liberté et de désinvolture.
Mais il n'est pas seulement un valet comique. Il montre aussi de la constance dans son désir amoureux, de la ténacité dans sa poursuite de Lisette et une certaine sincérité dans ses élans. Il accepte cependant très facilement le mensonge social que permet le déguisement, et sa prétention à séduire au-delà de sa condition repose sur un mélange de hardiesse, de confiance en soi et d'aveuglement. Son principal trait moral tient peut-être à cette oscillation entre lucidité pratique et fantaisie : il sait utiliser la situation, mais il l'habite aussi avec une naïveté qui le rend attachant.
Arlequin évolue peu au sens psychologique, mais il traverse une transformation fonctionnelle importante. Au début, il sert surtout de valet déguisé et de ressort comique; au fil de l'action, il devient un acteur de plus en plus autonome du jeu amoureux, jusqu'à occuper une place de premier plan dans sa propre histoire avec Lisette. Lorsque la vérité éclate, il ne s'effondre pas : il accepte le retournement, se remet à sa place sociale et conserve sa vivacité. Cette stabilité, typique du théâtre classique, signifie que le personnage vaut moins par une profondeur intérieure que par son énergie scénique et sa capacité à révéler les autres par contraste.
Arlequin symbolise la souplesse des identités et la porosité des frontières sociales dans l'œuvre. Par sa parole, son déguisement et son culot, il met en lumière le fait que les apparences, le rang et le langage peuvent être joués, imités ou retournés. Il révèle aussi la part de théâtre contenue dans les relations humaines : chacun observe, feint, teste et se trompe. À travers lui, la pièce fait ressortir la critique des conventions sociales tout en conservant une vision légère et humaine de la comédie amoureuse.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Arlequin, à travers d'autres œuvres.