Le bourreau apparaît dans le dernier tiers du récit comme l'exécuteur officiel de la sentence capitale. Il est décrit de façon très concrète et très visuelle : « le grand homme » au visage rouge, vêtu d'une redingote et d'un chapeau à trois cornes déformé, accompagné de ses valets. Sa première apparition le fait entrer dans l'espace le plus intime du condamné, au moment de la « toilette du condamné », ce qui lui donne d'emblée une présence centrale et terrifiante, tout en restant un personnage secondaire du point de vue de l'intrigue.
Son importance tient moins à une individualité psychologique développée qu'à sa fonction. Il incarne la mécanique judiciaire et matérielle de la peine de mort : il coupe les cheveux, attache les mains, lie les pieds, prépare le corps à l'exécution et rappelle, par sa seule présence, la proximité de la mort. Autour de lui se cristallise l'angoisse du narrateur, car il matérialise le passage du jugement abstrait à l'acte irréversible.
Dans le récit, le bourreau est un opposant fonctionnel : il ne débat pas, ne juge pas, mais réalise la décision des autres. Il est l'agent de l'exécution, c'est-à-dire celui par qui la sentence devient réalité. À ce titre, il ne mène pas l'action principale, mais il en constitue l'aboutissement concret. Sa présence marque le point où le temps de l'attente s'achève et où commence la violence physique.
Il joue aussi un rôle de révélateur. Par contraste avec l'horreur que suscite sa charge, il est montré comme un homme « très doux », ce qui rend plus inquiétante encore la normalité du supplice. Le texte insiste ainsi sur le fait que la mort légale n'est pas l'oeuvre d'un monstre isolé, mais d'un appareil organisé, réglé, presque administratif. Le bourreau devient alors le visage humain d'un mécanisme social entier.
La relation la plus importante est celle qui l'unit au narrateur, le condamné. Entre eux, il n'y a ni haine personnelle ni échange véritable, mais un face-à-face de fonctions : l'un doit vivre, l'autre doit faire mourir. Pourtant, lors de la « toilette du condamné », le bourreau parle avec douceur, s'excuse presque lorsqu'il touche le cou du prisonnier et lui offre un mouchoir imbibé de vinaigre. Ce contraste entre la fonction et les gestes crée une relation paradoxale, faite à la fois de peur, d'humiliation et d'une certaine politesse professionnelle.
Le bourreau est également lié au prêtre et aux autorités. Il fait équipe avec les gendarmes, les valets et les magistrats, tous participants à la préparation de l'exécution. Il n'est pas isolé mais intégré à une chaîne de commandement et de service. Le narrateur le voit même comme un « valet de la guillotine », formule qui le situe dans un système collectif plus vaste que sa personne.
Le texte lui prête peu d'intériorité, mais son comportement le caractérise clairement. Il est méthodique, précis, habitué au geste qu'il accomplit. Il ne se montre ni sadique ni brutal dans ses paroles; au contraire, il fait preuve d'une correction presque déférente. Cette douceur apparente, jointe à l'efficacité de son travail, le rend d'autant plus inquiétant, car elle banalise l'horreur de la peine capitale.
Sa psychologie reste opaque, et c'est précisément ce silence qui le définit. Il n'est pas individualisé par un conflit intérieur visible; il représente un métier, une fonction, une routine. Le narrateur perçoit en lui un homme qui agit « avec courtoisie » tout en étant l'instrument d'une destruction absolue. Cette contradiction entre la forme humaine de ses gestes et la violence de son rôle est au coeur de son portrait.
Le bourreau ne connaît pas d'évolution au sens psychologique. Il apparaît comme un personnage stable, défini d'avance par sa charge et par la suite de gestes qu'il doit accomplir. De la préparation du condamné jusqu'au départ vers la place de Grève, il demeure le même homme de fonction, sans remise en cause visible. Cette stabilité est significative : elle montre que l'exécution n'est pas un accident, mais un rite réglé, répété, presque quotidien.
Son immobilité narrative renforce aussi le sentiment d'inéluctable. Tandis que le narrateur vacille entre l'espoir, la peur et le souvenir, le bourreau reste constant, comme si la société elle-même, par sa main, avançait vers la mort sans hésitation. Il n'est donc pas un personnage qui se transforme, mais un point fixe autour duquel se mesure la dégradation du condamné.
Le bourreau symbolise la justice devenue mécanique, la violence institutionnelle rendue ordinaire. Par lui, le texte montre que la peine de mort ne repose pas seulement sur une décision de tribunal, mais sur tout un ensemble d'hommes, de gestes et de procédures qui transforment l'horreur en routine. Il révèle ainsi une société capable d'organiser le meurtre légal avec ordre, calme et politesse.
Il incarne aussi l'une des critiques majeures de l'oeuvre : la déshumanisation produite par la justice pénale. Le bourreau est un homme, et même un homme doux, mais il est réduit à n'être que l'auxiliaire d'une machine. En le montrant ainsi, le texte souligne que le vrai scandale n'est pas seulement la cruauté du supplice, mais le fait qu'il soit accepté, préparé et exécuté comme un acte normal de société.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Le bourreau, à travers d'autres œuvres.