Fernand Mondego apparaît d'abord comme un jeune Catalan, parent de Mercédès, vivant dans le village des Catalans près de Marseille. Il est présenté comme « cousin », mais aussi comme une sorte de frère de proximité, puisque Mercédès rappelle qu'ils ont grandi ensemble. Sa première apparition significative le montre dans la cabane de la jeune fille, lui proposant le mariage et cherchant à obtenir d'elle un amour qu'elle lui refuse nettement. Sur le plan social, il appartient à un milieu modeste de pêcheurs catalans, avant de connaître une spectaculaire ascension militaire et nobiliaire. Dans l'économie générale du récit, il est un personnage capital : rival amoureux d'Edmond Dantès, jaloux actif, puis traître, il devient l'un des grands artisans de la chute initiale du héros.
Fernand joue d'abord un rôle d'opposant direct. Son amour pour Mercédès le place face à Edmond Dantès, que la jeune femme choisit sans hésitation. Cette rivalité n'est pas secondaire : elle fournit l'un des ressorts essentiels du complot contre Dantès. Fernand ne rédige pas lui-même la dénonciation, mais il s'y associe pleinement, l'accepte, puis l'exécute matériellement en s'emparant du billet accusateur et en le mettant en circulation. Le texte montre ainsi qu'il n'est pas un simple rival passif, mais un agent décisif de l'intrigue.
Son importance narrative se prolonge bien au delà de l'arrestation de Dantès. Il devient une figure de la réussite bâtie sur la trahison. Grâce à un concours de circonstances politiques et à des actes d'opportunisme, il accède à l'armée, puis à la noblesse, et finit comte de Morcerf. Son rôle est donc double : il provoque la catastrophe originelle et incarne, dans la durée, l'un des visages du monde injuste que le récit entreprend ensuite de juger. Sa présence donne un corps à l'un des grands thèmes du texte : la promotion sociale obtenue non par le mérite moral, mais par la ruse, la déloyauté et la violence politique.
Sa relation centrale est celle qui l'unit à Mercédès. Il l'aime depuis longtemps, mais cet amour n'est pas partagé. Mercédès lui parle avec franchise et lui répète qu'elle l'aime comme un frère, tandis que son cœur appartient à Edmond Dantès. Fernand vit ce refus comme une blessure intime et durable. Son rapport à Mercédès est donc structuré par le désir, la frustration et la dépendance affective. Même après le retour de Dantès, il demeure placé sous l'ascendant de la jeune femme : il ne passe pas à l'acte contre son rival lorsque Mercédès menace de mourir si Edmond est tué.
Avec Edmond Dantès, la relation est celle d'une hostilité profonde, quoique d'abord contenue. Fernand jalouse sa réussite, son autorité naturelle et surtout l'amour de Mercédès. Cette haine se combine ensuite avec d'autres influences, notamment celles de Danglars et de Caderousse, au moment où se prépare la dénonciation. Plus tard, son lien avec Danglars devient celui de deux hommes qu'unit une communauté d'intérêts et de ressentiment. Avec le général qu'il suit lors des Cent-Jours, puis avec Ali-Pacha, il noue des rapports utilitaires : il se sert des circonstances et des puissants pour s'élever. Enfin, avec son fils Albert, sa relation devient tragique par contrecoup : le passé de Fernand retombe sur l'honneur du jeune homme, qui doit porter la honte de son père.
Fernand est dominé par la jalousie. Le texte en fait même le moteur principal de ses actes. Cette jalousie n'est pas seulement sentimentale : elle se nourrit aussi d'humiliation et d'envie. Il supporte mal l'évidence du choix de Mercédès, et son amour se mêle très vite à des pulsions hostiles. Pourtant, il n'est pas présenté comme un homme de courage héroïque ou d'affrontement frontal. Au contraire, un trait récurrent le caractérise : il recule devant certaines violences directes, mais accepte volontiers les moyens détournés, dès lors qu'ils servent son intérêt.
Sa psychologie repose sur une contradiction forte. Fernand est ardent, passionné, menaçant parfois, mais il est aussi dépendant des volontés d'autrui et vulnérable à l'ascendant de Mercédès. Il rêve de conquête amoureuse, puis de fortune, puis d'élévation sociale, sans jamais donner l'image d'un homme intérieurement noble. Son opportunisme apparaît nettement dans son parcours militaire : il suit les courants, se place du côté utile, accepte les promotions et transforme les circonstances historiques en marchepied. Cette souplesse stratégique n'est pas de l'intelligence généreuse, mais une aptitude à tirer profit des ruptures politiques et des fidélités trahies.
Fernand connaît une très forte évolution sociale, mais une évolution morale plus discutable. Au départ, il n'est qu'un pêcheur catalan amoureux et frustré. Ensuite, il devient complice d'un complot contre Dantès, puis soldat, officier, colonel, général, enfin comte de Morcerf. Le texte suit donc une ascension spectaculaire. Cependant, cette progression extérieure ne correspond pas à une grandeur intérieure. Les mêmes traits structurent le personnage du début à la fin : jalousie, intérêt personnel, aptitude à trahir, recherche du profit et du rang. Il change de condition, non de nature. Cette stabilité morale donne un sens clair à son parcours : la réussite n'efface pas la faute originelle, elle la recouvre provisoirement avant de la faire éclater avec plus de violence.
Fernand Mondego symbolise la réussite bâtie sur la déloyauté. Il incarne un monde où l'on peut s'élever par le reniement, la trahison et l'habileté politique. À travers lui, le texte montre qu'une promotion sociale éclatante peut cacher une corruption profonde. Il révèle aussi une vérité plus générale sur l'humanité : certains hommes n'ont pas besoin d'être monstrueux en apparence pour devenir redoutables, il leur suffit de préférer leur intérêt à toute fidélité. Dans l'ensemble de l'œuvre, Fernand représente donc moins un simple rival amoureux qu'un principe de falsification : faux frère, faux héros, faux noble. Sa trajectoire fait apparaître l'écart entre l'honneur affiché et la vérité morale, et prépare ainsi l'un des grands mouvements du récit, celui de la révélation et du châtiment.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Fernand Mondego, à travers d'autres œuvres.